Ségolène récidive...

Publié le par Sylvain Saint-Martory

Le 5 octobre 2006

Objet : « Ordre juste »


Madame Ségolène Royal
Région Poitou-Charentes
Fax : 05 49 55 77 88


Madame,


Votre entretien du 4 courant avec Patrick Poivre d’Arvor sur TF1, au cours duquel vous avez réitéré votre promesse d’ « ordre juste » devant des millions, voire des dizaines de millions de téléspectateurs, me donne l’occasion de vous rappeler mon courriel du 4 septembre dernier, transmis également par fax le 17 en raison de votre silence, donc de votre refus de débattre.


Dans ce courrier toujours à votre disposition, je m’étais borné à vous faire remarquer que parler d’ordre juste est une « aberration » à la fois intellectuelle et philosophique. Or, au lieu d’en débattre, puisque je n’avais pas démontré mon affirmation comme c’est déjà le cas avec les caciques du Parti socialiste mentionnés précédemment, parmi lesquels François Hollande au premier chef, vous avez préféré réitérer cette fallacieuse promesse. Certes, c’est votre droit le plus légitime d’exprimer vos opinions, quelles qu’elles soient, quitte à transformer une « aberration » en un mensonge public qui trompe l’opinion : une bien curieuse manière toutefois de « changer la politique », selon votre vœu formulé au cours de l’entretien !

 
Sachez néanmoins, avant de poursuivre sur le fond, que, comme déjà dit dans la lettre précédente, cette même critique acerbe s’est adressée, s’adresse et s’adressera à quiconque, notamment responsables politiques de tous bords, candidats ou non à la magistrature suprême, dès lors qu’il colporte les mensonges et les « croyances au miracle » de la superstition idéologique avec sa promesse d’un autre monde, d’un monde meilleur, d’un monde plus juste, d’un monde nouveau, etc., etc. ; c’est, en somme, faire croire en son pouvoir de transposer l’Idéal dans le quotidien !


Par chance pour les « marchands de rêve », les citoyens-électeurs d’aujourd’hui s’obstinent comme ceux d’hier, et de demain, à vouloir demeurer « naïfs, cocus et frustrés », bien que l’avenir, DEMAIN – les soi-disant lendemains qui chantent - ait sans cesse rattrapé les vendeurs d’illusion du passé, comme il en fut de Marx et des promesses du candidat Mitterrand ! Vingt-cinq ans après, en effet, vous en êtes encore à la recherche de l’ « ordre juste » pourtant promis par la soi-disant « rrrupture » avec le libéralisme - ou capitalisme, selon le mot d’alors !


Ceux qui ont connu l’avant 81 sont en mesure de juger sérieusement le « non-progrès » de la période, qui a fait de la République d’alors une république bananière communautariste ! Il n’y a pas si longtemps que l’ancien guérillero du Che, Régis Debray, peu suspect de dérive droitière, parlait de « bordel organisé » sur LCI, dans l’émission d’Edwy Plenel « Le monde des idées » ; et encore, était-ce bien avant les émeutes de novembre 2005 !

 
J’attendais au moins que vous profitiez de cet entretien pour fournir à l’opinion quelques pistes lui laissant au moins un semblant d’espoir d’atteindre le cap fixé, un monde où régnerait l’ « ordre juste ». Or, sauf à avoir mal écouté vos propos, vous ne lui avez donné en pâture, outre « changer la politique », que la promesse de « salariés correctement payés », et de « juste salaire », ce qui est d’autant plus maigre que les salariés ne représentent pas l’ensemble des citoyens-électeurs : quid des étudiants, des chômeurs, des Rmistes, des chefs d’entreprise, des retraités, etc. ?


Etes-vous si sûre, d’ailleurs, de trouver un salarié payé au SMIC qui, en dépit d’un salaire porté immédiatement à 1.500 euros au mépris des réalités économiques, s’estimerait satisfait face à des concitoyens gagnant 100 ou 1000 fois que lui ? Croyez-vous vraiment que pour lui l’ « ordre juste » aurait été réellement instauré ? Encore, votre « ordre juste » ne concernerait-il que notre pays, et ainsi la France deviendrait le « pôle de l’ordre juste », une nouvelle exception française dans un monde où tout est de plus en plus interdépendant.


J’attends encore la suite de vos interventions publiques pour démontrer l’ « impossibilité absolue », en matière d’ordre juste, de supprimer inégalités, privilèges, passe-droits, injustices, etc. ; il ne faut pas confondre la théorie et la pratique, comme l’illustre la théorie marxiste face à la mise en pratique communiste ! Il ne suffit pas de rêver et de « croire au miracle » pour transformer un monde où tout est relatif en un paradis où triompheraient la liberté, l’égalité et la fraternité absolues, c’est-à-dire idéales ; égalitarisme forcé et liberté n’ont pas fait souvent jusqu’ici bon ménage, à commencer dans l’ex-URSS !


« Absolutiser le relatif » est le mensonge fondamental de notre monde humain, à travers la religion, toutes religions confondues – monothéistes ou non – la métaphysique [Doctrine matérialiste et scolastique idéaliste], idéologie, toutes les idéologies sans exception – altermondialisme inclus-, et moralisme [Morale et critique morale « des autres » au nom de LA morale], tous catéchismes réunis, y compris le catéchisme soi-disant universel contemporain ou Déclaration universelle des droits de l’homme, dont seule l’ « inobservation » est réellement universelle.



Ce mensonge du monde est accrédité par la fiction reprise à votre compte au cours de l’entretien, comme il ressort de votre propos parlant de « donner le sentiment à chacun qu’il peut maîtriser sa vie », tout en déclarant aussitôt : « Seule, je ne peux rien » ; preuve, s’il en est, que, toute seule, vous ne maîtrisez rien, pas plus que n’importe lequel des six milliards et quelques humains ! Une responsable politique prétendant instaurer un « ordre juste » ne devrait pas ignorer ce propos de Mikhaïl Gorbatchev, sûrement fruit de son expérience : « Rien ne peut être fait hors du cadre d’une nécessité supérieure ».


Je n’entre pas ici toutefois dans la controverse philosophique opposant la « nécessité supérieure » de Gorbatchev, qui n’est autre que la « nécessité » spinoziste, au prétendu « libre arbitre » illusoire de Descartes et de Kant. Sur un strict plan pratique, cela éviterait de tenir des propos électoraux aussi aberrants que ceux tenus par Jacques Chirac au cours de la précédente campagne présidentielle où il parlait de « rendre possible l’impossible » : une formule très certainement ovationnée par ses sympathisants, mais à coup sûr une « aberration » mensongère dont il n’a pas le monopole, comme l’illustrent toutes les promesses électorales fondées sur la seule volonté « prétendue libre » des candidats, qui détournent des urnes plus qu’ils n’y conduisent, sauf circonstances particulières tous les cinq ans !



Il est encore temps pour vous de tenir compte vraiment de ces quelques mots de vérité, tenus au cours de l’entretien, où vous vous présentiez comme « une femme de vérité », en parlant avec sagesse de « voir la vie telle qu’elle est, et non telle que nous voudrions qu’elle soit » ! Dommage que la démagogie, cette tare de la démocratie, soit incapable de mettre en harmonie les paroles et les actes ! Se retrancher derrière le soi-disant « intérêt général » n’est qu’un mensonge supplémentaire dans un monde soumis aux conflits d’intérêts de toutes sortes, dont la somme est tout sauf l’intérêt commun ! S’il y avait réellement un « intérêt général », bien des sujets – éducation, santé, retraite et immigration, notamment - auraient dû unir les diverses tendances idéologiques, alors qu’elles se déchirent à qui mieux-mieux, à la limite de la haine, tandis que chacun appelle à aimer les autres !


J’en reste là pour aujourd’hui, en vous laissant le soin de méditer mes propos, quitte à y apporter toutes les objections que vous jugeriez nécessaires. D’ici-là, je vous remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Madame, mes salutations distinguées.





Publié dans COURRIER "Politiques"

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