Spinoza et le problème de l’Islam dans nos sociétés occidentales

Publié le par Sylvain Saint-Martory


Publié le 11 juillet 2012 by vivrespinoza

 

« Parmi les religions l’islam doit être comparé au bolchevisme. Le christianisme et le bouddhisme sont avant tout des religions personnelles, avec des doctrines mystiques, tandis que l’islam et le bolchevisme ont une finalité pratique, sociale et matérielle, dont le seul but est d’étendre leur domination sur la terre»

 

Bertrand Russel

 

La religion, sous la forme de l’Islam maintenant, menace à nouveau nos libertés de penser et de parler, tout comme la religion chrétienne les menaçait du temps de Spinoza. Actualité persistante de la menace obscurantiste des religions et actualité toujours aussi pertinente et éclairante des analyses spinozistes et de son vibrant plaidoyer en faveur de ces libertés dans le Traité théologico-politique (TTP) !

 

Dans nos sociétés occidentales il est à présent acquis que la pratique de la religion traditionnelle, c’est-à-dire chrétienne, relève uniquement de la sphère privée et il n’y a plus de tentative de la part du clergé de peser sur les décisions d’ordre politique. Cependant, la forte croissance de la population immigrée de confession musulmane, couplée avec les visées sociales et matérielles de cette religion, font ressurgir les problèmes de l’interaction entre le religieux et le politique.

 

Actuellement, il s’agit plutôt de chocs ponctuels tels que ceux engendrés par le terrorisme d’origine islamique ou, moins gravement, le port de la burqa ou du voile, l’exigence de piscines publiques séparées selon les sexes, mais, à terme, lorsque des élus issus de cette population siégeront dans nos assemblées, on peut s’attendre à plus de revendications pour imposer dans le social des pratiques issues de la religion, comme celles des deux derniers exemples. Et quand cette population, comme les prévisions démographiques le laissent présager, deviendra majoritaire, il est fort à craindre que cette immixtion du religieux dans le politique se fera de plus en plus forte du fait du caractère conquérant de l’islam.

 

A ce moment ressurgira le spectre de la censure religieuse dont nous avons mis si longtemps à nous défaire. Au XVII e siècle, cette censure étouffait les libertés de penser et de s’exprimer des citoyens. C’est pour défendre ces libertés que Spinoza publia le TTP, dont les analyses et les conclusions risquent de redevenir pertinentes dans un futur proche. Il nous semble donc utile d’y revenir et d’en pointer l’actualité.

 

Dans le TTP, le but premier de Spinoza est de rendre raison de la nécessaire liberté de penser et de s’exprimer au sein de la société. Au vu de la prégnance religieuse de l’époque, il est alors amené à étudier la relation de la liberté de philosopher, au sens large de penser et d’exprimer ses pensées, avec la pratique de la religion et la constitution de l’Etat. Ceci le conduit alors naturellement à s’intéresser à la relation entre le religieux et le politique, et plus précisément, à qui revient le droit de régler les choses sacrées. Il s’agit donc de délimiter la dimension politique de la religion, c’est-à-dire de définir les effets que cette dernière peut produire au sein de l’Etat et d’étudier la perversion de la fonction politique de la religion.

 

La conclusion de Spinoza est sans appel : de même que la religion ne doit pas interférer dans le domaine de la vérité, elle ne doit aucunement interférer dans le pouvoir de l’Etat. Cette conclusion provient d’un constat : la religion a le pouvoir de pervertir le politique et de transformer ainsi la concorde sociale en une haine sans fin. Il est donc nécessaire pour le pouvoir politique en place d’exercer un contrôle ferme et continu sur l’idéologie religieuse et ne pas lui remettre entre les mains le pouvoir de définir le système de valeurs. Il doit se faire obéir aussi bien sur le plan religieux que sur le plan strictement politique :

 

« Le culte de la religion et l’exercice de la piété doivent concorder avec la paix et l’intérêt de la République, qu’ils doivent par conséquent être déterminés par le seul Souverain, et que celui-ci doit donc en être aussi l’interprète» (TTP, XIX).

 

Le Souverain est, par définition, celui qui possède les moyens de se faire obéir, et dans la mesure où le contrôle de la religion est un de ces moyens, celui qui en perd le contrôle ne peut plus s’affirmer comme Souverain. En l’absence de ce contrôle, la religion pervertit la politique et donne lieu à un véritable état de guerre. N’est-ce pas ce dont nous commençons à ressentir les prémices dans les heurts avec la population musulmane revendicatrice d’instauration de signes ostentatoires religieux au sein du civil ?

 

En montrant que la religion peut pervertir la politique, Spinoza nous indique que la difficulté ne vient pas de la religion elle-même, mais des passions démesurées de ceux qui la diffusent. La religion, comme toute autre forme de pouvoir, n’est qu’un prétexte pour parvenir à la domination de l’Etat. Le souverain en place qui se laisse convaincre du bien-fondé des intentions de ceux qui possèdent un pouvoir religieux, sous le couvert fallacieux d’universaux vides de sens concret comme la soi-disant « diversité », est perdu. Seule sa force et sa domination, légitimée par le choix populaire, sont en mesure de lui assurer respect et obéissance.

 

Toute cette démonstration de Spinoza vise à prouver que la religion doit nécessairement se limiter à la seule sphère privée, excluant ainsi toute relation avec le domaine du pouvoir de l’Etat car :

 

« il est pernicieux, pour la religion et pour la république, d’accorder aux ministres du culte quelque droit que ce soit de prendre des décrets ou de traiter les affaires de l’Etat » (TTP, XVIII).

 

Il faut donc absolument éviter que les ministres du culte puisse exercer un pouvoir qui soit autonome et indépendant de la coercition de l’Etat, et ceci aussi bien sur le plan politique que sur le plan moral, afin qu’ils ne soient pas détenteur du commandement de ce qui est moral ou immoral dans la conduite humaine. Cela ne veut pas dire qu’il faudrait interdire la pratique de certaines religions car cela irait à l’encontre de la liberté de penser et de s’exprimer, mais cette pratique doit se cantonner à la sphère privée. Ainsi, dans des Etats, comme les nôtres où les femmes ont conquis depuis peu et à la suite de longs combats, le droit à l’égalité des sexes, le pouvoir politique se doit d’interdire le port de vêtements, tels que la burqa ou le voile, qui pérennise une domination masculine sur le sexe féminin et ne pas accepter la création de piscine séparée hommes/femmes, ce qui va aussi à l’encontre de cette égalité.

 

Spinoza insiste donc sur le fait que c’est exclusivement à l’Etat qu’il revient le droit de régler les choses sacrées, sans l’intervention du théologique. Concevoir une politique sans dieu ne consiste pas à anéantir l’exercice de la religion, ce qui irait à l’encontre même de la liberté de penser et de s’exprimer, mais plutôt de s’assurer les moyens nécessaire pour que l’exercice de la religion ne se pervertisse pas en une ambition politique qui mettrait en danger l’Etat lui-même. Cela revient donc à conférer au seul Souverain l’exercice de la politique sans que cet exercice soit déterminé par un horizon théologique.

 

La lecture de Spinoza pourrait aider nos gouvernants à prendre les mesures nécessaires pour éloigner le spectre de la perversion islamiste de la politique, d’autant plus que les observations spécifiques de Spinoza sur l’islam restent elles aussi d’une actualité brûlante :

 

Spinoza critique fortement l’Eglise romaine de son époque : elle est accusée pour la perversité de ses pratiques, son organisation vaut à beaucoup de substantiels avantages matériels et politiques, sa domination sur le peuple inculte s’exerce au bénéfice de quelques-uns, les privilèges des uns et l’écrasement des autres s’obtiennent par la tromperie, … Mais ces disqualifications s’appliquent à bien forte raison à l’Eglise musulmane : Mahomet ne favorise pas la liberté effective des hommes ; l’Eglise musulmane domine sur les fidèles, le régime politique interdit jugement et débat, la parole est refusée au sujet politique comme elle l’est au sujet croyant. L’islam est l’archétype religieux de la servitude : refus de la liberté de penser et pratiques de coercitions outrancières s’appellent et se renforcent à un degré inconnu ailleurs.

 

Ces constatations restent d’actualité dans les pays où cette religion domine. Voulons-nous de ça chez nous ?

 

 

 

 

 

 

Publié dans PHILOSOPHIE

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