« Média-paranoïa, ou "Vérité", connais pas ? »

Publié le par Sylvain Saint-Martory

Le 1er février 2009

 

 Objet :

« Média-paranoïa, ou "Vérité", connais pas ? »

 

 Monsieur Laurent Joffrin

 Directeur de la publication

 Libération

 11, rue Béranger

 75003 PARIS

 

 Monsieur,

Votre récente intervention dans l’émission « Les matins » de France Culture  pour faire la promotion de votre tout dernier livre, Média-paranoïa, me donne une excellente occasion de vous rappeler l’abondant courrier, une vingtaine de lettres environ, adressé du 30 juin 2002 au 1er juillet 2007, tant à Jean Daniel qu’à vous-même et d'autres collaborateurs du nouvel Observateur, dont vous étiez alors le directeur de la rédaction.

 

Dans ce courrier toujours sans réponse à ce jour – et pour cause ! -, je n’avais eu de cesse d’attirer l’attention des uns et des autres sur les mensonges et les « croyances au miracle » du penser superstitieux humain, colportés dans notre époque obscurantiste, non seulement par le nouvel Observateur, mais par l’ensemble des médias (télévision, radio et presse), et au-delà par la quasi-totalité de nos soi-disant « élites », qui font l’opinion (responsables politiques, prétendus intellectuels et pseudo-philosophes ainsi que nombre d’associations droits-de-l’hommiste).

 

Leurs noms figurent dans le document annexé, Mensonges et lâcheté de élites, dont le répertoire n’a cessé, et ne cesse, de grossir depuis lors, du seul fait que ces faiseurs d’opinion ont en commun de refuser le seul et unique « véritable » débat d’idées, tel que précisé par la suite, d’où la lâcheté dénoncée - mais, c’est sûrement très pratique, et surtout très « juteux » pour certains, de continuer à manipuler et à tromper l’opinion, en lui dissimulant « sciemment » LA Vérité !

 

Ceci explique, très certainement, la « paranoïa » envers les médias d'opinion, toutes tendances confondues, car elle exprime seulement la méfiance et le soupçon de « désinformation », dont se plaignent à juste titre les lecteurs de tous bords. Brièvement dit, toutes les informations et analyses portées à leur connaissance par les médias n’expriment que des « vérités relatives » - forcément, dans un monde où tout est relatif, la diversité des opinions est inéluctable et manifeste. Les lecteurs d’aujourd’hui s’en aperçoivent d’autant mieux qu’ils ont davantage de sources d’information à leur disposition - néanmoins, pour un public de plus en plus avisé, dire « tout et son contraire » ne semble pas être la meilleure manière de lui apporter LA Vérité ! La question fondamentale est précisément de savoir si les médias, et au-delà tous les faiseurs d’opinion cités dans le document annexé, sont disposés et aptes, intellectuellement et philosophiquement parlant, à dire LA Vérité - à cette question, ma réponse est un NON catégorique !

 

 NON, les faiseurs d’opinion, tous milieux confondus, ne sont pas disposés à dire LA Vérité, car elle est trop dérangeante pour leurs intérêts de toutes sortes, et c'est pourquoi elle fait l'unanimité contre elle pour la dissimuler. Ce n'est pas d'aujourd'hui d’ailleurs, car, au cours des millénaires et des siècles passés, de grands diseurs de LA Vérité éternelle absolue ont été réduits au silence, de façon expéditive, et j'en veux pour preuve l'empoisonnement de Socrate, la crucifixion du Christ, l'envoi au bûcher de Giordano Bruno et l'excommunication de Spinoza. Aujourd'hui, notre époque tout aussi obscurantiste envoie seulement au bûcher médiatique, et devant des prétoires, au moyen de procès staliniens, ceux qu'elle accuse de « délit d'opinion ».

 

C’est encore plus rétrograde qu’aux époques les plus reculées, dans la mesure où la nôtre a accouché d’un catéchisme soi-disant universel prônant la liberté à la mesure de l’Idéal, ou presque, tout en confiant à des groupes de pression partisans le soin de décider ce qu’il serait bien ou mal de penser et de dire - pour leur plus grand profit, évidemment ! Si vous n’êtes pas persuadé d’y contribuer, demandez-vous tout particulièrement pourquoi le nouvel Observateur et Libération, où vous avez eu, et avez, de très importantes responsabilités éditoriales, ont laissé sans réponse plus d'une vingtaine de lettres dénonçant leur « collaboration » à la Superstition sous toutes ses formes.

 

Et si tous ces faiseurs d’opinion, dont vous-même, sont réellement aptes à dire LA Vérité, telle qu’elle leur a été communiquée, qu’ont-ils attendu, et qu’attendent-ils, pour me clouer le bec ? Si mes propos, constamment rapportés aux uns et aux autres, sont du « n’importe quoi », ou expriment « tout et son contraire », il faut le démontrer sur des points très précis, et non secondaires. Une chose est sûre en tout cas : LA Vérité ne saurait être la somme des multiples opinions diverses, et contradictoires, exprimées à longueur d’antenne et de colonnes – sauf à vous-même ou à quiconque de démontrer le contraire ! ! !

 

Toutefois, si les médias, et tous les autres, s’en tenaient à exprimer leurs opinions relatives partisanes, même sans avoir l’honnêteté et le courage intellectuels de les confronter à LA vérité éternelle absolue, ce ne serait que péché véniel. Or, en réalité, quasiment tous, et notamment les professionnels de LA Morale - plutôt à gauche, à en juger par ce propos de Jacques Vergès : « La gauche est moralisatrice, et c’est au nom de la morale qu’elle lance ses anathèmes. » - utilisent leurs « vérités relatives » surtout pour juger et condamner moralement les Autres, au prétexte qu’ils sont les « vertueux » - du moins, selon leur devise favorite : « Je condamne, donc je suis vertueux. », à moins que ce ne soit l’inverse !

 

Ces moralisateurs à sens unique, et adeptes du « deux poids, deux mesures, tombent ainsi, par le biais de leur penser superstitieux, dans le péché capital de l’entendement humain, qui consiste à « absolutiser le relatif », c’est-à-dire à transformer par un tour de passe-passe leurs vérités relatives en absolu, en réalité ou vérité absolue. Cette « escroquerie intellectuelle » me suffit à affirmer que le monde ment, et que les médias, entre autres menteurs, colportent les mensonges du monde – sauf à vous-même ou à quiconque de démontrer le contraire, évidemment !

 

Toutefois, je n’entends pas reprendre ici la totalité des arguments déjà avancés en leur temps pour dénoncer la Superstition, ou « absolutisation du relatif », dans ses divers modes d’expression [Religion, métaphysique (doctrine matérialiste et scolastique idéaliste), idéologie et moralisme], puisque vous les retrouverez amplement exposés dans la lettre au titre sans ambiguïté, « Philosophie, euthanasie et "débilité intellectuelle" », adressée à Nicolas Sarkozy le 18 septembre dernier – évidemment, il ne tient qu’à vous de les réfuter par une argumentation intellectuellement et philosophiquement fondée !

 

Pour ce qui vous concerne à titre personnel, je me borne à vous rappeler deux lettres, qui vous avaient été adressées nommément en votre qualité de directeur de rédaction, à savoir celle du 4 décembre 2004 faisant suite à la publication d’un article du nouvel Observateur, intitulé « Quarante combats à livrer aujourd’hui » (cf. Nº2090 SEMAINE DU JEUDI 25 Novembre 2004), et celle du 1er juillet 2007, dont l’objet, « J’ACCUSE : « Assez de mensonges et de manipulation ! », était sans aucune ambiguïté, mais votre peur de débattre a été aussi patente dans les deux cas.

 

La première dénonçait les mensonges et les « croyances au miracle » de la superstition idéologique, puisque votre dossier visait ni plus ni moins qu’à donner le mode d’emploi permettant de transposer l’Idéal dans le quotidien – certes, DEMAIN, toujours DEMAIN et seulement DEMAIN, à la saint Glinglin ! Avec cinq années de recul et l’actuel conflit à Gaza, entre autres guerres et affrontements en cours sur la planète, je vous laisse mesurer la véracité et la probabilité de survenue à escompter de votre fallacieuse promesse (si ce n’est pas un mensonge et une « croyance au miracle », comment l’appelez-vous ?) - sauf à croire, comme nombre de faiseurs d’opinion hyper-médiatisés, qu’avec l’arrivée de Barack Obama, le messie attendu depuis le Christ serait enfin descendu sur la Terre !

 

La seconde lettre entendait établir votre silence complice envers un prophète de malheur ultra-médiatisé, Nicolas Hulot en l’occurrence, refusant pourtant le poste de vice-Premier ministre à l’environnement durable, proposé par Nicolas Sarkozy dans le gouvernement Fillon II - et ce, après son engagement sans pareil pour l’écologie devant l’opinion ! Sur un plan plus général, j’en avais profité pour dénoncer la superstition scientiste du jour, visant à établir sur la planète, à terme (? !), un climat sur mesure pour l’éternité – vous avez dit « croyance au miracle » ? !

 

Cependant, je ne développe pas davantage ici, non seulement pour la raison déjà indiquée, mais parce que je tiens également à votre disposition ma lettre du 20 décembre dernier à Nathalie Kosciusko-Morizet, ayant pour objet « Scientisme et "débilité intellectuelle" », ainsi que, en raison de sa cessation de fonctions, celle du 19 dernier à Jean-Louis Borloo avec copie de la précédente, sous l'intitulé « Scientisme versus "Vérité" ».

 

En conclusion, sauf à vous-même de soulever des objections intellectuellement et philosophiquement étayées, j’affirme que les médias d’aujourd’hui, mais pas seulement les médias, colportent les mensonges et les « croyances au miracle » du monde, du seul fait de leur refus de confronter leurs points de vue relatifs et partisans à LA Vérité éternelle absolue, telle que largement précisée dans le courrier joint, et dans celui restant à votre disposition.

 

Il ne faut donc pas vous étonner de la « média-paranoïa » que vous dénoncez, puisque l’opinion a intuitivement conscience de la réelle tromperie qu’elle subit, sans pour autant l’analyser en profondeur, du fait que chaque faiseur d’opinion, et pas seulement les médias, n’apporte que « sa » vérité relative et partisane, partielle et mutilée, mais pas LA Vérité éternelle absolue - celle qui suffit à invalider toutes les vérités relatives sans exception !

 

En fin de compte, contrairement à ce que vous pensez, il ne s’agit pas véritablement de « paranoïa » envers les médias, mais simplement de l’intuition profonde des lecteurs, des auditeurs et des téléspectateurs, voire des internautes, selon laquelle, pour copier une humoriste en vogue : « On ne nous dit pas tout. » ! ! !

 

Pour conclure, j’ajoute que votre obstination dans le silence et le refus de débattre manifesterait votre intention délibérée de continuer à colporter « sciemment » les mensonges et les « croyances au miracle » du monde, donc à manipuler et à tromper l’opinion.

 

Dans l’attente éventuelle de vos objections et de vos arguments contraires, je vous remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations distinguées

 

Annexe : Lettre du 18 septembre 2008 à Nicolas Sarkozy
 


 [Les éventuels défauts de présentation, constatés après la mise en ligne, sont indépendants de ma volonté] 

 

Publié dans COURRIER "Médias"

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