TOUJOURS PLUS !

Publié le par Sylvain Saint-Martory

                                        

L’expression, « Toujours plus ! », donnée pour titre à l’un de ses livres par François de Closets, de même que celle de François Chérèque, au sortir de la conférence sociale du 18 courant à l’Élysée, déclarant : « Le compte n’y est pas ! », tout comme le lointain slogan du printemps 68, « Des sous, Charlot ! », ne sont que des illustrations, parmi d’innombrables autres, de notre égoïsme naturel effréné, auquel personne n’échappe dans ses affaires d’amour, d’argent et de gloire, ou honneur-vanité décliné en notoriété, célébrité, renommée, réputation - voire « bling-bling » !

 

C’est pourquoi je ne vais pas condamner ici l’égoïsme humain, qui est, d’habitude, surtout celui des Autres. Bien au contraire, j’entends le réhabiliter, afin que chacun puisse dire sans honte ni culpabilisation, selon la formule qui me qualifie le mieux : « Plus égoïste que moi, tu meurs ! », puisque nous ne sommes en rien responsable de notre nature humaine héritée. Ceci éviterait, tout au moins, de faire partie de ces innombrables humains, la quasi-totalité de l’humanité certainement, dont Brunner a pu dire à juste titre, déjà à son époque : « L’Homme montre plus volontiers ses fesses que son égoïsme. » ; si je dis « déjà à son époque »,  c’est qu’il était encore plus rare qu’aujourd’hui d’exhiber son postérieur dans un lieu public !

 

Ce n’est pas pour rien, d’ailleurs, si l’un de ses ouvrages porte en titre, « L’homme démasqué », alors que la quasi-totalité des humains « masque » précisément notre égoïsme naturel au regard de contemporains, tout aussi égoïstes. C’est notamment la cas de ces innombrables « vertueux » autoproclamés, qui paradent, ici et là, dans les médias en donnant des leçons de morale aux Autres, forts de leur devise favorite, mais mensongère : « Je suis vertueux, donc je condamne ! » - à moins que ce ne soit l’inverse !

 

Je ne vais donc pas reprocher à quiconque de chercher à mieux vivre, à sa propre manière égoïste, fut-il même le premier milliardaire venu, jaloux que son voisin dispose de deux milliards, puisque « effréné » signifie « sans mesure », trivialement dit : « Toujours plus ! ». Il en va également de ces maires – fut-il premier magistrat de Neuilly -, qui ambitionnent de devenir conseiller général, puis député ou sénateur, et enfin président de la République, tout comme d’autres, joueurs de la Ligue I de football professionnel, pensent aussi, en se rasant, à porter le maillot du Real Madrid, du Milan AC, d’Arsenal ou du Bayern de Munich, et pas seulement pour la gloire !

 

A fortiori, bien entendu, je ne vais pas accabler les plus humbles, qui peinent à finir le mois avec leur maigre revenu et leurs allocations de toutes sortes, mais je ne les compte pas moins parmi les six milliards et quelques égoïstes d’aujourd’hui, comme il en ira pareillement des deux milliards d’humains supplémentaires annoncés dans les trente à cinquante à venir, et de tous ceux qui suivront jusqu’à la fin des temps ! Toutefois, entre nous, quel est, croyez-vous, le rêve du plus pauvre, si ce n’est de devenir riche ? Sinon, comment expliquer autrement le succès des jeux de hasard permettant d’envisager d’acquérir la fortune tout de suite et sans peine ? !

 

Néanmoins, puisque tous les visiteurs de passage ne sont pas au courant de mon explication basique de l’égoïsme humain, je rappelle brièvement qu’il est avant tout notre désir premier de vivre le plus longtemps possible, de « conserver notre existence » comme dit Spinoza, au point que certains ont même inventé la vie éternelle - et de surcroît, évidemment, dans un paradis où TOUT se trouve à profusion ! C’est d’ailleurs pourquoi, quand nous avions sept ou huit ans, devant la dureté de ces temps de catéchisme, nous rêvions de nous y « gaver » de frites !

 

Mais aujourd’hui plus particulièrement, outre que tous ne croient pas à ce paradis superstitieux - l’autre ne valant guère mieux, d’ailleurs, avec ses illusoires promesses ! -, les égoïstes forcenés, que nous sommes, ne peuvent pas s’empêcher de réclamer « TOUT, tout de suite », à coup d’incantations et d’imploration de tout et de rien, voire de processions – vous avez dit « religieux » ? OUI, exactement pareil, à en juger seulement par ce mot de Montand, qui savait de quoi il parlait : « Ils croient au socialisme d’une manière religieuse, comme j’y ai cru moi-même d’une manière religieuse. »

 

Nous ne nous contentons pas de chercher à vivre le plus longtemps possible, nous voulons également vivre le « mieux possible », ce qui est d’autant moins blâmable que nous n’avons qu’une vie, et mieux vivre signifie pour la plupart, ici et maintenant, se gratifier, autant que faire se peut, avec tout ce que notre époque consumériste met à notre disposition. Je n’ai pas besoin de fournir d’exemples, car chaque égoïste d’aujourd’hui en est suffisamment informé, au point même que, pour certains, l’acquisition de ces biens secondaires explique en partie les difficultés à satisfaire les besoins primaires de se nourrir et de se loger – mais ego oblige, qui veut passer pour un tocard, de nos jours, sans fringues de marque, téléphone portable, internet, et donc ordinateur ? !

 

Si vous voulez avoir une chance de comprendre le monde des humains, tel qu’il est réellement, et tel qu’il perdurera jusqu’à la fin des temps à travers ses incessants et infinis changements, et pour éviter ainsi de mourir « naïf, cocu et frustré » en croyant au père Noël - fut-ce jusqu’à cent ans et plus ! -, je ne vois pas d‘autre solution qu’accepter sans réserve de se compter au nombre des milliards d’égoïstes, en renonçant par-là à jouer les Tartuffe, car notre égoïsme personnel inné est loin d’être sans influence sur le devenir chaotique du monde.

 

Sinon, à nier la réalité de notre nature humaine égoïste, on tombe forcément dans les « croyances au miracle » de la superstition idéologique et moraliste. Toutes les idéologies, en effet, accréditent la chimère, intellectuellement et philosophiquement aberrante,  d’un monde nouveau, d’un autre monde, d’un monde meilleur, plus juste, etc., et se fondent pour y parvenir sur un soi-disant progrès « moral » de l’être humain, censé transformer des égoïstes forcenés en véritables altruistes – vous avez dit « mirage » ? !

 

Tous ces idéologues affabulateurs ne vont quand même pas jusqu’à faire croire qu’avec des humains « imparfaits », c’est-à-dire tels que nous sommes réellement, égoïstes, l’avènement d’un monde « parfait » est du domaine du possible - il y a tout de même des limites à la crédulité ! Alors, conscients de l’énormité de la contradiction, ils promettent l’arrivée de l’ « Homme nouveau », même si le monde attend toujours qu’on lui indique comment « changer l’Homme », puisque tout a échoué jusqu’ici – communisme, ou non !

 

Continuer à le croire possible, à espérer en vain cette mutation miraculeuse, à force de petits pas en avant, selon un progrès moral linéaire dans un monde qui va au rythme du tango, ça fait plus que s’apparenter à la « débilité intellectuelle », c’est de la « débilité intellectuelle », dans la mesure où la Foi passe avant la Raison, et assurément pour la Foi, TOUT est possible - pourquoi pas tout de suite, alors ? -, sauf que personne n’en a jamais vu la couleur jusqu’ici ! ! !

 

Où sont-elles donc, d’ailleurs, toutes ces prétendues élites intellectuelles, politiques, médiatiques, etc., qui vous font ces promesses mensongères, alors qu’elles n’ont rien à répondre lorsqu’elles sont nommément mises au défi d’indiquer, concrètement, comment éradiquer, définitivement et universellement, les sempiternels maux de l’humanité, ne seraient ce que les inégalités, et comment instaurer, de manière tout aussi définitive et universelle : paix perpétuelle, cette « croyance au miracle » de Kant,  démocratie, justice, liberté et égalité « idéales », entre autres ? !

 

Et pourtant, ce sont ces mêmes prétendues élites médiatisées, vulgaires marchands de rêve, ou vendeurs d’illusion au choix, qui, bien que n’ayant pas de réelle solution à proposer – et pour cause ! -, viennent nous faire culpabiliser avec LA Morale – aujourd’hui leur morale communautariste « à géométrie variable », selon leur poids respectif dans la société française. Pour nous mettre au pas et réduire au silence les contestataires du « politiquement correct » d’aujourd’hui, elles s’appuient même, quand ça les arrange, sur un catéchisme soi-disant universel, qu’elles sont les premières à ne pas observer - quand ça les dérange, c’est-à-dire contrarie leurs intérêts de toutes sortes, identitaires ou autres !

 

Forcément, puisque ce catéchisme universel se fonde seulement sur des fictions, déjà amplement établies par ailleurs [Bien et Mal soi-disant absolus, fable des bons et des mauvais, « libre arbitre »], qui sont autant de sources de contradictions, seule son inobservation est réellement universelle – sauf à quiconque de démontrer le contraire, à l’aune du devenir du monde depuis sa Déclaration, elle aussi prétendument universelle !

 

A son propos, s’applique le mot de Brunner : « Quand on pense mal, on agit mal », et il prend ici toute sa valeur, sauf que lui pensait à tout sauf à LA morale, car il ne la confondait avec l’éthique. LA morale n’est qu’un des modes d’expression du penser superstitieux humain, et c’est pourquoi le mot « morale » ne se rencontre pas une seule fois dans l’Éthique de Spinoza – par contre, vous l’entendez à tout propos dans la bouche  des penseurs et des censeurs superstitieux d’aujourd’hui, qui font l’opinion, la jugent et la condamnent !

 

Assurément, comme déjà dit par Platon, nous sommes tous inspirés par l’Idéal dans le moindre de nos concepts pensés, au point que nous ne pouvons pas en penser un seul (Homme, femme, liberté, égalité, justice, etc., etc.) sans nous représenter en même temps, plus ou moins consciemment ou nettement, la conception idéale que nous en forgeons. Or, aucune de ces représentations, personnelles ou collectives, aucun concept idéalisé, n’est l’expression de l’Idéal « en soi », puisque celui-ci nous demeure à jamais inconnaissable « en soi » - sauf pour les « vertueux », évidemment, qui jugent et condamnent en son nom, sinon ils s’en dispenseraient ! ! !

 

Vouloir transposer l’Idéal dans le quotidien, notamment au moyen d’idéologies et de catéchismes,  c’est confondre le relatif et l’absolu, c’est « absolutiser le relatif », et en cela réside le « penser mal » de  Brunner, car là, en effet, commence la Superstition avec ses infinies contradictions - dès lors, notre monde nous ment  et nous trompe ! Le premier « véritable » philosophe venu ne devrait avoir de cesse d’éclairer l’opinion sur ce point capital, car il constitue la différence fondamentale entre Vérité et penser superstitieux – or, avez-vous entendu un seul de nos « philosopheurs » contemporains médiatisés vous l’expliquer ? !

Si oui, merci de me dire QUI, et QUAND, car, personnellement, j’attends toujours une réponse à mes nombreuses lettres les y invitant - au cas, où ils pourraient avoir raison contre Spinoza et Brunner, voire contre le Christ dans sa Parole non pervertie par la superstition religieuse !

 

Pour terminer, j’évoque à peine certaines des infinies contradictions résultant du « penser mal »,  telles qu’elles se manifestent au quotidien, et le plus, très certainement,  dès qu’il est question de « discrimination », tous critères confondus, puisqu’elle représente, ici et maintenant, le prétendu Mal absolu. Or, précisément c’est penser mal de croire en un Mal absolu, dans un monde où tout est relatif et rien n’est absolu, ainsi que suffit à l’établir ce mot de Spinoza :

 

« Nous ne désirons pas une chose, parce qu’elle est bonne (bonne « en soi », ou « absolument » bonne), c’est parce que nous la désirons que nous la jugeons bonne

 

Néanmoins, certains s’autorisent, aujourd’hui comme hier et demain, en raison de leur pouvoir (financier, politique, médiatique, etc.), à juger bien ou mal des opinions et des déclarations publiques, en décrétant ce qu’il est « absolument » bien ou mal de penser et de dire. Si c’est au nom d’un Idéal, qu’ils ne peuvent pas connaître « en soi », vous avez, là, l’illustration du propos de Brunner : « Quand on pense mal (c’est-à-dire de façon superstitieuse), on agit mal » - sinon, au nom de quoi ? ! Et il en va ainsi de tous les jugements sur la marche « morale » du monde ! ! !

 

Tous ces « vertueux censeurs » ne s’embarrassent même pas des innombrables contradictions au quotidien, face auxquelles je les ai confrontés, ici et là, car, comme c’est de notoriété publique, ce qui caractérise surtout les « vertueux », c’est-à-dire les donneurs de leçons de morale, c’est de reprocher aux Autres ce qu’eux-mêmes ont fait hier, et referont demain, à la première occasion où leurs intérêts de toutes sortes, financiers et électoraux entre autre, l’exigeront.

 

Ainsi telle communauté vient-elle nous faire culpabiliser, par intérêts égoïstes, pour discrimination, sans se soucier de ce que leurs semblables font ailleurs sur d’autres continents, ou bien dénonce telle forme spécifique de discrimination, tout en tombant dans une autre, quand ce n’est pas rigoureusement la même. Entre autres infinis exemples, ils vous reprochent l’esclavage d’antan, mais le perpétuent aujourd’hui ; ils vous parlent d’apartheid et d’expulsion d’immigrés clandestins comme autant d’ignominies, en occultant que, lors de la guerre du Polisario, à propos du Sahara occidental, Algériens et Marocains se renvoyèrent mutuellement, donc expulsèrent, un million de personnes d’un côté, et cinq cent mille, de l’autre.

 

La liste serait encore longue en matière de sexisme, d’homophobie et autres formes de discrimination dans lesquelles tombent aussi les censeurs d’ici et d’ailleurs – sinon eux, du moins leurs frères ! -, mais je m’en tiens là pour établir que : « Quand on pense mal, on agit mal » - sauf à quiconque, évidemment, de démontrer le contraire, en prouvant l’absence de contradictions dans leurs condamnations moralisatrices !

 

 

 

 

 

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