François Bayrou : "Manipulation et trahison"

Publié le par Sylvain Saint-Martory

Le 25 avril 2007
Objet :
 « Manipulation et trahison » !
 
 
Monsieur François Bayrou
U.D.F
133 bis, rue de l’Université
75007 PARIS
Fax : 01 53 59 20 59
 
 [A l’attention du Bureau directeur et des élus UDF]
 
 
Monsieur,
 
 
Sans préjuger du contenu de votre déclaration de ce jour à l’intention de vos électeurs du 22 avril, je vous rappelle en préambule ma lettre du 27 février dernier, dont l’objet s’intitulait sans ambiguïté « De la théorie à l’aventurisme, ou l’art de faire du neuf avec du vieux », confirmée par celle du 9 courant dénonçant les mensonges et la manipulation de votre entreprise hasardeuse pour la France et pour la République, comme chacun est en mesure de le constater aujourd’hui.
 
Ce courrier toujours sans réponse à ce jour, mais à la disposition de quiconque, faisait suite à une abondante correspondance adressée depuis le 7 décembre 2004, dans laquelle je n’ai eu de cesse de dénoncer les mensonges et les « croyances au miracle » de la superstition idéologique et moraliste, dont vous êtes l’un des innombrables porte-parole qui trompent ainsi l’opinion.
 
Je n’entends pas ici plus qu’à l’accoutumée me situer sur un plan strictement politicien consistant à favoriser une tendance plus qu’une autre, et c’est précisément dans ce but que je vous invite à faire preuve de l’honnêteté intellectuelle la plus scrupuleuse, lors de votre déclaration de ce jour.
 
Je vous fais observer tout d’abord que, si plus de 18% de citoyens-électeurs vous ont suivi dans votre aventurisme, a contrario plus de 80% ne vous ont pas fait confiance. Compte tenu des circonstances particulières du deuxième tour de scrutin, censé départager clairement un camp ou l’autre puisque vous êtes provisoirement hors-jeu, la seule attitude intellectuellement honnête serait de repousser sans ambiguïté tout soutien aux uns et aux autres, quoiqu’il puisse en coûter par ailleurs à votre futur mouvement destiné à « fluctuer » au gré des circonstances, et à le faire savoir sans aucune ambiguïté à vos électeurs.
 
Si ce dernier point semble acquis, sous peine de vous décrédibiliser, il serait particulièrement bienvenu pour les électeurs de droite qui ont voté pour vous, aussi bien à l’élection présidentielle qu’au scrutin législatif en 2002, d’indiquer clairement l’idée fondatrice de ce nouveau mouvement, censé servir de majorité d’appoint comme sous la IVe république de sinistre mémoire, sauf précisément à ne se fonder sur rien de solide !
 
Certes, vous pouvez toujours rêver d’unir sous une même bannière la carpe et le lapin, en théorie comme en pratique, c’est-à-dire au gré des circonstances. Même s’il serait malvenu de rejeter a priori toute tentative de « transposer l’Idéal dans le quotidien », cette idée se heurte, et se heurtera toujours, à la réalité de notre nature humaine égoïste, à laquelle personne n’échappe : ni vous, ni « moi », ni tous les Autres (hypocrites inclus), ainsi que l’attestent les péripéties du scrutin présidentiel avec ses « retournements de veste » en tous genres ! ! !
 
En conclusion, à vous de montrer votre honnêteté intellectuelle la plus scrupuleuse dans votre déclaration, sans oublier toutefois que l’UDF, fondée en son temps par Valéry Giscard d’Estaing, n’a jamais donné à quiconque l’impression de neutralité que vous avez voulu lui donner aujourd’hui par ambition personnelle, et encore moins se positionner à gauche de l’échiquier politique.
 
Mais ce n’est pas moi qui viendrai vous reprocher votre nature humaine égoïste, telle qu’elle se manifeste en chacun dans ses affaires d’amour (et / ou de sexe), de possession (d’où l’argent comme instrument de possession) et de gloire ou honneur-vanité.
 
Pour être tout à fait honnête envers moi, intellectuellement parlant, vous ne devrez pas manquer de prendre en compte tous mes arguments antérieurs dénonçant la Superstition sous toutes ses formes, et notamment la superstition idéologique et moraliste sur laquelle se fonde la marche de la société française et de la communauté humaine universelle.
 
Je vous remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.
 
 
Annexe : Lettre du 27 février 2007
                                                                    Le 27 février 2007
Objet :
 
« De la théorie à l’aventurisme,
ou l’art de faire du neuf avec du vieux »
 
 
Monsieur François Bayrou
U.D.F
133 bis, rue de l’Université
75007 PARIS
Fax : 01 53 59 20 59
 
  [A l’attention du Bureau directeur et des élus UDF]
 
 
Monsieur,
 
 
L’évolution de votre cote de popularité dans les sondages d‘opinion et votre prestation télévisée du 26 courant me donnent, non seulement l’occasion de me rappeler à votre bon souvenir, mais surtout de vous faire remarquer que ma lettre du 17 novembre dernier reste toujours sans réponse à ce jour.
 
Dans celle-ci, dont l’objet s’intitulait sans ambiguïté « Flagrant délit de mensonge », j’écrivais notamment :
 
« Dans la foulée de la diffusion de « Complément d’enquête » du 13 courant, France 2 a jugé bon de retransmettre l’émission « Expression directe » consacrée à l’UDF, et notamment un court extrait de son université d’été des 20 et 21 septembre 2006.
 
Ceci me donne l’occasion de vous rappeler mon courrier antérieur, et spécialement ma lettre du 7 décembre 2004, avec copie du courriel adressé à Francis Vercamer, dans laquelle je vous mettais en garde contre les mensonges et les « croyances au miracle » de la superstition idéologique et moraliste, qui trompe l’opinion.
 
Au cours de la session estivale 2006, vous avez, en effet, déclaré, devant des militants hypnotisés par votre promesse miraculeuse :
 
« Je veux une société où ce ne soit pas un vain mot de penser que "égalité, ça existe", que "fraternité, ça existe", et que "liberté, ça a tout son poids aussi" ». [SIC !]
 
Ceci, au milieu de slogans éculés, écrits, parmi lesquels « Retrouvons l’espoir » et « Parler vrai » ne sont pas les moindres, mais dont les traces se perdent dans la nuit des temps, ne serait-ce qu‘en matière de superstition religieuse avec sa « croyance au paradis ».
 
Non, Monsieur, liberté, égalité, fraternité, « ça » n’existe pas dans notre monde humain, comme chacun peut le constater, de Robert Redeker - en passant par Salman Rushdie, Taslima Nasreen et Ayaan Hirsi Ali -, jusqu’au dernier des deux milliards de miséreux dans le monde.
 
Sans entrer ici dans un développement inutile aussi longtemps que vous refuserez tout simplement de débattre, et au mieux de démontrer la fausseté de mes affirmations, je me borne à vous rappeler ce bref extrait de ma lettre du 16 octobre dernier :
 
« Nous reparlerons notamment d’égalité et de fraternité, lorsque les riches auront partagé leurs richesses avec les pauvres ». Quant à la liberté, il suffit pour en juger d’examiner concrètement ce qu’il en est en matière de liberté d’opinion et d’expression, ici et maintenant, où l’on intente des procès pour critique de la religion, et autres propos « mal-pensants ».
 
Ceci ne vous empêche pourtant pas, ainsi que les responsables politiques de tous bords, de continuer jusqu’ici à déverser de fallacieuses promesses qui se résument toutes à vous prétendre capables, les uns et les autres, de « transposer l’Idéal dans le quotidien » - de surcroît, avec des solutions parfois diamétralement opposées : vous avez dit « mensonge »..? ! » [Fin de citation]
 
Depuis lors, votre candidature à la fonction présidentielle a montré votre habileté à ne pas faire de promesses, tout en en faisant – sauf à distinguer artificiellement promesse, projet et engagement, contrairement au premier dictionnaire de synonymes venu ! Vous prenez grand soin, assurément, de ne pas entrer dans les promesses démagogiques catégorielles, chiffrées de surcroît, dont votre expérience vous a montré qu’elles sont loin d’être toujours tenues, mais que vos concurrents continuent néanmoins à faire.
 
Vous avez surtout fait vôtre la devise « Le diable se niche dans les détails » ; une formule, qui témoigne de ce qui sépare la théorie, les promesses, de la pratique, la réalité quotidienne. Ceci ne vous empêche pas néanmoins de faire des « propositions » précises, en matière d’emploi par exemple, dont vous n’avez pourtant pas encore débattu jusqu’ici avec vos alliés potentiels de demain – sauf à vous d’établir le contraire !
 
Votre engagement solennel, martelé devant les Français, de gouverner dans l’union d’idées de gauche et de droite ressemble pour l’essentiel à la promesse d’instaurer un « ordre juste », de l’une, et l’assurance que « tout devient possible », de l’autre ; un point, que vous avez d’ailleurs fort légitimement dénoncé. Pourtant, ces trois engagements ou promesses relèvent de la même « méthode Coué », fondée sur l’illusion que « vouloir, c’est pouvoir » ! Mais nous reparlerons du prétendu « libre arbitre », quand vous le voudrez bien…
 
Je concède néanmoins sans réserve que votre engagement solennel se distingue de ceux de vos principaux concurrents dans la mesure où il n’est pas frappé d’ « impossibilité absolue », ainsi qu’il en va par avance des leurs, comme je l’ai déjà démontré à Ségolène Royal et à Nicolas Sarkozy.
 
Cette réserve fondamentale n’exclut pas pour autant de poser les questions du devenir pratique de votre engagement au vu des expériences du passé. Celles-ci ont, en effet, confirmé qu’il y avait toujours bien loin de la théorie à la pratique, et c’est pourquoi je parle d’aventurisme en souvenir de la IVe République. Il est déjà difficile de gouverner entre membres d’un même bord, comme vient de le montrer le gouvernement actuel, et vous promettez de parvenir sereinement, en toutes circonstances, à la « majorité d’idées » chère à Edgar Faure, mais qui ne dure, hélas, que ce que durent les roses !
 
Vous n’avez donc rien inventé, mais vous réinventez le passé, et c’est pourquoi je mentionne l’art de « faire du neuf avec du vieux », dans l’objet de ce courrier. Pour me convaincre, et par la même occasion l’ensemble des Français, vous ne pouvez pas vous permettre d’en rester au stade du « flou artistique ». C’est pourquoi votre position, plus que celle de tout autre candidat, devrait impliquer de jouer cartes sur table avec les citoyens.
 
Ainsi, la moindre des choses serait-elle de faire connaître à l’ensemble des Français le nom du Premier ministre, que vous serez éventuellement tenu de nommer dans 70 jours environ, afin qu’ils se déterminent en toute connaissance de cause, c’est-à-dire sans les maintenir dans le suspense jusque là ! Certes, l’expérience malheureuse de Gaston Deferre, en son temps, semble vous dissuader de faire comme lui, mais il s’agit donc d’une manœuvre déloyale à l’égard des Français, privés ainsi de la possibilité de juger sur pièce de la crédibilité de votre engagement. Or, l’élection présidentielle ne se joue pas à la « roulette russe » !
 
A la limite, mais je ne vous en demande pas tant, il serait même indispensable de faire connaître les noms des futurs ministres de votre premier gouvernement, sans pour autant préciser leurs postes respectifs, mais ainsi les Français ne seraient-ils pas pris en traître ! A contrario, ils savent déjà par avance de qui seront constitués les futurs gouvernements de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal, sauf de très rares personnalités hors-milieu. 
 
Du fait de ce suspense entretenu, vous réservez la surprise aux Français, mais il n’est pas impossible que le « tout nouveau, tout beau » fonctionne durant un temps, malgré les difficultés rencontrées aujourd’hui par les coalitions allemande et italienne. Oui, mais pendant combien de temps, et qu’apporterait de plus la stabilité présidentielle actuelle, en dépit de vos dires ? Comment pouvez-vous par ailleurs préjuger des résultats du scrutin législatif à venir, hormis vos projections optimistes d’hier soir, qui verraient des candidats « pro Bayrou » constituer la nouvelle majorité censée conforter votre projet ?
 
Autant de questions en suspens, que vos concitoyens peuvent légitimement se poser, et auxquelles il serait intellectuellement honnête de fournir une réponse, en levant un coin du voile durant la campagne officielle.
 
Dans cette éventualité, j’aurais au moins pris date, et en vous remerciant de votre attention, je vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.
P S : Les éventuels défauts de présentation constatés après la mise en ligne de l'article, espacement des paragraphes en particulier, sont totalement indépndants de ma volonté ! 
 
                                                
 
 
 
 
 
 
 

Publié dans COURRIER "Politiques"

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