« "Verts" de peur ! »

Publié le par Sylvain Saint-Martory

Le 1er juillet 2009

 

Objet :

« "Verts" de peur ! »

 

Monsieur Daniel Cohn-Bendit

Europe Ecologie

6 bis, rue Chaudron

75010 Paris

Courriel :

contact@europeecologie.fr

 

[A l'attention de Nicolas Hulot, José Bové, Eva Joly, et des "Verts" Noël Mamère, Cécile Duflot, etc.]

 

Monsieur,

 

Le succès de votre mouvement écologiste au récent scrutin européen me donne enfin l'occasion, attendue depuis mai 1968, de dénoncer vos croyances superstitieuses, tant d'ordre idéologique, alors, que scientiste aujourd'hui.

 

Sur le plan de l'idéologie, en effet, plus de quarante ans après les émeutes de 1968, le devenir de la planète en général, et de la France en particulier, montre ce qu'il est réellement advenu de vos illusions de jeunesse en matière de liberté notamment, puisque même la liberté d'expression est toujours un vœu pieux dans un Etat, où le moralisme communautariste décide du Bien et du Mal prétendument absolus, autrement dit décrète ce qu'il est absolument bien ou mal de penser, de dire et de faire. Quant à l'égalité absolue, ou idéale, le monde continuera à l'attendre jusqu'à la fin des temps - et ce ne sont pas les deux milliards et demi d'humains supplémentaires attendus dans les cinquante années à venir, qui plaident en faveur de ce « miracle » !

 

Certes, c'est votre droit le plus légitime de « croire au miracle », comme la quasi-totalité de l'humanité d'ailleurs, mais vous n'en colportez pas moins les mensonges d'un idéalisme simplet, faisant croire à vos contemporains en la capacité des humains à transposer l'Idéal dans le quotidien. C'est pourquoi je n'aurai définitivement tort sur ce plan que le jour où ceci se produira, c'est-à-dire DEMAIN, toujours DEMAIN et seulement DEMAIN, à la saint Glinglin - sauf à vous-même ou à quiconque, évidemment, de démontrer le contraire ! D'ici-là, les « on doit », les « il faut », et autres « il faudrait » tiennent, et tiendront toujours lieu de mode d'emploi pour changer le monde ! ! !

 

Ainsi votre fallacieuse promesse soixante-huitarde de liberté «sans entrave » n'a jamais été autant battue en brèche qu'aujourd'hui, comme peuvent en témoigner ceux d'alors qui fumaient et buvaient « sans contrainte », et conduisaient même sans être « espionnés » en permanence, alors que l'Union européenne ajoute, aujourd'hui, ses propres restrictions dans tous les domaines à nos interdits nationaux. Par chance, il vous arrive de reconnaître vos illusions d'alors, comme l'atteste cet aveu tardif de stalinien repenti : « Quand on disait "élections, piège à cons" », on s'était foutu le doigt dans l'œil jusqu'au coude ! » - votre carrière politicienne atteste toutefois que  vous n'avez apparemment pas eu à le regretter !

 

Néanmoins, qui dit promesse, dit aussi espoir, et c'est sur cette même illusion d'un monde devenu idéal que fonctionne également le scientisme contemporain dans son absurde prétention actuelle d'instaurer sur la planète un « climat sur mesure » pour l'éternité - mais encore DEMAIN, toujours DEMAIN et seulement DEMAIN, à la saint Glinglin comme dab, ainsi que nos plus ou moins lointains descendants pourront en juger, à commencer par ceux de la fin du XXIème siècle, date fatidique de la catastrophe universelle annoncée !

 

En réalité, outre que l'espoir est seulement la peur que la chose espérée ne se produise pas, ainsi que l'a exprimé sans ambages cette déclaration d'un internaute socialiste avéré : « Craignons de ne plus être là pour assister à l'arrivée de ces heures radieuses ! », notre époque dite moderne, du seul fait de se croire abusivement au comble du modernisme des idées, n'en continue pas moins de fonctionner sur la crainte et sur l'espoir comme aux pires temps obscurantistes de la Superstition dans ses divers modes d'expression [Religion, métaphysique matérialiste ou idéaliste, idéologie et moralisme]

 

Pourtant, ces armes fatales du penser superstitieux, que sont la crainte et l'espoir, avaient déjà été dénoncées sans ambiguïté par Spinoza dans un propos reproduit ci-après :

 

« Si les hommes avaient le pouvoir d'organiser les circonstances de leur vie au gré de leurs intentions ou si le hasard leur était toujours favorable, ils ne seraient pas en proie à la superstition. »

 

Néanmoins, les opinions et les comportements des humains du XXIème siècle témoignent que leur penser superstitieux n'est en rien différent de celui des millénaires passés, non seulement parce que la crainte et l'espoir les animent toujours, mais parce qu'ils croient encore à la « fable » des bons et des mauvais, dénoncée sans ambiguïté, voici bientôt deux mille ans,  par l'un des grands diseurs universels de LA Vérité éternelle. Et ainsi nos contemporains perpétuent-ils les mensonges du monde, lorsque ceux-ci les arrangent dans leurs intérêts égoïstes, individuels ou collectifs - comme en témoignent précisément leurs « revirements d'opinion » ! ! !

 

En matière de vérité, Albert Camus n'était pas en reste, lorsqu'il affirmait : « La souffrance et la révolte s'éteindront avec le dernier homme », ce qui était sans ambiguïté quant à l'illusion d'un monde idéal à venir. Dans son appétit de vérité, il avait très bien cerné le mensonge du monde, qui  consiste à prendre ses rêves pour la réalité, le relatif pour l'absolu, à confondre la théorie et la pratique, l'Idéal et la réalité quotidienne, ainsi que son propos ci-après le confirme :

 

« Une seule chose au monde me paraît plus grande que la justice : c'est sinon la vérité elle-même, du moins l'effort vers la vérité. Nous n'avons pas besoin d'espoir, nous avons seulement besoin de vérité. »

 

Cependant, à l'inverse des porte-parole de LA Vérité éternelle absolue, les « rêveurs », les vendeurs d'illusions et autres marchands d'espoir n'hésitent pas à LA travestir, à l'exemple de Jaurès lui-même affirmant : « La nature du socialisme démocratique est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel. », ce qui est pour le moins antinomique. Pourtant, les soi-disant « élites » d'aujourd'hui, tous milieux confondus [Médias, politiques, intelligentsia (prétendus intellectuels ou pseudo-philosophes) et associations moralisatrices à sens unique), continuent impunément à colporter les mensonges et les « croyances au miracle » du monde, ainsi que l'établit le texte annexé, Mensonges et lâcheté des élites - sauf à elles, à vous-même et à quiconque, évidemment, d'apporter la preuve du contraire, ce que je n'ai eu de cesse de réclamer vainement jusqu'ici !

 

J'en viens à la croyance superstitieuse du scientisme contemporain se faisant fort - car les experts du GIEC ne doutent de rien ! - de vaincre un réchauffement climatique supposé a priori linéaire et inéluctable jusqu'à la fin des temps, si les humains d'aujourd'hui ne faisaient rien pour y mettre fin. Et même les puissants tombent dans cette croyance superstitieuse en notre « omnipuissance » quasi divine, comme le confirme ce récent propos de Nicolas Sarkozy déclarant publiquement : « Nous sommes la dernière génération à pouvoir faire quelque chose d'utile avant la catastrophe. » ! Vous avez dit : « Après nous, le déluge » ? ! OUI, comme aux pires époques obscurantistes ! ! 

 

Or, la science des climats reconnaît des variations de grande amplitude durant les millions d'années écoulées, où des périodes glaciaires ont alterné avec celles de grand réchauffement, au point même que le Sahara n'a pas toujours été un désert infertile, et que le Groenland a aussi connu, au cours des IXe et Xe siècles, une période tellement  chaude que fermes et laiteries y prospéraient, sans pouvoir incriminer pour autant l'action humaine pour cause de pollution industrielle ou automobile, voire d'autres modes de transport.

Entre autres arguments contraires à l'hypothèse superstitieuse colportée planétairement aujourd'hui, je pourrais également évoquer l'état du savoir scientifique en ce début de XXIème siècle. C'est pourtant sur ce savoir « relatif » que sont établis les modèles mathématiques permettant d'effectuer des prévisions climatiques, dont chacun est en mesure de juger le peu de fiabilité, puisque variant même d'un jour à l'autre, tandis que le catastrophisme ambiant n'hésite pas à afficher ses certitudes pour les décennies à venir.

 

Certes, qui se souviendra, en l'an 2100, des élucubrations de ce début du XXIème siècle, quand on a vu ce qu'il est advenu des prévisions annonçant le passage à un nouveau millénaire, puisque tout le monde les a déjà oubliées ? Par ailleurs, je vous laisse imaginer ce que nos descendants de l'année 2509, par exemple, penseront de l'état de notre savoir scientifique en l'an de grâce 2009 ! ! ! Assurément, au point où vous en êtes de faire trembler de peur l'humanité, vous pourriez même me rétorquer que la planète et ses habitants auront tous disparu en 2509...


Face à tous les mensonges et à toutes les « croyances au miracle » d'aujourd'hui, force est de constater que les croyances superstitieuses du scientisme contemporain se fondent toujours, comme aux pires époques obscurantistes, sur l' « absolutisation du relatif », à savoir un procédé intellectuellement malhonnête consistant à prendre, et à faire passer, pour absolu, pour réalité ou Vérité absolue, le contenu seulement « relatif » pensé dans et sur (à propos de) notre monde. C'est pourquoi, ainsi que l'a déclaré Claude Allègre à sa manière, mais à juste titre : « La vérité officielle scientifique, ça n'existe pas. » - comme l'Histoire de la science est là pour le confirmer !


En vérité, les hypothèses et les théories de la science sont à jamais « relatives », c'est-à-dire révisables jusqu'à la fin des temps, au point d'affirmer « tout et son contraire » - l'être humain ne dispose pas, et ne disposera jamais, de la faculté de connaître et de comprendre « absolument » notre monde ! Aussi, dans ses mensonges, plus exactement ses « vérités relatives », le scientisme n'est-t-il que la forme dévoyée de la science, comme suffit à l'établir ce propos de Bernard d'Espagnat, un homme de science intellectuellement honnête, qui met un terme définitif à la prétention scientiste d'exprimer l'absolu, LA Vérité absolue :


« Le réel par excellence, ce ne sont pas les contradictoires entités sur lesquelles travaillent les hommes de science contemporains, mais ce que Spinoza nomme la substance. » (A la recherche du réel)

Son propos était assurément inspiré par la pensée philosophique de Spinoza, puisque d'Espagnat était spinoziste, mais peut-être avait-il eu connaissance également de cette déclaration de Bertrand Russel :


« Tout homme de science dont les idées sont vraiment scientifiques est prêt à reconnaître que ce qui passe pour une connaissance scientifique à un moment donné, demandera sûrement d'être corrigé par des découvertes nouvelles ; que, néanmoins, la science est assez proche de la vérité pour suffire à la plupart des besoins pratiques, mais non pour tous. Dans la science, quand il ne s'agit que d'une connaissance qui ne peut qu'être approximative, l'attitude de l'homme est expérimentale et pleine de doutes. » [Bertrand Russell, Essais sceptiques, 1933, Chapitre XII, trad. A. Bernard]

Pour revenir à la réalité concrète faisant de vous-même, et de ceux mis en exergue ici, des « "Verts" de peur », je prends à titre d'illustration les deux films d'anticipation qui ont entraîné des centaines de millions de Terriens, voire davantage, dans votre « frousse » commune. Le premier est celui d'Al Gore, Une vérité qui dérange, et l'autre celui de Yann Arthus-Bertrand, Home.

Or le problème pour Al Gore, que personne n'avait découvert si écologiste durant sa vice-présidence, est qu'après avoir fait beaucoup de recommandations aux Autres dans la manière de ne pas gaspiller les ressources de la planète, il a été « épinglé » comme ayant eu, dans sa propriété du Tennessee, un relevé de consommation électrique dix fois supérieur à celui de ses voisins  - certes, il a ainsi simplement confirmé que le dicton, les conseilleurs ne sont pas les payeurs, c'est-à-dire qu'ils ne paient pas forcément d'exemple, est vieux comme le monde !

Quant au film de Yann Arthus-Bertrand, qui peut affirmer avec certitude qu'il n'a eu aucune incidence sur la décision de citoyens français, entre autres, qui ne fonctionnent pas moins sur la crainte et l'espoir que leurs plus lointains aïeux dans leurs rêves de vie éternelle, DEMAIN, et de monde idéal, toujours DEMAIN ? Toutefois, faute de preuve, je me garde bien de vous faire un procès d'intention sur ce point, mais il n'empêche que même la question controversée des OGM n'a pas dû être sans incidence sur votre succès.

En effet, malgré la « relativité » indéniable de la science jusqu'à la fin des temps, les prophètes de malheur finissent par prospérer sur la « crainte » qu'ils instillent dans les esprits crédules de ceux qui se retrouvent toujours, à terme, naïfs, cocus et frustrés ! A leur décharge, je me dois de reconnaître que nous sommes davantage portés par nature à « croire » qu'à « penser vraiment », autrement dit à « réfléchir », mais il n'y a pas de fatalité à cela - comme Spinoza et quelques autres en ont apporté la preuve !

Avant d'avancer mon tout dernier argument sur le fond, je vous fais seulement remarquer que vous fonctionnez aussi sur l'espoir quand vous croyez naïvement que tous les humains de la planète - tous Etats, groupes les plus divers et individus confondus - seraient capables d'agir, de manière unanime, même dans le cas où leur survie serait menacée - là aussi, pour reprendre votre propre expression, tout à fait de circonstance : « Vous vous foutez le doigt dans l'œil jusqu'au coude » ! ! !

En conclusion, outre les arguments déjà évoqués, dont j'attends avec beaucoup de curiosité vos éventuelles objections, scientifiquement et philosophiquement étayées, afin de ne pas vous exposer au « ridicule » du jugement de la science de demain, je termine avec l'argument indépassable tout aussi incontestable pour le premier scientifique venu. Je parle ici du mouvement universel et perpétuel des choses de notre monde, lequel est à l'origine de leur constante transformation au point qu'aucune chose, à commencer par nous-mêmes en tant que chose pensante, n'est à n'importe quel moment ce qu'elle était exactement l'instant d'avant.

En clair, rapporté à l'échelle de notre univers, la configuration générale de toutes les choses qui le constituent est en incessant changement, de telle sorte que RIEN n'est stable - hormis le changement, précisément ! Et c'est dans ce monde en perpétuelle transformation que vous garantissez «absolument» aux citoyens du monde leur prétendu pouvoir à stabiliser le climat de la planète, de surcroît à leur convenance - pourquoi pas finalement, puisque « Yes, we can », paraît-il, méthode Coué oblige ? ! Encore faudra-t-il qu'elle nous explique comment « arrêter le mouvement universel perpétuel » - ils sont vraiment forts, ces « rêveurs » ! ! !

Afin de vous permettre de peaufiner vos arguments en faveur de vos «croyances au miracle» scientistes et idéologiques, je joins à ce courrier ma lettre du 18 septembre 2008 à Nicolas Sarkozy, ainsi que celles du 20 décembre 2008 à Nathalie Kosciusko-Morizet et du 20 janvier 2009, adressée en envoi recommandé avec accusé de réception à Jean-Louis Borloo ; des lettres toujours sans réponse à ce jour, hormis le récépissé officiel de l'Elysée ainsi que le reçu postal du ministère de l'Environnement - et pour cause, forcément !

A défaut de votre argumentation contraire, intellectuellement et philosophiquement étayée, vous manifesteriez clairement votre intention délibérée de continuer à colporter les mensonges et les « croyances au miracle » du monde, à l'exemple de toutes les prétendues élites de l'époque, dénoncées dans le texte annexé, Mensonges et lâcheté des élites.

Je vous remercie de votre attention et vous prie d'agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

Annexe : Lettre du 18 septembre 2008 à Nicolas Sarkozy
             Lettre du 20 décembre 2008 à Nathalie Kosciusko-Morizet
             Lettre du 20 janvier 2009à Jean-Louis Borloo
            Texte, Mensonges et lâcheté des élites

 


 

Publié dans COURRIER "Politiques"

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