« Dieu, une réponse parmi d’autres à la plus superstitieuse des questions ! »

Publié le par Sylvain Saint-Martory

Patong Beach, le 30 janvier 2012

 

Objet :

« Dieu, une réponse parmi d’autres à la plus superstitieuse des questions ! »

 

Le Point

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[A l’attention de Claude Imbert, Franz-Olivier Giesbert, Bernard-Henri Lévy, Catherine Golliau, Christophe Ono-dit-Biot, Emilie Lanez, François Dufay, Malek Chebel, Mireille Duteil et Violaine de Montclos]

 

« Je ne prétends pas que ma philosophie est la meilleure, mais je sais que je comprends la "vraie" philosophie. » [Spinoza]

 

« Si je sais la vérité et ne gueule pas la vérité, je suis le complice des escrocs et des faussaires ! »  [Charles Péguy]

 

Mesdames, Messieurs,

 

L’abondant dossier publié par votre hebdomadaire, le 22 décembre dernier, sous le titre de couverture, « Questions et réponses sur l’existence de Dieu », me donne une nouvelle et excellente occasion de vous rappeler la correspondance adressée aux collaborateurs du Point mis en exergue ici entre le 16 octobre 2000 et le 22 novembre 2009, mais toujours sans réponse sur le fond à ce jour.

 

Pourtant, dans une vingtaine de lettres, dont celle du 13 mai 2006 à Franz-Olivier Giesbert, suite à ses condamnations moralisatrices d’alors, et celle du 22 septembre 2008 à Claude Imbert, en réponse à son éditorial qui avait pour objet, Foi et raison, je n’ai eu de cesse de dénoncer le penser superstitieux humain, tel qu’il se manifeste dans la religion, toutes les religions sans exception (monothéistes ou non), dans la métaphysique matérialiste, ou scientisme, dans la métaphysique idéaliste, ou pseudo-philosophie spiritualiste des « philosopheurs » Descartes et Kant, entre autres, avec leur Dieu-créateur et son prétendu libre arbitre, dans l’idéologie, toutes idéologies confondues, et dans le moralisme [Morale et condamnations moralisatrices des Autres au nom de LA Morale : LAQUELLE ? !], tous catéchismes réunis, y compris le catéchisme soi-disant universel contemporain, ou Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, dont seule l’inobservation est réellement universelle – sauf à vous-mêmes ou à quiconque, évidemment, de démontrer le contraire, à l’aune du devenir du monde depuis sa promulgation, soit plus de soixante ans après !

 

De surcroît, à ce courrier était très souvent annexé mon texte fondateur, Mensonges et lâcheté des élites, dans lequel se trouvent, non seulement mon argumentation de fond établissant les mensonges et les « croyances au miracle » du penser superstitieux sous toutes ses formes, mais aussi les noms d’une centaine de soi-disant « élites » de l’époque, tous milieux confondus [Médias de toutes tendances, responsables politiques de tous bords, intelligentsia (prétendus intellectuels ou pseudo-philosophes) et nombre d’associations moralisatrices à sens unique, donneuses de leçons de morale aux Autres, parmi lesquelles Amnesty international, le CRIF, France Terre d’asile, le GISTI, la LICRA, la Ligue des droits de l’homme, le MRAP, SOS Racisme, etc.

 

Or, à ce jour, les destinataires nommément désignés des quelques cinq cents lettres adressées en une dizaine d’années ont toujours négligé de répondre sur le fond, en avançant leurs éventuels arguments contraires, ce qui suffit à attester la lâcheté et la malhonnêteté intellectuelles des faiseurs d'opinion d'aujourd'hui, aussi longtemps qu'ils n’auront pas démontré la fausseté de mes affirmations sur des points très précis de désaccord, et tout particulièrement en matière de Vérité éternelle absolue sur laquelle je me fonde pour les dénoncer. 

 

Pour mémoire, car tout a déjà été dit et redit sans susciter pour autant vos remarques contraires, le penser superstitieux humain consiste, selon le philosophe juif allemand Constantin Brunner (1862-1937), héritier spirituel des grands penseurs universels [Mystiques authentiques, tels Lao-Tseu, le Bouddha et le Christ, entre autres, et « vrais » philosophes du UN absolu, parmi lesquels Épictète, Marc-Aurèle, Sénèque, Socrate, Platon, Giordano Bruno et Spinoza], à absolutiser fictivement – donc, mensongèrement ! - le relatif, à savoir le contenu seulement relatif pensé par notre entendement pratique (cf. imaginatio et ratio spinozistes) dans et sur (à propos de) notre monde humain.

 

Concrètement, ce « faux-penser » ou penser du faux « Absolu », de l’absolu fictif, fait passer pour Vérité absolue les infinies vérités relatives, voire contradictoires, qui s’affrontent dans notre monde, ce qui a pour conséquence de tromper et de manipuler l’opinion, particulièrement en période électorale, mais surtout à propos de l’existence de Dieu.

 

Et sur ce sujet, divers extraits d’intervenants dans ce dossier, reproduits ci-après, attestent qu’à une question superstitieuse ne peuvent succéder que des réponses superstitieuses, comme suffit à l’établir le seul examen de la Raison pour contrer la Foi.

 

Ainsi le premier intervenant, Franz-Oliver Giesbert en l’occurrence, déclare :

 

« Certes, Dieu n’est pas scientifiquement prouvé et on peut se demander s’il le sera un jour. Entre Dieu et la science, c’est une vieille histoire qu’incarna si bien Blaise Pascal »

 

On croit rêver ! Attendre de la science qu’elle « prouve » l’existence de Dieu, c’est retourner aux temps les plus obscurantistes, auxquels appartient également notre époque, comme je n’ai de cesse de le dénoncer ! ! ! Et ce d’autant plus que la preuve n’est pas l’outil adéquat dans ce domaine, seule la démonstration more geometrico, à la manière de Spinoza, peut établir ce qui est absolument vrai ou pas dans notre penser humain !

 

Jean d’Ormesson, de l’Académie française, s’il vous plait, tient les propos suivants :

 

« Dieu est l’origine de tout, le but final et l’explication dernière. Il ne tolère aucune discussion, aucune hésitation, pas la moindre réserve. Il est toutes les réponses et ne pose aucune question. Sauf une : existe-t-il ? »

 

Que voilà une belle contradiction !  Suite à des propos assurés sur Dieu, décrété origine de tout et explication dernière, Jean d’Ormesson n’est même plus certain qu’il existe, puisque Dieu lui-même s’interroge ! ! !

 

« Tout au long de la fin de ce siècle et au siècle suivant, Dieu mène contre la science triomphante un combat d’arrière-garde. On ne donnera pas ici le ridicule d’entrer dans le grand débat pour ou contre son existence, auquel tant de grands esprits, de Platon et saint Augustin à Spinoza et Leibniz, de Jaspers et Teilhard de Chardin à Jacques Monod et François Jacob, ont donné tant d’éclat. »

 

Quel curieux mélange ! Réunir Platon et Spinoza avec des chrétiens avérés sur l’existence de leur Dieu, c’est assurément méconnaître l’Idée des idées de Platon et le Dieu-Substance de Spinoza, entre autres appellations de l’UN absolu, tellement éloignés du penser superstitieux des religions monothéistes sur la question de Dieu.

 

Jean d’Ormesson conclut :

 

« On se contentera d’énumérer brièvement quelques arguments avancés de part et d’autre. » »

 

Et d’Ormesson de citer des arguments pour et contre l’existence de ce Dieu, dont il semble finalement de moins en moins certain, puisqu’il met même en balance Dieu et le big-bang dans son idée de transcendance d’un univers qui aurait un début et une fin.

 

Or, précisément, comme ceci sera établi philosophiquement par la suite, la « vraie » philosophie ne connaît qu’une relation d’immanence entre le Dieu de Spinoza et les infinis mondes infinis, dont le nôtre, qui n’ont ni début ni fin  - sauf pour le penser superstitieux des religions monothéistes et de la métaphysique, tant matérialiste qu’idéaliste.

 

D'où suit leur question la plus superstitieuse de toutes, celle qui consiste, selon Brunner, à demander, à propos de notre monde et de ce qui s'y rapporte : « Comment tout cela a-t-il commencé ? ! »

 

Elle conduit même des scientifiques d’aujourd’hui à délirer, si j’en juge d’après votre dossier intitulé, Les scientifiques à la recherche de Dieu, dans lequel des tenants de la métaphysique matérialiste, ou scientisme, envisagent, non seulement la possibilité d’une « création ex-nihilo », mais même celle d’un Créateur.

 

On peut en effet relever, ici et là, dans le dossier :

 

« Les scientifiques s’intéressent de nouveau à l’hypothétique existence de Dieu. De plus en plus de chercheurs, en biologie comme en astrophysique, se posent à leur tour la fameuse question de Leibniz, "Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?"   

 

Parce que la philosophie est morte faute d’avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique », dixit Stephen Hawking - le pape du scientisme contemporain ! Ce sont les scientifiques qui ont repris le flambeau dans notre quête du savoir. Conclusion : La division du travail entre savants et théologiens est en train de s’estomper

Plus la science progresse, moins Dieu est tabou. On le traite même comme un banal objet d’expérience ! »

Et il ajoute : « Si on n’a pas de preuves de Dieu, on peut à peu près être sûr qu’il n’existe pas…» (Sic !)

Stephen Hawking parle de création spontanée (ex-nihilo !) et déclare : « On n’a pas besoin d’un créateur qui allume la mèche, l’univers peut se créer et se créera spontanément à partir de rien. La création spontanée est la raison pour laquelle il existe quelque chose plutôt que rien, et Hawking conclut à une suite de « coïncidences improbables ».

Bref, conclut l’auteur de ce dossier : «  Notre planète semble avoir gagné le gros lot au milieu d’une infinité de ratages ». Les scientifiques sont au moins d’accord sur un point : il est impossible de trouver une preuve de l’existence ou de la non-existence de Dieu. Dieu et la science ne jouent pas sur le même terrain. Il n’y a donc pas à les opposer ni à les unir. » : OUF ! [Fin de citation]

Hélas, la métaphysique idéaliste des Descartes, Kant et autres « philosopheurs » répond aussi à la superstitieuse question d’un commencement de notre monde à la manière des religions monothéistes avec leur Dieu-créateur disposant, de surcroît, d’un libre arbitre censé lui avoir laissé le choix de créer, ou non, notre monde. Mais, par chance pour nous, Dieu s’ennuyait, tout seul dans son paradis, sinon nous ne serions pas là…

Toutes ces réponses superstitieuses, résultant d’une question qui ne l’est pas moins, ne sont rendues possibles que par la méconnaissance et la confusion des facultés de notre entendement humain, d’où suit leur utilisation à mauvais escient, comme l’illustre l’exemple banal de la rotation de la Terre et du Soleil, différemment saisie par l’expérience des sens et par la raison, en l’occurrence la science. Nos sens nous donnent à voir, en effet, le soleil se levant à l’est et se couchant à l’ouest, donc en mouvement autour d’une planète immobile, alors que la raison, ou ratio spinoziste, le penser scientifique, nous enseigne exactement le contraire.

C’est donc un paradoxe de notre penser de croire « absolument réel », à la manière de saint Thomas, ce qui est perçu par l’expérience des sens, et a contrario de nier l’Absolu, le réel absolu, du seul fait de ne pas le percevoir comme nos choses humaines !

Votre dossier, Les scientifiques à la recherche de Dieu, me fournit par ailleurs un excellent exemple de la confusion des facultés, puisque j’ai pu y relever, en réponse à la fameuse question de Leibniz, le propos suivant de Stephen Hawking : « Parce que la philosophie est morte faute d’avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique. »

On croirait entendre parler André Comte-Sponville sur Paris Pemière, au cours d’un débat télévisé, en mai 1999, animé par Serge Moati sur le thème, Pourquoi les philosophes ?

Comte-Sponville avait en effet déclaré, à mon plus grand ébahissement devant de tels propos indignes d’un « vrai » philosophe :

« La philosophie continue, parce qu’elle a toujours échoué. Le but des philosophes était de faire entrer la philosophie dans la voie sûre d’une science. Elle allait devenir aussi certaine que les mathématiques ; elle échoue à devenir scientifique. Je ne crois pas qu’on ait raison d’opposer les scientifiques et les philosophes ; ce ne sont pas deux disciplines qui seraient complètement opposées. »

 

Inutile de dire que ma lettre du 29 mai 2009 à son intention, ayant pour objet, Matérialisme et philosophie, demeure toujours sans réponse jusqu’ici, de même que les suivantes adressées entre mai 1999 et le 5 décembre 2009.

 

Sur le fond, il n’en demeure pas moins que, non seulement la philosophie n’est pas, et ne sera jamais, à la remorque de la science, mais c’est une autre preuve flagrante de la confusion des facultés. En effet, la science fait partie de notre penser relatif, où rien d’absolu ne se trouve, et ne se trouvera jamais, alors que la philosophie, la vraie philosophie, est la voie et la voix de l’UN absolu – sauf à vous-mêmes ou à quiconque, évidemment, de démontrer le contraire !

 

Aussi, face à de tels propos de « philosopheur », voire de matérialiste superstitieux, je ne peux manquer de vous apporter les précisions suivantes sur la théorie des facultés de Brunner, ou genres de connaissance de l’entendement humain. Sauf encore à vous-mêmes de démontrer le contraire sur des points très précis de désaccord, elle seule est en effet en mesure de corriger vos propos superstitieux sur la religion, entre autre mode d’expression de la Superstition sous toutes ses formes.

 

L'analyse des facultés de notre entendement humain, établie par le philosophe juif allemand Constantin Brunner (1862-1937), développe celle exposée par Spinoza dans Éthique II, proposition XL, scolie II.

 

Brunner distingue également trois facultés, ou genres de connaissance :

 

1- l’entendement pratique, regroupant l’expérience des sens et la raison, ou imaginatio et ratio spinozistes,

2 - le penser spirituel, ou penser de l’Esprit, appelé intuitio par Spinoza,

3 - le penser superstitieux, ou penser de l’analogon de l'Esprit, dont seul Brunner a si abondamment et si lucidement parlé, à propos de la religion, de la métaphysique et de la critique morale ou moralisme

 

Á ces trois facultés de l'entendement humain correspondent trois types de « vérités » propres à chacune d’elles. Ce sont respectivement :

 

1 - la vérité relative de l'entendement pratique, savoir scientifique inclus,

2 - la Vérité absolue du penser spirituel,

3 - la vérité « superstitieuse » de l'Analogon de l'Esprit, ou vérité relative fictivement « absolutisée », c’est-à-dire artificiellement présentée comme absolue.

 

A SUIVRE 

 

 

 

Publié dans COURRIER "Médias"

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