« Le camp du Bien et de LA Vérité »

Publié le par Sylvain Saint-Martory

Le 5 janvier 2009


Objet :

«  Le camp du Bien et de LA Vérité »

Monsieur Eric Zemmour

 LE FIGARO

14, boulevard Haussmann

75009 PARIS

Fax : 01 56 52 23 57

01 42 21 22 99

[A l’attention de la Direction et de la Rédaction du Figaro ainsi que de Jean Sévillia]

Monsieur,


Votre entretien accordé à Laurent Dandrieu de Valeurs actuelles, et publié sous le titre « Les ligues de vertu ont pris le pouvoir », ainsi que l’article, Les nouvelles censures, paru dans le numéro 3762 de cet hebdomadaire, me fournissent une excellente occasion de vous rappeler ma lettre du 12 février dernier, qui avait précisément pour objet « Communautarisme et "moralisme antiraciste" ».

Ce courrier, rappelé à votre attention par ma lettre du 14 mars 2008, demeure toujours sans réponse à ce jour mais son intégralité est encore à votre disposition, tout comme les lettres adressées à la Direction et à la Rédaction du Figaro au cours des années 2003, 2004, 2005, 2006 et 2007 ainsi que celles à l’attention de Jean Sévillia en 2003, 2004 et 2008, suite à la parution de ses ouvrages.

 


Tout ce courrier visait à dénoncer la Superstition dans ses divers modes d’expression, à savoir la religion, toutes religions confondues (monothéistes ou non), la métaphysique [Doctrine matérialiste du scientisme contemporain et scolastique idéaliste ou pseudo-philosophie spiritualiste], l’idéologie, toutes les idéologies sans exception (altermondialisme inclus) et le moralisme [Morale et condamnations moralisatrices des Autres au nom de LA Morale : LAQUELLE ? !], tous catéchismes réunis.

 


Et parmi eux, tout particulièrement, le catéchisme soi-disant universel contemporain, ou Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, censé régler tous les problèmes des humains pour l’éternité. Or, précisément aujourd'hui même, chacun peut mesurer sa réelle efficacité, à l’aune d’un conflit qui dure depuis six décennies, exactement depuis l’année de sa proclamation prétendument planétaire, alors que cet accord international fut seulement adopté par quarante-huit Etats sur près de deux cents actuellement - il y a mieux en matière d’universalisme !

 


Par contre, sa réelle « inobservation universelle » avérée – sauf à vous-même ou à quiconque de démontrer le contraire ! - atteste que les « croyances au miracle » ont véritablement la vie dure, et notamment celle consistant à croire que des « morceaux de papier », fussent-ils pompeusement baptisés traités ou déclarations et signés par les puissants du monde, suffiraient à transformer les rêves d’aujourd’hui en réalité de demain, alors que nos lois les plus ordinaires de la vie courante ne sont même pas appliquées par tous.

 


Toutefois, au train où va le penser superstitieux qui fait du sur place, le problème est que les « croyances au miracle » ont même l’éternité devant elles, comme suffit à l’établir un recul de plusieurs millénaires – sauf à vous-même ou à quiconque de démontrer que liberté et égalité ne demeurent pas, encore et toujours, de vains mots, pour paraphraser Jacques Chirac promettant, dans l’un de ses grands discours de la campagne présidentielle de 2002, de rendre possible l’impossible !

 


La « débilité intellectuelle » de l’époque n’en est pas à un « détail » de ce genre près, puisque la communauté universelle humaine, non seulement continue à fonctionner, sans en avoir cure, sur les mensonges et les « croyances au miracle » du monde, depuis la nuit des temps, mais elle leur accorde même aujourd’hui un crédit planétaire illimité ! ! ! Dans leur quasi-totalité, les humains de 2009 sont incapables de prendre conscience que leurs opinions, leurs « rêves » et le savoir de leur éphémère pseudo-modernité d’aujourd’hui, dont ils sont si fiers, ne vaudront guère mieux pour nos descendants de 2415 par exemple, a fortiori ceux du quatrième millénaire et suivants, que ce que valent pour nous le savoir et les opinions de l’an 1587 ou de l’époque médiévale, tant ils tiennent pour « absolue » leur réalité à jamais « relative » - voire celle de notre univers lui-même, mais c’est un autre débat philosophique auquel je vous convie néanmoins !

 


Cependant, je n’entre pas ici dans les détails et arguments personnels qui me permettent, à l’aune de l’actualité nationale et internationale, de vulgariser et de conforter la dénonciation de la Superstition par le philosophe juif allemand Constantin Brunner (1862-1937), puisque vous les trouverez plus qu’amplement développés dans ma lettre du 18 septembre dernier à Nicolas Sarkozy, dont l’objet s’intitulait « Philosophie, euthanasie et "débilité intellectuelle" », ainsi que dans celle du 20 décembre 2008 à Nathalie Kosciusko-Morizet, pour la part qui la concerne en sa qualité de Secrétaire d’Etat à l’Ecologie, portant pour titre « Scientisme et "débilité intellectuelle" ».

 


En raison de leur penser superstitieux, dont ils sont incapables de se défaire, les faiseurs d’opinion de l’époque, tous milieux confondus [médias, responsables politiques, intelligentsia (prétendus intellectuels ou pseudo-philosophes) et associations « droits-de-l’hommiste »] s’affrontent en permanence, toutes tendances confondues, dans leur prétention à représenter le camp du Bien et de LA Vérité – absolus, évidemment !

 


Et à ce petit jeu de poker menteur, où ils sont plus forts que vous, les uns, les vertueux « censeurs autoproclamés », ont pris une bonne longueur d’avance en vous attirant sur le terrain du moralisme, des bons sentiments et du compassionnel, d’où vous sortirez toujours perdants, hormis précisément en tenant le discours de la RAISON, comme a su le faire habilement Nicolas Sarkozy, durant la campagne présidentielle, en « décomplexant » une fraction de l’opinion jusque là honteuse de sa vision du monde face aux donneurs professionnels de leçons de morale, par ailleurs ni plus ni moins « irréprochables » que ceux qu’ils jugent et condamnent moralement, de façon partisane. En dépit de leur médiatisation, ils ne sont pas plus « irréprochables » que n’importe lequel des six milliards et quelques humains, ne serait-ce qu’en raison de leurs croyances idéologiques superstitieuses, qui sont autant de mensonges - sauf à n’importe lequel de ces menteurs de relever le défi lancé depuis des années, et leur liste est longue !


Certes, je dois vous rendre justice que vous êtes très conscient de leur stratégie, celle où la Foi se garde bien d’affronter la Raison en tête-à-tête, comme en témoigne ce bref passage de votre entretien, où vous déclarez :

 


« Les soixante-huitards sont des curés. Ils ne discutent pas, ils prêchent. Quand vous n’êtes pas d’accord avec eux, ce n’est pas que vous sortez de la raison, c’est que vous sortez de la vertu. En cas de désaccord vous êtes exclu de l’humanité. C’est la fameuse phrase de Finkielkraut : " L'antiracisme est le communisme du XXIe siècle". Ce sont les mêmes méthodes. Aujourd'hui ce n'est plus l'argument qui prime, mais le sentiment puis, si vous persistez à répondre par l'argumentation rationnelle, l'intimidation, la menace. On vous oppose d'abord des arguments émotionnels, sentimentaux, puis religieux – une religion sans dogme, évidemment. Face à cela, j'essaye, modestement, de jouer un rôle d'éveilleur, en m'en tenant à des arguments rationnels, historiques et politiques, qui, je crois, désarment un peu. » [Fin de citation]

 

Je relève toutefois, dans ces propos, un élément témoignant que vous n’utilisez pas la véritable arme de destruction des « croyances au miracle » pour réduire ces « vertueux » autoproclamés, alors que Laurent Dandrieu, chargé de vous interviewer, a précisément mis le doigt, dans sa question, sur le défaut de leur cuirasse, en utilisant à leur encontre le terme le plus approprié, puisque parlant d’ « absolutisation ». Et effectivement, « absolutiser le relatif », ce n’est rien d’autre que le péché capital du penser superstitieux, donc de la Superstition dans ses divers modes d’expression, puisqu’il consiste à présenter et à faire passer fictivement, donc mensongèrement, pour absolu, pour réalité ou Vérité absolue, le contenu seulement « relatif » pensé dans et sur (à propos de) notre monde.

 

Dans votre réponse concernant leur stratégie, vous parlez d’une « religion sans dogme » pour dénoncer leur « moralisme », alors que leur penser moraliste superstitieux et leurs condamnations moralisatrices se fondent aussi sur des dogmes, exactement comme la religion et les autres formes de superstition. Leur religion morale repose, en effet, sur trois fictions, que je mentionne seulement ici, puisqu’elles sont très amplement développées dans ma lettre au chef de l’Etat. Elles consistent à « croire », et surtout à faire croire, en un Bien et un Mal absolus (évidemment !), en une division dualiste et manichéenne des humains (par nature !) – une fable pourtant dénoncée sans ambiguïté, depuis près de deux mille ans ! - et en un illusoire « libre arbitre », alors que TOUT, dans notre monde, relève de la « nécessité », au sens spinoziste du terme. Ils ne représentent donc pas plus le camp du Bien que celui de LA Vérité, éternels et absolus, simplement parce que l’Absolu ou Idéal n’est pas de ce monde.

 


C’est pourquoi la lutte contre la Superstition devrait être un combat sans relâche, et vous n’êtes pas dépourvu des moyens nécessaires pour le mener à une grande échelle, à condition de faire preuve aussi d’honnêteté intellectuelle en ne privilégiant personne ni aucun groupe d’appartenance, car ce combat stérile de « vérités relatives » opposées (religieuses, métaphysiques, idéologiques et moralistes) ne fait pas avancer LA Vérité.

 


Ainsi, en 2004, sauf erreur de ma part, vous avez laissé triompher les mensonges de communautaristes bien-pensants, lors de l’amendement déposé par un député de la majorité, Christian Kert en l’occurrence. Celui-ci proposait de faire reconnaître officiellement les aspects positifs de la période coloniale pour contrecarrer la thèse prétendument vertueuse, mais intellectuellement et philosophiquement aberrante, des tenants du « Tout négatif », parmi lesquels Bernard-Henri Lévy, Claude Ribbe, Olivier Lecour Grandmaison et Gaston Kelman, entre autres pseudo-intellectuels dénoncés nommément pour « débilité intellectuelle », même s’ils sont loin d’être les seuls d’entre les faiseurs d’opinion, puisqu’au dernier nommé notamment je peux adjoindre les soi-disant « Grandes gueules » de RMC info, par exemple.

 


Ils ont néanmoins réussi leur coup en faisant croire et admettre, jusqu’au plus haut sommet de l’Etat et de ses institutions, qu’une quelconque chose humaine, fut-ce la période coloniale, pourrait comporter « exclusivement » du contre, du négatif, des inconvénients, sans mobiliser contre eux la moindre réaction contraire. Pourtant, dans notre monde où tout est relatif - sauf à quiconque de démontrer l’inverse ! -, « TOUT » présente, à la fois, du pour et du contre, du positif et du négatif, des avantages et des inconvénients, entre lesquels tranchent seulement les intérêts égoïstes des uns et des autres, à titre individuel ou collectif.

 


Sans récrire l’Histoire, forcément, que serait aujourd’hui le continent africain laissé à son état des siècles précédant la colonisation, et dont on voit ce qu’il est devenu, une fois abandonné à ses autochtones toujours englués dans le tribalisme, les guerres interethniques et interreligieuses, où perdure l’esclavage dénoncé ici pour les siècles passés, comme aux pires temps obscurantistes de ce continent ?

 


Alors, que les bien-pensants commencent à réserver d’abord à leur propre usage et à celui de leurs groupes d’appartenance les leçons de morale fondées sur un catéchisme, dont j’attends que vous souleviez et démontriez d’éventuels arguments contraires aux miens ! Ils n’ont toujours pas compris qu’il faut d’abord être soi-même « irréprochable » pour juger et condamner moralement les Autres…

 


J’en reste là dans l’attente de vos éventuelles objections, intellectuellement et philosophiquement étayées, après lecture complète du courrier annexé. Je tiens néanmoins à souligner, clairement et nettement, que je ne suis pas venu pour apporter LA Vérité, précisément parce qu’elle ne m’a pas attendu pour se faire entendre, mais seulement pour dénoncer ceux qui la bafouent en colportant les mensonges et les « croyances au miracle » de leur époque, sans oser confronter à l’Absolu, à LA Vérité absolue, leurs vérités « relatives », partielles et partisanes, puisqu’ils n’ont rien à redire.

Et quoi de pire, pour un journaliste en particulier, quand il ne lui reste d’autre pour être crédible que de s’occuper de la rubrique des chiens écrasés ? Ne vous sentez nullement visé, cependant, par ce dernier propos, car votre approche rationnelle vous en préserve, bien qu’elle n’aille pas à l’essentiel, à savoir dénoncer le penser superstitieux dans son « absolutisation du relatif ».

 


Au cas où vous estimeriez que je raconte « n’importe quoi », il ne vous resterait plus qu’à le démontrer sur des points très précis et non mineurs, sauf à manifester par votre silence l’intention délibérée de continuer à colporter les mensonges et les « croyances au miracle » du monde, comme toutes les soi-disant « élites » dénoncées.

 


Je vous remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

 



Annexe : I - Lettre du 18 septembre 2008 à Nicolas Sarkozy

              II - Accusé de réception du Chef de Cabinet de la Présidence de la République

             III - Lettre du 20 décembre 2008 à Nathalie Kosciusko-Morizet

[Les divers défauts de présentation constatés sont indépendants de ma volonté]
 

 

 


 

Publié dans COURRIER "Médias"

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