« "Religion des droits de l'homme" et autres "croyances au miracle" »

Publié le par Sylvain Saint-Martory

Le 15 janvier 2009


Objet :

« "Religion des droits de l'homme" et autres "croyances au miracle" »

 

 France Culture

 116, avenue du Président Kennedy

 75016 PARIS

 Courriel :

 www.franceculture.com/

 

[A l'attention de Mireille Delmas-Marty, Marcel Gauchet, Alain Finkielkraut, Ali Baddou, Alexandre Adler, Anthony Bellanger, Corinne Lepage, Olivier Duhamel et Ruth Stegassy]

 

Mesdames, Messieurs,

 

J'emprunte à Alain Finkielkraut, précisément en charge de l’émission « Répliques », l'expression « religion des droits de l'homme », non seulement pour rappeler l’abondant courrier adressé depuis 2006 à France Culture ainsi qu’à ses collaborateurs mis en exergue ici, mais surtout pour dénoncer, une fois de plus, les mensonges et les « croyances au miracle » du penser superstitieux sur lequel continue de fonctionner la société humaine en général, et la nôtre en particulier.

 

Au cas où Alain Finkielkraut aurait oublié la paternité de son expression, je lui rappelle qu’il l’utilisa, ainsi que celle de « catéchisme de la Shoah », dans un entretien avec Alain Duhamel sur France 2, en mars 2001, au point que sa dernière formule faisait l’objet de ma lettre du 4 avril à son intention - une lettre toujours sans réponse à ce jour, mais encore à sa disposition comme celles adressées depuis le 3 novembre 1997.

 

Je ne peux mieux utiliser le terme « religion » qu’en l’appliquant au débat surréaliste tenu le 27 décembre dernier entre Mireille Delmas-Marty, juriste, et Marcel Gauchet, présumé philosophe, précisément sur le thème « Les droits de l’homme en question ». Dans le courrier adressé à France Culture ainsi qu’aux aux collaborateurs mentionnés, sans oublier la quasi-totalité des soi-disant « élites » nationales de l’époque, dont les noms figurent dans l’un des documents annexés, j’avais déjà eu maintes occasions de dénoncer la superstition moraliste, ou moralisme, en tant que l’un des modes d’expression de la « Superstition » en général, dans le sens abondamment précisé aux destinataires de mon courrier - sans grand succès, toutefois, au vu de leur silence et de leur refus de débattre qui leur permettent de continuer à lancer leurs anathèmes, puisqu’ils s’autoproclament les bons, les « vertueux » : sinon ils s’en dispenseraient par principe !

 

Dans le débat incriminé, la croyance religieuse se manifeste dans les propos tenus par les deux intervenants, puisque ni l’un ni l’autre n’ont été capables d’aller au-delà de leur penser superstitieux, en l’occurrence leur commune « croyance au miracle » en la toute-puissance du catéchisme soi-disant universel contemporain, visant à conduire, définitivement et universellement, la marche chaotique de l’humanité vers l’Idéal –certes, DEMAIN, toujours DEMAIN, seulement DEMAIN, hélas !

 

Pour paraphraser Montand, qui parlait alors des adeptes de l’idéologie socialiste, dont il avait été, je pourrais dire à propos des « droits-de-l’hommiste » en général : « Ils croient aux doits de l’homme d’une manière religieuse, comme Mireille Delmas-Marty et Marcel Gauchet y croient d’une manière religieuse. »   

 

Ce n’est donc pas étonnant que la sempiternelle échéance du penser superstitieux, quelles que soient ses croyances au miracle, soit constamment repoussée à la saint Glinglin, dès lors que personne n’a rien de mieux à proposer, pour parvenir à « transposer l’Idéal dans le quotidien », que changer la nature de l’être humain – et ce, par la seule vertu d’un catéchisme, évidemment ! Pourtant, avant la publication du catéchisme « droit-de-l’hommiste », bien d’autres catéchismes, religieux ou idéologiques (Petit Livre rouge, par exemple) avaient fait la preuve de leur totale inefficacité pour changer l’être humain, et ainsi son monde ! ! !

 

Comme vous trouverez en annexe ma lettre du 18 septembre dernier à Nicolas Sarkozy, avec pour objet « Philosophie, euthanasie et "débilité intellectuelle" », ainsi que celle du 20 décembre dernier à Nathalie Kosciusko-Morizet, intitulée « Scientisme et "débilité intellectuelle" », dans lesquelles sont abondamment développés mes arguments intellectuellement et philosophiquement étayés, je me borne à rappeler, sur un plan général, qu’il faut entendre par « Superstition » tout mode de pensée, qui prend, et fait passer, pour absolu, pour réalité ou Vérité absolue, le contenu seulement « relatif. » pensé dans et sur (à propos de) notre monde.

 

Il en va ainsi dans la religion, toutes religions confondues (monothéistes ou non), dans la métaphysique [Matérialisme scientiste et idéalisme, ou pseudo-philosophie spiritualiste], dans l’idéologie, toutes les idéologies sans exception (altermondialisme inclus) et dans le moralisme [Morale et condamnations moralisatrices des « Autres » au nom de LA Morale : LAQUELLE ? !], tous catéchismes réunis, et notamment le catéchisme prétendument universel, ou Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, dont seule l’inobservation est réellement universelle – sauf à vous-mêmes ou à quiconque d’établir le contraire à l’aune du devenir du monde depuis six décennies, et tout particulièrement aujourd’hui !

 

Je n’entends pas analyser chacun des propos tenus, et encore moins en faire une retranscription littérale, mais seulement montrer « là, où le bât blesse », pour reprendre l’expression utilisée à deux reprises, et non sans raison, par Marcel Gauchet - signe que les droits de l’homme posent indéniablement un problème : celui de leur « crédibilité », assurément !

 

Je ne m’occupe pas de leur application, ou plutôt de leur non-application planétaire patente, puisque mon propos est seulement d’établir leur « non-absoluité », en me basant sur l’idée incontestable que, dans notre monde, « tout est relatif et rien n’est absolu » - sauf à vous-mêmes ou à quiconque de le contester au moyen d’arguments intellectuellement et philosophiquement démontrés, faute de quoi vous confirmeriez qu’il s’agit bien seulement d’un catéchisme, à savoir d’un recueil de vœux pieux, précisément !

 

Le ton est d’ailleurs donné d’entrée par Mireille Delmas-Marty, déclarant à leur propos : « Ils se sont obscurcis et enrichis depuis 1948 », ce qui suffirait à lui seul pour invalider définitivement la prétendue « absoluité » conférée au texte fondateur.

 

Elle confirme, en ajoutant : « à mesure qu’on les applique dans des cas concrets, on découvre toutes les contradictions qu’ils portent en eux » ; on découvre qu’il y a des conflits entre eux, liberté et sécurité, vie privée et liberté d’expression, droits économiques et droits sociaux, etc. » ; au fil de la jurisprudence, on découvre que ce n’était pas si simple et qu’il fallait avoir une clé pour faire fonctionner cette liste, une hiérarchie peut-être, et ça c’est tout le travail qui est en train de se faire, mais qui est beaucoup plus lent et beaucoup plus complexe qu’on ne pouvait l’imaginer, je pense, à l’époque de la déclaration elle-même. »

 

Parler encore, à leur sujet, d’un « processus évolutif », c’est nier également l’ « absoluité » affichée, laquelle n’en sert pas moins aux condamnations moralisatrices bien-pensantes d’aujourd’hui, seulement fondées sur des mensonges et des « croyances au miracle » ; et je tiens à votre disposition  nombre de propos de la même veine, que vous retrouverez dans le podcast de l’émission.

 

Par ailleurs, les deux intervenants se sont accordés sur le caractère universel, l’universalité des droits de l’homme, parlant même comme Mireille Delmas-Marty de « droits universalisables », sous-entendant par là leur adoption évolutive », progressive, par « tous » les Etats de la planète, car, faut-il le rappeler, la Déclaration de 1948 fut seulement votée par quarante-huit Etats – vous avez dit « universel » ? ! - sur  les quelques deux cents d’aujourd’hui. Je ne peux manquer de rappeler qu’elle fut alors assimilée par Jeane Kirkpatrick, militante des droits civiques, à la lettre au père Noël, ce qui en disait déjà long sur l’efficacité escomptée.

 

En résumé sur ce premier point, si les deux intervenants parlent d’universel face à la « relativité » infinie de notre monde, qu’ils sont bien obligés de constater, ils se gardent bien, même le présumé philosophe, de confronter le « relatif », à savoir ce qui n’existe que relativement à notre penser spécifique humain,  à ce qui existe absolument, de toute éternité, à savoir l’Un absolu, Unique, dont la substance spinoziste est une appellation parmi bien d’autres.

 

Il ressort, en outre, des propos tenus que les droits de l’homme, non seulement ne seraient pas « LE » facteur d’unification du genre humain, mais qu’ils en seraient même un obstacle, si j’en juge d’après les déclarations des deux intervenants. Ainsi Mireille Delmas-Marty est-elle conduite à dire :

 

« On se heurte à la difficulté de concilier l’universalité et la diversité, la déclaration de 1948 et la convention de l’Unesco de 2005 donnent la mesure des obstacles s’opposant à cette universalité. »

 

De son côté,  Marcel Gauchet, déclare :

 

« Le point qui fait difficulté, qui paraît menaçant dans les droits de l‘homme, c’est qu’il véhicule l’individualisme occidental, lequel prend de front les solidarités communautaires, les cohésions collectives, le culte de la famille, qui sont très généralement répandus dans les civilisations non occidentales, c’est là que le bât blesse. »

 

Je m’en tiens là sur l’analyse, assurément incomplète, des termes du débat, mais je vous renvoie au volumineux courrier annexé, où vous trouverez les précisions et les arguments qui ne figurent pas ici. Je reste par ailleurs tout disposé à débattre, point par point, avec les deux intervenants, pour peu qu’ils fassent preuve de plus d’honnêteté et de courage intellectuels que les collaborateurs de France Culture déjà contactés et mis en exergue ici.

 

Dans l’attente de vos éventuelles objections rationnellement et philosophiquement argumentées, après lecture complète du courrier, sans lesquelles vous manifesteriez, encore une fois, votre intention délibérée de continuer à colporter les mensonges et les « croyances au miracle » du monde, donc à manipuler et à tromper l’opinion, je vous remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Mesdames, Messieurs, mes salutations distinguées.

 

Annexe : I – Lettre du 18 septembre 2008 à Nicolas Sarkozy

               II – Accusé de réception de la Présidence de la République

               III – Lettre du 20 décembre 2008 à Nathalie Kosciusko-Morizet

     

 

 

  

 

 

 

 

 

Publié dans COURRIER "Médias"

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