André Glucksmann : « Vous avez dit "philosophe" » ? ! » [Annexe]

Publié le par Sylvain Saint-Martory

Avant-propos

 

Si je juge utile de publier ici la lettre adressée à André Glucksmann, le 4 février 2002,  et annexée à mon courrier du 29 janvier 2011 à son intention, c'est dans le but principal de montrer que les soi-disant "élites" de l'époque continuent à colporter sciemment les mensonges et les "croyances au miracle" de leur penser superstitieux, sans tenir aucun compte des arguments avancés antérieurement pour le dénoncer, puisqu'ils n'ont pas eu l'honnêteté et le courage intellectuels de le réfuter, argumentation contraire à l'appui, sur d'éventuels points de désaccord très précis, comme il en va ainsi d'André Glucksmann.

 

Près de dix ans après, en effet, il continue à fonctionner sur son seul penser superstitieux pour lancer ses anathèmes moralisateurs, sans se rendre compte qu'il excelle dans l'art d'absolutiser le relatif, donc de tromper et manipuler l'opinion, du seul fait de faire passer pour vérité absolue le contenu seulement relatif de notre entendement pratique humain. Et je doute fort que ma lettre d'aujourd'hui l'incite davantage à répondre qu'hier.

 

Lettre du 4 février 2002

                                                                                       

 Le 4 février 2002

 

Objet :

« Dostoïevski à Manhattan »

 

 

 Monsieur André Glucksmann

 Aux bons soins des

 Editions PLON

 

                                                                      

Monsieur,

 

 

La présentation de votre ouvrage, Dostoïevski à Manhattan, sur de nombreux médias, et notamment au cours d’un entretien avec Edwy Plenel sur LCI, me donne enfin l’occasion de vous faire part de mes réflexions d’ordre philosophique, afin de tenter de relancer un débat de fond, complètement confisqué par la pensée unique et superstitieuse de l’époque ; pensée, relayée par la quasi-totalité des moyens de communication contemporains, mais reposant exclusivement sur la « croyance au miracle », et contribuant ainsi à la tromperie généralisée de l’opinion.

 

Lorsque vous déclarez à propos du nihilisme, cause principale selon vous de certains évènements historiques actuels, dont ceux du 11 septembre dernier, qu’il peut s’exprimer par des formules, telles que : « Tout est permis » ou « Fais ce qui te plaît », vous n’illustrez par-là que notre égoïsme humain, effréné, débridé, notre Natum, normalement tenu en bride par la société à travers ses diverses institutions : Etat, Eglise, Ecole, Famille, etc.

 

Cet égoïsme seulement permet de comprendre ces propos d’Edwy Plenel : « Culture et civilisation n’empêchent pas la barbarie », ou bien les vôtres : « Rien de ce qui est inhumain ne nous est étranger » ; par notre seul égoïsme, s’expliquent tous les comportements, individuels et collectifs, d’hier, d’aujourd’hui et de demain, aussi barbares et inhumains soient-ils ! 

 

En effet, dans son sens correctement saisi, c’est à dire débarrassé de toute connotation morale de bien ou mal, notre égoïsme est le désir premier de tout être humain de vivre le plus longtemps et le mieux possible, en recherchant constamment ce qui semble favorable à notre vie, et en rejetant ce qui paraît la contrarier, dans notre quête permanente d’amour, d’argent et de gloire.

 

Aucun humain ne peut prétendre y échapper : ni vous, ni moi, ni tous les autres (hypocrites inclus !) ; si oui, par quel miracle de la Nature en sa faveur ? De plus, même nos jugements, nos opinions, nos engagements et nos luttes dépendent de notre égoïsme. Ils ne sont, en effet, que la réponse par Oui ou Non à cette unique question, omniprésente dans notre vie : cela est-il favorable à ma vie = mon égoïsme ?

 

De la réalité inéluctable de notre nature humaine égoïste, il résulte que l’être humain actuel demeure semblable à celui du passé et du futur : querelleur, cupide, porté à la division, à mentir, à tricher, à frauder, à calomnier, à médire, à flatter, à se renier, à trahir, à se venger, à jalouser, à envier, à l’ingratitude, à la mauvaise foi, etc. ; et ce, toujours pour les besoins de ses intérêts égoïstes.

 

Ainsi, hormis la « croyance au miracle », rien n’est en mesure de faire de l’homme tel qu’il est, l’homme tel qu’il devrait être : aucun catéchisme (Déclaration universelle des droits de l’homme incluse), aucune idéologie, aucune Eglise, aucun devoir de mémoire (Shoah comprise), aucune pédagogie, aucun Messie nouveau, aucun rêve, aucune révolution (l’Histoire l’a montré), aucun type d’organisation sociale (sinon pourquoi attendre ?), aucune Culture, même mondialisée ou quoi que ce soit d’autre (« nouveau communisme », 6° République, les « jeunes », la prétendue capacité des femmes à « faire bouger les choses », l’ONU, un hypothétique gouvernement mondial, l’Europe fédérale ou non, l’addition de lois à des lois, de textes internationaux à des textes internationaux, démocratie participative modèle ATTAC, etc. ; la Culture est à jamais impuissante contre notre nature ! La soi-disant « perfectibilité » de l’homme est un mythe, à l’usage des naïfs ou des simples d’esprit ! ! !

 

Tout autre discours est une atteinte à la vérité, et votre responsabilité d’intellectuel est immense puisque vous livrez les humains, portés plus à croire qu’à penser, aux « marchands de rêve » de toutes sortes, aux utopistes professionnels, surtout soucieux de leurs intérêts personnels ; alors, pendant combien de siècles, combien de millénaires encore, va-t-on continuer à tromper les humains en leur racontant les sornettes de la Superstition ?

 

J’affirme, dans l’attente de vos éventuelles objections, qu’il y a escroquerie intellectuelle et tromperie généralisée de l’opinion, chaque fois que quiconque (individu ou groupement quelconque : partis politiques, associations moralisatrices, notamment SOS Racisme et Ligue des droits de l’homme, ainsi que leurs relais médiatiques) prétend pouvoir mettre fin à tel ou tel des maux éternels de l’humanité, voire à tous, sans être en mesure de préciser concrètement, conformément au défi que je lance à tous les penseurs, « politiques », et autres, du monde entier, de m'indiquer concrètement comment éradiquer de manière définitive et universelle : violence, privilèges, loi du plus fort, exploitation d’êtres humains, corruption, et discrimination, sous toutes ses formes (pas seulement, en raison de la race et la nationalité, mais aussi en fonction de l’appartenance sexuelle, du comportement sexuel, de l’âge, de la situation sociale, de la fortune, des opinions religieuses, politiques et autres, du handicap, voire de l’apparence physique ou vestimentaire, etc.) ; que tous m’indiquent également comment instaurer, tout aussi définitivement et universellement : paix, justice, liberté, égalité et fraternité ! Je ne vois plus guère que la méthode Coué ! ! !

 

Je vous laisse mesurer l’immensité du mensonge du monde, que tous les « vendeurs d’illusion » colportent, tant il est plus « juteux » de faire rêver la foule, en la trompant, plutôt que de l’éclairer par le recours à la Raison ; Raison, qui n’est pas la chose la mieux partagée du monde, la « croyance au miracle » l’est bien davantage : pour preuve, la croyance quasi-universelle en un  paradis terrestre et céleste !

 

Contrairement à ce qui pourrait être allégué, mes propos ne suppriment en rien toute velléité de lutte, de revendications, comme l’actualité quotidienne, nationale et internationale, l’atteste. Notre nature humaine, dans son égoïsme, nous incite à vouloir « toujours plus », et le monde continuera, donc, dans la lutte des intérêts des uns contre ceux des autres, tout à fait conforme à notre Natum, mais débarrassée de l’hypocrisie d’un « prétendu » altruisme ; avez-vous déjà constaté des revendications catégorielles égoïstes, non accompagnées de l’appel à la défense des intérêts du public ? Même les révolutionnaires de 1789 luttaient d’abord pour du pain !

 

Voilà pourquoi le débat, auquel je vous convie, consiste à dénoncer et à combattre la Superstition, dans ses diverses expressions : Religion, Idéologie, Métaphysique et Moralisme ; le débat véritablement philosophique ne peut se situer que dans la confrontation de la Vérité éternelle et de la Superstition. Selon la définition de Constantin Brunner, philosophe juif allemand (1862-1937), héritier spirituel de mystiques authentiques (le Bouddha, le Christ, dans leur Parole non pervertie par la Superstition religieuse) et de vrais philosophes du Un absolu : Socrate, Platon, Bruno et Spinoza, entre autres, il faut entendre par « Superstition » l’absolutisation du relatif sous ses multiples apparences, à commencer par celle de notre monde humain, symbole de l’Absolu UN véritable.

 

Pour ce monde humain relatif, la Superstition religieuse et métaphysique a besoin d’un commencement absolu, pour expliquer rationnellement, de manière causale, la présence des choses, de nos choses relatives, considérées comme absolues par notre pensée superstitieuse ou Analogon de l’Esprit, comme Brunner nomme cette troisième faculté de l’Entendement humain. Pour la Religion, cette origine absolue est ce Dieu, créateur de toutes choses, et pour la Métaphysique (« Méta-physique »), le « primus motor » d’Aristote, devenu le « big-bang » du Scientisme contemporain ; tous aussi mystérieux et miraculeux, puisqu’ils créent ex-nihilo ! Mais qu’importe, il suffit de croire ! ! !

 

En outre, la Métaphysique dualiste superstitieuse du Matérialisme absolu, qui se prend pour la Philosophie, a la prétention de connaître et de comprendre le monde, pour l’expliquer. Mais comment comprend-t-elle et que comprend-t-elle ?

 

« Comment ? », est-ce au moyen de l’explication causale qui renvoie infiniment à une autre cause, jusqu’à une hypothétique cause première ou origine absolue du monde, reposant sur la croyance ? « Que » comprenons-nous ? Nos choses relatives que la Science ramène au mouvement, mais mouvement de quoi ? Le mouvement infini, relatif, demeure sans support matériel, et le Matérialisme sans matière !

 

La Superstition idéologique accrédite l’idée de l’avènement d’un monde parfait avec des humains imparfaits ;  un sacré défi à la Raison ! La Raison demeure impuissante contre la Foi, puisque la quasi-totalité de l’humanité a besoin de croire au miracle ! Vous avez l’honnêteté intellectuelle d’admettre que vous avez été stalinien, ce que taisent plutôt les anciens fidèles qui parlent de « nouveau communisme », en dénonçant les tares de l’expérience marxiste, dont l’échec est dû à la pérennité de notre nature humaine égoïste, donc imparfaite ; or,  l’Idéologie, toutes idéologies confondues, continue à mentir et à tromper l’opinion, avec son illusoire promesse de Bonheur universel ! 

 

Le Moralisme, quelles que soient les sources de ses morales, dicte le Bien et le Mal absolus, or il n’y a, réellement ni Bien absolu ni Mal absolu. Le Bien absolu des uns est le Mal absolu des autres, et ainsi les valeurs relatives des uns et des autres sont ainsi absolutisées ; une belle illustration de la définition de la Superstition, selon Brunner ! L’absence  de Bien et de Mal absolus interdit donc de parler d’un « universalisme des valeurs » réellement absolu ; comme le dit le sociologue, Michel Maffesoli : « L’universalisme est une exception occidentale, puisque des valeurs, élaborées dans un petit canton du globe, ont été exportées et extrapolées partout dans le monde ». Tout catéchisme, Déclaration universelle des Droits de l’homme incluse, reste un catalogue de vœux pieux, aussi longtemps que notre catéchisme contemporain se caractérisera surtout par son inobservation universelle.

Toute morale est relative, mais cela n’empêche pas chaque camp idéologique de la brandir comme une arme contre l’autre, au nom d’un Bien prétendument absolu ! Ce fondement superstitieux conduit à diviser les humains en « vertueux », les siens et soi, et en « salauds », toujours les autres, alors qu’il n’y a pas, en réalité les bons, d’un côté, et les méchants, de l’autre ; il y a seulement des individus égoïstes ; tous, sans aucune exception.

 

Qu’attendez-vous, qu’attendent tous les « intellocrates », pour dénoncer l’hypocrisie généralisée, pour « démasquer l’homme », dont parle Brunner dans son ouvrage, L’homme démasqué, au lieu de le conforter dans la haute estime de lui-même, quand il appartient à notre camp, et de le « diaboliser » lorsqu’il fait partie du camp opposé ? Tous égaux, certes, mais en égoïsme ! C’est le seul véritable « universel » humain, qui les englobe tous, et qui serait susceptible par sa reconnaissance, sa réhabilitation, de diminuer les divisions, les discriminations, l’intolérance et l’hypocrisie.

 

Un véritable philosophe, digne de ce nom, serait en mesure de s’élever au-dessus de toutes les prises de position partisane de la Superstition idéologique et moraliste, mais aussi des points de vue superstitieux de la Religion et de la Métaphysique de l’époque, de toutes les époques, pour parvenir à la Vérité éternelle de l’ absolu Un, qui s’étend au-delà de notre anthropomorphisme, à savoir notre conception humaine relative de l’Absolu, et au-delà de toutes les infinies façons relatives de le saisir.

 

C’est le sens de ma démarche, et dans l’espoir que vous saurez vous ranger aux côtés de la Vérité éternelle absolue, je vous remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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