André Glucksmann : « Vous avez dit "philosophe" » ? ! » [FIN]

Publié le par Sylvain Saint-Martory

Le 29 janvier 2011

 

Objet :

« Vous avez dit "philosophe" » ? ! » 

 

 Monsieur André Glucksmann

 

Aux bons soins du quotidien

 

Le Monde

80, boulevard Auguste Blanqui

75013 Paris

Fax : 01 57 28 21 21

 

 

Monsieur,

 

Pour terminer l’examen de votre penser superstitieux sous toutes ses formes, il me reste à dénoncer vos mensonges et vos « croyances au miracle » en matière d’idéologie, voire de scientisme.

 

J’ai déjà évoqué rapidement votre parcours personnel passant du maoïsme au sarkozysme, et j’apporte la preuve que vos « croyances au miracle » idéologiques perdurent, puisque vous avez déclaré, le 29 octobre 2009, au cours d’un entretien sur France Info culture :

 

« L’idée de transformer le monde ne m’a jamais quitté, et j’ai visé juste. »

 

Vous colportez ainsi les vieux « rêves » millénaires de l’humanité de transposer l’Idéal dans le quotidien, ceux des révolutionnaires de 1789 et de 1917, des bolcheviques, des maoïstes et autres sandinistes, etc.,  dont on voit ce que leur monde illusoire est devenu - et ce jusqu’à la fin des temps, compte tenu de la nature égoïste éternelle des humains, sauf à vous-même ou à quiconque, évidemment, de réfuter mes arguments de la lettre du 4 février 2002 sur ce point !   

 

Après la religion, le moralisme et l’idéologie, j’en viens à votre silence sur le rêve actuel de l’humanité de transformer le monde dans son climat, à savoir établir sur la planète un « climat sur mesure » pour l’éternité – en somme, une autre manière de transposer l’idéal dans le quotidien !

 

Faute d’avoir fait connaître clairement votre position argumentée sur cette chimère climatique, je vous invite à apporter votre réponse, intellectuellement et philosophiquement étayée, à cette simple question vainement posée, tant au GIEC qu’à Barack Obama, Ban Ki-moon, José-Manuel Barroso, Nicolas Sarkozy, Claude Allègre et à l’essentiel des médias nationaux et régionaux :

 

« In an universe, which is perpetually in movement, and where EVERYTHING is in a constant movement, that is the SOLE cause of the unceasing transformation of all the things of our world, human beings included, HOW would-it be possible to definitively stabilize anything and thus to establish on the planet a custom-made climate for all eternity, excepted by stopping this movement itself, precisely ? »

 

Dans l’éventualité de votre réponse contraire, intellectuellement et philosophiquement étayée, à cette question, je ne peux mieux faire pour vous récuser le statut de « véritable » philosophe que m’appuyer sur le titre de votre livre, Les deux chemins de la philosophie, dans lequel vous opposez Socrate et Heidegger.

 

Certes, il n’y a probablement, de la part de quelqu’un de bien d’informé, aucune incertitude sur ce plan pour ce qui concerne Socrate - sauf à un quelconque hurluberlu de le démontrer ! Mais pour Heidegger c’est une autre affaire, ainsi que le montre le parcours chaotique de sa pensée.

 

Assurément, s’il lui est arrivé de déclarer, à juste titre, que philosophie et religion sont totalement incompatibles,  il s’avère être sur le fond plus un métaphysicien qu’un philosophe.

 

Ce qui sépare irrémédiablement l’un de l’autre, c’est la croyance pour le premier de la possible coexistence de « deux » absolus, ce qui est définitivement une impossibilité absolue. Le dualisme des absolus interdit à tous deux, en effet, d’être à la fois absolument infinis, parfaits, éternels et immuables – sauf à vous-même ou à quiconque, évidemment, de l’établir more geometrico !

 

En revanche, s’il ne peut y avoir « deux » chemins pour la véritable philosophie, voie et voix de LA Vérité éternelle absolue, il y a bien deux chemins, et même trois, qui conduisent à elle, à savoir la philosophie, la mystique et l’art, car fondés sur l’absolu UN, Unique, puisque, comme déjà dit, tout est un, selon Socrate et son idée éternelle du beau, du bien et du juste.

 

Après cet exposé conséquent, qu’il ne tient qu’à vous de contester sur des points très précis de désaccord, à défaut de quoi vous fourniriez la preuve, une fois de plus, que votre statut de philosophe est usurpé, et donc que vous colportez les mensonges et les « croyances au miracle » du monde, trompant et manipulant ainsi sciemment l’opinion.

 

Pour mémoire, vous avez d’ailleurs apporté publiquement la preuve que vous n’étiez pas un véritable philosophe, lorsque, dans les années 70 avec votre compère Bernard-Henri Lévy, vous vous êtes présentés devant l’opinion comme les « nouveaux philosophes » - inventeurs, assurément d’une nouvelle philosophie !

 

Or, s’il y a bien des centaines de philosophie à travers le monde, la « vraie » philosophie, en tant que telle, ne peut être qu’UNE, Unique, car la multiplicité et la diversité des opinions ne confère à aucune une validité absolue – comme il en va, d’ailleurs, en matière de pluralisme des religions !

 

Dans l’éventualité de votre réponse contraire intellectuellement et philosophiquement étayée, je vous remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

 

Annexe : Lettre du 4 février 2002

 

 

 

 

  

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