Immigration et "mensonges"

Publié le par Sylvain Saint-Martory

                                             
Le 18 mai 2007
Monsieur Frédéric Taddéï
Europe 1
26 bis rue François 1er
75008 PARIS
Fax : 01 47 23 19 00
 
 
Monsieur,
 
 
Je ne peux laisser passer sans réagir très vivement votre passivité face à la présentation partisane, scandaleusement mensongère, de Yamina Benguigui sur l’immigration maghrébine en France, depuis la fin des années 50, et sur son interprétation fantaisiste de la loi de regroupement familial votée sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, à l’initiative de Jacques Chirac.
 
Le premier point, évoquant le rôle du patronat dans le recrutement de travailleurs maghrébins, laissait manifestement sous-entendre à une quelconque déportation forcée comparable à celle des Noirs dans un passé révolu. Or, contrairement à cette affirmation, tous les immigrés du XXème siècle, maghrébins inclus, sont venus en France de leur plein gré, mus seulement par leur désir égoïste de mieux vivre, certes légitime et compréhensible, mais pas sous la menace d’un revolver sur la tempe.
 
Les éventuels recruteurs patronaux d’alors étaient en tout point semblable à ceux d’aujourd’hui dans le domaine du football, par exemple, venant engager des « mercenaires » poussés également par leurs seules aspirations égoïstes en matière d’argent et de gloire, comme il en va pour chacun des humains sans exception dès que ses intérêts sont en jeu dans ses affaires d’amour, quel qu’en soit l’objet, de possession de biens et de personnes, d’où l’argent comme instrument d’échange, et de gloire ou honneur-vanité.
 
Assurément sur ce plan, le discours bien-pensant du moralisme ou superstition moraliste [Morale et condamnations moralisatrices des « Autres » au nom de LA morale] ment et trompe l’opinion en faisant croire à l’existence réelle de « deux » catégories d’humains, les bons, les « altruistes », les soi-disant antiracistes aujourd’hui, nous, et les méchants, les « égoïstes », les racistes, eux. Toutefois, je ne prends pas la peine, dans ce premier contact, de développer les trois fictions sur lesquelles s’appuie le moralisme, ni d’en démontrer la fausseté, comme j’y suis tout disposé si vous acceptez le véritable débat d’idées, tel que présenté sommairement dans le texte annexé, Mensonges et lâcheté des élites.
 
La première fiction du moralisme est la « croyance » en un Bien et un Mal prétendument absolus, alors que ces valeurs sont seulement « relatives » - et pas seulement sur le plan moral ! La seconde fiction est la division manichéenne artificielle des humains évoquée ci-dessus, et dénoncée par l’un des grands diseurs universels de LA Vérité éternelle absolue, il y a bientôt deux mille ans.
 
Néanmoins, la société humaine universelle s’évertue, en pratique, à ignorer la Parole du Christ, par ailleurs pervertie par la superstition religieuse qui a usurpé son nom. Il en est ainsi, lorsque quiconque brandit LA morale comme une arme contre l’ « Autre » - le méchant ! -, pour accréditer l’idée d’être soi-même le « Juste » ; c’est notamment le cas lorsque nos intérêts sont contrariés ou seulement menacés, et nous dissimulons ainsi notre égoïsme naturel, auquel personne n’échappe : ni vous, ni « moi », ni tous les Autres - hypocrites inclus !
 
La troisième fiction du moralisme se fonde sur la croyance en un illusoire « libre arbitre », cette prétendue volonté libre soi-disant totalement détachée du déterminisme infini, en vertu de laquelle il suffirait de vouloir pour pouvoir. Or, contrairement à cette croyance superstitieuse entretenue au plus haut niveau de l’Etat par des responsables politiques, à l’exemple de Jacques Chirac parlant en 2002, lors de l’un de ses grands discours de la campagne présidentielle, de rendre l’impossible possible, tout ce qui advient dans notre monde – les phénomènes naturels comme les évènements historiques, collectifs et personnels – arrive « nécessairement », inéluctablement, ainsi que Spinoza l’a démontré more geometrico dans Éthique I – sauf à vous d’établir le contraire !   
     
 
En votre qualité de présentateur-animateur de l’émission culturelle de France 3 « Ce soir ou jamais », je serais très intéressé de connaître vos divergences éventuelles sur cette vérité philosophique éternelle.
 
Pour terminer, j’en viens à la présentation fantaisiste et partisane de la loi de regroupement familial par Yamina Benguigui. Déclarer que cette loi n’avait pas un caractère humain, mais un caractère économique, c’est non seulement un mensonge, mais surtout une aberration intellectuelle. En effet, Yamina Benguigui évoque la crise économique sans préciser qu’il s’agit du premier choc pétrolier, et elle oublie de mentionner la poussée du chômage, pratiquement inconnu jusque là en France.
 
Ainsi nos dirigeants de l’époque, Valéry Chirac d’Estaing et Jacques Chirac notamment, auraient été assez médiocres pour recourir à l’immigration forcée dans une période de sous-emploi ! Mais il est vrai que la gouvernance de François Mitterrand a fait passer le chômage de 1.800.000 personnes sans emploi, en 1981 à 3.200.000, en 1995, dans une conjoncture économique guère plus favorable : cherchez l’erreur et l’explication de la situation actuelle, dont les vertueux « droits-de-l’hommiste » s’accommodent à merveille…
 
Enfin, je vous laisse juger la pertinence des propos de votre invitée affirmant - sans rire ! - que les travailleurs maghrébins d’alors auraient été soumis à un chantage pour obliger femmes et enfants à les rejoindre en France ! Ce travestissement de la vérité historique vécue va assurément m’inciter à une tâche depuis longtemps repoussée, à savoir puiser à la source la réalité de cette loi, devenue à tel point l’équivalent du « secret défense » que je vous mets au défi de retrouver les circonstances législatives de son vote et de sa promulgation.
 
Je vous remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.
 
 Annexe : Mensonges et lâcheté des élites
P S : Les défauts éventuels de présentation, non-affichage de la liste des messages et espacement des paragraphes en particulierr, sont totalement indépendants de ma volonté !
 
 
                                   
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Publié dans COURRIER "Médias"

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