François Hollande, pour mémoire : « Antisémitisme, colonisation, esclavage, etc., la France a bon dos ! » [Version finale]

Publié le par Sylvain Saint-Martory

Le 18 août 2012

 

Courriel :

xxx.yyyy@zzzz.fr

Objet :

François Hollande, pour mémoire : « Antisémitisme, colonisation, esclavage, etc., la France a bon dos !

 

Parti socialiste

10, rue de Solferino

75007 Paris

Fax n° 01 47 05 15 78

 

[A l’attention de François Hollande, Président de la République, de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, des ministres Cécile Duflot, Christiane Taubira, Laurent Fabius, Manuel Valls, Michel Sapin, Pierre Moscovici, Stéphane Le Foll et Vincent Peillon, et des membres suivants du Parti socialiste, Annick Lepetit, Bertrand Delanoë, Claude Dilain, Dominique Strauss-Kahn, Élisabeth Guigou, François Patriat, François Rebsamen, Harlem Désir, Henri Emmanuelli, Jack Lang, Jean Glavany, Jean-Marie Le Guen, Jean-Pierre Chevènement,  Julien Dray, Lionel Jospin, Malek Boutih, Martine Aubry, Michel Rocard, Olivier Duhamel, Robert Badinter et Ségolène Royal]

 

« Tout va bien chers amis. Magnifique discours du Président pour la commémoration de la rafle du Vel d’hiv. Très émouvant. » [Valérie Trierweiler, Twitter, 22 juillet 2012]

Mesdames, Messieurs,

La sempiternelle mise en accusation de la France durant les trente dernières années, très précisément depuis le premier septennat de François Mitterrand, au nom d’un passé révolu de plusieurs décennies, voire de plusieurs siècles, exige de ses citoyens une repentance dont ils ne peuvent mais, et qui termine toutefois dans l’incohérence et nombre de contradictions, puisque se fondant seulement sur l’uchronie.

Ce procédé intellectuellement et philosophiquement malhonnête consiste en effet à refaire en pensée l’Histoire, telle qu’elle aurait pu être et qu’elle n’a pas été, et par conséquent à juger et condamner moralement le passé avec notre mentalité droit-de-l’hommiste d’aujourd’hui. Ceci autorise donc des « vertueux autoproclamés », en l’occurrence les successeurs de François Mitterrand, à jeter l’opprobre sur les Français en général, puisque censés incarner l’entité d’une France éternelle.

Ainsi, venant après celui de Jacques Chirac en son temps, le discours de François Hollande commémorant la rafle du Vel d’hiv de 1942 l’illustre à sa manière, puisque sa condamnation moralisatrice évoqua une France terre d’asile et des droits de l’homme, alors que seule leur inobservation est réellement universelle – sauf encore à vous-mêmes ou à quiconque, évidemment, de démontrer le contraire à l’aune du devenir du monde, depuis plus de six décennies, faute d’y être encore parvenu !

Or ces jugements uchroniques sur fondement moralisateur appellent à la rescousse rien moins que l’Idéal et son succédané censé pouvoir le transposer dans la réalité quotidienne, à savoir le catéchisme prétendument universel, ou Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, alors que celle-ci est postérieure aux faits moralement condamnés aujourd’hui en son nom, ce qui établit le fondement uchronique de vos condamnations moralisatrices partisanes.

D’aucuns pourraient d’ailleurs se demander, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, pourquoi François Mitterrand, qui avait personnellement très bien connu cette période, et sûrement entendu parler de la rafle du Vel’ d’Hiv, n’avait pas jugé utile de condamner moralement l’État français en public, à l’exemple de Jacques Chirac, hier, voire la France elle-même comme François Hollande aujourd’hui.

La mauvaise foi et les intérêts égoïstes n’y sont pas pour rien, car nul ne peut prétendre ignorer, de nos jours, le parcours de François Mitterrand se précipitant à Vichy dès son retour du stalag, et récompensé de la francisque pour bons et loyaux services envers le Maréchal – sinon pourquoi ? ! Qui l’ignorait d’ailleurs, en 1981, parmi les caciques socialistes mis en exergue ici, et volant néanmoins à son secours pour en tirer profit, fut-ce au prix d’un coupable silence complice?

Or la France de 1943 était tout sauf la France éternelle, puisqu’une autre France, non-capitularde mais résistante, se trouvait à Londres, et rien n’empêchait donc François Mitterrand de la rejoindre, ce qui devrait suffire à faire taire les condamnations des moralisateurs d’aujourd’hui, adorateurs de Mitterrand en son temps, malgré le lourd et peu glorieux héritage à assumer.

Du reste, qu'auriez-vous fait de plus à l'époque, vous les « vertueux » d'aujourd'hui, à la place du Maréchal et de sa police, pour protéger les juifs, alors que les chars de l'ennemi stationnaient dans les jardins de l'Élysée ? Dur, dur de vouloir récrire l'Histoire sur fondement d'uchronie, avec des visées égoïstes ! 

Au cas où vous l'ignoreriez, il ne faudrait pas non plus oublier que des juifs de l'UGIF ont dénoncé, alors, d'autres juifs pour de sordides questions d’intérêt, sans encourir de sanctions pour autant, hormis des blâmes, comme l'a rappelé Jacques Vergès, lors du procès de Klaus Barbie - vous avez dit antisémitisme ? Oui, comme pourrait aussi bien l'illustrer la profanation, en Israël, des tombes de trois juifs illustres, Theodor Herzl, Ben Gourion et Ythzak Shamir ainsi que les croix gammées taguées sur les murs du mémorial Yad-Vashem à Jérusalem, sans déclencher ici le moindre tapage, comme il en fut dans l’affaire dite de Carpentras.

En conclusion sur cette période troublée, je renvoie au blog d’Alain Michel sur la collaboration, où il dénonce les sept erreurs de François Hollande dans son discours du 22 juillet, puisque l’on peut y lire :

« Dans son discours de ce dimanche 22 juillet 2012, en commémoration de la rafle du Vél d’Hiv (16 juillet 1942), le président de la République française a manifesté avec générosité sa volonté de réconcilier les Français autour de leur Histoire.

Son discours contient néanmoins sept erreurs d'appréciation qu'a relevées l'historien franco-israélien Alain Michel. Elles montrent que l'Histoire est plus complexe qu'on ne voudrait le croire. Les voici dans l’ordre d’apparition.. (cf. blog mentionné)

Il termine d’ailleurs ainsi :

 « Finalement, le seul mystère qui reste non résolu est celui d'expliquer pourquoi, de Serge Klarsfeld à Henry Rousso, l'historiographie française s'entête dans un récit extrême noircissant Vichy en contradiction avec les faits historiques? ».

Il ne vous est pas interdit, évidemment, d’apporter la preuve du contraire pour approcher la vérité historique bien controversée sur cette épineuse question, au gré d’intérêts divergents.

D’ici-là, dans votre accusation collective de la France et des Français, vous vous gardez bien toutefois d'insister sur le fait que l'antisémitisme est, aujourd'hui en France, majoritairement le fait de maghrébins, musulmans ou non, comme en témoigne la déclaration suivante faite sur France 5, au cours de l’émission C dans l’air, par le directeur d’une école juive parisienne affirmant que 95 % des agressions subies par ses élèves étaient le fait de musulmans, et comme l’attestent les récents évènements tragiques provoqués par Mohamed Merah.

J’attends d’ailleurs avec curiosité de voir quelle sera votre action pour éradiquer cet antisémitisme dû à la persistance du conflit entre ces communautés au Moyen-Orient, depuis plus de soixante ans, et dont nul n’est en mesure de prévoir une issue prochaine ou non, au vu des évènements toujours en cours.

Cette même culpabilisation continue à peser sur la France et les Français au nom d’évènements séculaires, période coloniale et esclavage, dont semblent être à l’abri d’autres États et peuples européens, Angleterre, Espagne, Grèce, Italie et Portugal notamment, du moins si j’en juge par le silence des quotidiens espagnol et portugais, respectivement El Païs et Diaro de Noticias, à ma demande de savoir si ces deux États continuaient également, à l’exemple du nôtre, à incriminer leurs lointains prédécesseurs pour des faits révolus de longue date.

En réalité, les phénomènes de colonisation et d’esclavage existaient bien avant que des États européens s’en occupent, et d’ailleurs l’esclavage est toujours pratiqué par les semblables des vertueux d’aujourd’hui, donneurs de leçons de morale à la France au nom d’un passé révolu, puisque la traite négrière et musulmane est toujours une réalité en terre d’islam, à en juger d’après le livre de Malek Chebel, L’esclavage en terre d’islam, dont je tire l’analyse suivante d’Hérodote.net :  

« Spécialiste du monde musulman, l'anthropologue Malek Chebel s'est penché sur un sujet rarement abordé : l'esclavage en terre d'islam, sans se limiter aux traites négrières.

Il évoque les anciens trafics d'esclaves blancs mais aussi les trafics humains qui perdurent dans maints pays sous des formes plus ou moins édulcorées.

Le livre fondateur de l'islam évoque l'esclavage dans pas moins de 25 versets sans le condamner formellement.

«Le Coran n'étant pas contraignant, l'abolition relève de la seule initiative personnelle du maître. Cette ambiguïté est constitutive de l'approche coranique : encourager ceux qui font le bien, mais ne pas alourdir la peine de ceux qui ne font rien, écrit Malek Chebel. Plusieurs versets entérinent au demeurant l'infériorité de l'esclave par rapport à son maître».

Inhumanité de l'esclavage

Le calife Omar (581-644) est à l'origine d'une législation qui interdit de mettre en servitude un musulman. Cette législation va être très vite détournée par l'usage, les élites n'ayant de cesse de multiplier les restrictions à l'affranchissement des esclaves convertis à l'islam. Elle va d'autre part pousser les musulmans à chercher des esclaves hors de leurs terres, c'est-à-dire en Afrique noire et en Europe orientale.

Rapidement, l'esclavage devient un fait central des sociétés musulmanes, comme il l'a été des sociétés grecque et romaine. «Nulle part on ne trouve contre lui d'opposition ou de réprobation», note l'auteur en rappelant que les plus grandes figures intellectuelles de l'islam ont été comme les autres de grands propriétaires d'esclaves.

Malek Chebel rapporte in extenso trois codes régissant l'esclavage en terre d'islam. À travers des références littéraires, en premier lieu les Mille et une Nuits, ainsi que de nombreux récits de voyageurs, il dépeint aussi le statut des esclaves, leur déshumanisation par la privation de nom et leur exploitation à des fins sexuelles, qu'il s'agisse des concubines destinées à assouvir les plaisirs de leur maître ou des eunuques chargés de les garder.

Le monde musulman n'étant pas un bloc homogène, l'auteur analyse région après région les traces laissées par l'esclavage et ce qu'il en reste.

Dans beaucoup de régions perdure l'esclavage «de traîne» : il affecte les descendants d'esclaves qui portent le fardeau de leur hérédité ; ainsi ne peuvent-ils par exemple épouser une femme de classe supérieure.

Sur la côte sud de l'Iran subsiste une communauté issue des anciens esclaves noirs qui parle arabe, pratique le sunnisme et entretient des coutumes d'origine africaine. En Arabie, malgré la répétition des édits abolitionnistes, l'esclavage perdure de fait, avec une relative discrétion. Il concerne des ressortissants africains, sans parler des travailleurs asiatiques dont le sort est proche de la servitude.

L'esclavage demeure présent aussi dans les régions sahariennes (Libye, Niger, Tchad, Mali...) sans qu'on puisse en chiffrer l'importance. Cédant à la pression des ONG, un chef targui du Niger, Amrissal Ag Amdague, a accepté le 10 mars 2005 de libérer 7.000 esclaves coutumiers contre espèces sonnantes et trébuchantes ! En Mauritanie, l'esclavage des Noirs (Harratine) par les Bédouins est une réalité prégnante dont l'auteur a lui-même pris la mesure lors de ses voyages...

Autant dire que la lutte contre l'esclavage demeure d'actualité et cet ouvrage permet de s'en convaincre. Malek Chebel le rappelle avec justesse : «l'esclavage est la pratique la mieux partagée de la planète, c'est un fait humain universel».

Pour une vision historique du phénomène particulier des traites négrières, on se reportera à l'ouvrage clé d'Olivier Pétré-Grenouilleau : Traites négrières.

André Larané.

 

Sur la colonisation elle-même, faute de ne jamais accepter d’en débattre, notre époque obscurantiste s’obstine à croire, et à faire croire, qu’une quelconque chose humaine, fut-ce la période coloniale, ne pourrait avoir que des inconvénients et aucun avantage pour les peuples d’hier et d’aujourd’hui, alors que TOUT, dans notre monde relatif, présente, à la fois, du pour, du positif, des « avantages », et du contre, du négatif, des « inconvénients », entre lesquels tranchent seulement les intérêts égoïstes partisans des individus et de divers groupes d’individus.

 

Et en matière de colonisation, même ces grands républicains, Jules Ferry et Gambetta en l'occurrence, furent aussi des partisans de l'expansion coloniale, ce que François Hollande devait ignorer, lors de son investiture, en rendant hommage au premier. En effet, cet apôtre de la laïcité fut aussi l'un des principaux artisans de l'expansion coloniale française en Tunisie, Annam, Tonkin et Congo, au point qu'Ernest Lavisse put écrire dans son manuel d'Histoire : « La France doit l'accroissement de son domaine colonial à un grand patriote, M. Jules Ferry.».

 

En conclusion sur ces phénomènes anciens, décriés pour leur vision partisane, de même qu’il en va des faits d’actualité quotidienne, se fondant seulement sur l’uchronie et leur moralisme, maintes fois dénoncé en raison de leur croyance superstitieuse en un Bien et un Mal absolus ainsi qu’en l’existence réelle de deux catégories d’humains par nature (les bons et les mauvais), les soi-disant « vertueux » d’aujourd’hui, censeurs autoproclamés, reprochent aux Autres ce qu’eux-mêmes ont fait hier, continuent de faire aujourd’hui et referont demain, en toute circonstance où leurs intérêts égoïstes de toutes sortes, individuels et collectifs, l’exigeront, comme l’illustre la marche éternelle de notre monde humain, au fil des siècles et des millénaires.

 

En conséquence, il vous restera pour la énième fois à démontrer la fausseté de mes affirmations sur des points très précis de désaccord, à défaut de quoi vous manifesteriez, une fois de plus, votre intention délibérée de continuer à colporter les mensonges et les « croyances au miracle » du monde, au nom desquels vous jugez et condamnez moralement les Autres, sans jamais avoir pour autant l’honnêteté et le courage intellectuels de débattre sur le fond, comme l’atteste toute ma correspondance antérieure, à une très notoire exception près.

Dans l’éventualité d’un sursaut de courage de votre part pour prendre part au seul et unique véritable débat d’idées, tel que très souvent précisé, je vous remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Mesdames, Messieurs, mes salutations philosophiques, laïques et républicaines, sauf à vous-mêmes ou à quiconque, évidemment, de démontrer le contraire.

                                                           

            

 

 

 

 

Publié dans COURRIER "Politiques"

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article