« Sectarisme politicien, éthique médicale et euthanasie »

Publié le par Sylvain Saint-Martory

Le 1er janvier 2009

 

Objet :

« Sectarisme politicien, éthique médicale et euthanasie »

 

 Monsieur Patrick Pelloux

 AMUF

 14 rue Vésale
 75005 PARIS

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 Courriel:

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Monsieur,

 
Votre dernière déclaration outrancière, réclamant la démission du ministre de la Santé - pourquoi pas aussi, pour d’autres récentes morts discutables, celle des ministres de la Défense et du Logement, voire celle du chef de l’Etat, tant qu’à y être, puisque c’est lui qui les a nommés pour conduire une politique dont il décide ? -, m’incite à vous rappeler mes courriels des 30 novembre et 16 décembre 2003.

 

Dans ce courrier, toujours sans réponse à ce jour mais encore à votre à disposition, j’avais déjà dénoncé vos déclarations publiques d’alors, qui témoignaient du même sectarisme politicien suite aux décès imputables à la canicule de 2003 ; et ce, en vertu du mot d’ordre de l’époque « Défense de mourir ! », comme l’attestent les réglementations et interdictions draconiennes en matière de circulation routière, de consommation d’alcool et de tabac, voire de nutrition.

 

Je pourrais reprendre, aujourd’hui, exactement les mêmes arguments qu’à l’époque pour faire porter la responsabilité de la situation en France, depuis 1981 et dans tous les domaines, sur tous ceux qui ont été aux affaires pendant bientôt trois décennies, à temps sensiblement partagé entre la gauche et la droite. Or, comme bon nombre de politiciens de gauche, votre sectarisme vise exclusivement les responsables politiques de droite, coupables de tous les maux, en oubliant même ce « mot d’anthologie » de Bernard Kouchner, pourtant médecin et alors ministre socialiste de la Santé, déclarant en 2002 au cours d’un entretien télévisé : « On ne savait pas que les enfants souffraient. » [SIC !], mais je vous laisse le soin d’en retrouver la date exacte et l’identité du support télévisé en question. En tout cas, j’attends toujours la réponse de Bernard Kouchner à ma lettre du 10 novembre 2002, dans laquelle je lui rappelai son propos pour le moins surprenant dans la bouche d’un médecin.

 

Votre nouvelle accusation sectaire et partisane fait précisément ressortir la caractéristique générale essentielle des « vertueux autoproclamés » de l’époque, et de toutes les époques, consistant à reprocher aux Autres ce qu’eux mêmes ont fait hier et referont demain à la première occasion où leurs intérêts de toutes sortes l’exigeront, ainsi que suffit à l’illustrer, à merveille, la dénonciation alternative par les uns et par les autres du recours à l’article 49 §3 de la Constitution, pourtant pratiqué à tour de rôle par les camps majoritaires de droite et de gauche depuis 1981.

 

Je n’entre pas ici dans votre jeu politicien sectaire consistant à établir, sur des informations partielles, partisanes et susceptibles de retournement, la prétendue responsabilité exclusive des Autres, la droite en l’occurrence, car je pourrais y opposer d’autres arguments, tels ceux du professeur Philippe Juvin montrant qu’il s’agissait davantage d’un manque d’organisation hospitalière à l’échelle régionale que d’un nombre réellement insuffisant de lits, tout en vous rappelant également l’impact désastreux de la loi des 35 heures sur le fonctionnement des hôpitaux publics, dont la gauche ne peut se défausser.

 

Certes, la gauche ne se soucie guère de logique comptable, car peu lui importe de creuser largement le déficit public pour peu que ses électeurs y trouvent leur compte, et ses élus d’abord ! Je vous laisse seulement imaginer une entreprise privée ou une famille ordinaire gérant ainsi ses finances, tandis que la situation de quasi-faillite de l’Etat ne vous empêche pas de dormir, puisque nos descendants paieront la note…

 

Je balaie également d’un revers de plume votre dénonciation du manque de moyens, car il y a bien longtemps que j’ai eu l’occasion d’écrire à l’une ou l’autre des soi-disant « élites » dénoncées dans le texte, Mensonges et lâcheté des élites, annexé à un document joint ci-après : « Si vous m’indiquez le moyen de remplacer l’égalité "besoins illimités, moyens limités", telle qu'elle existera sempiternellement, par l'égalité "besoins illimités, moyens illimités", je vous construis aussitôt un monde presque "parfait". »

 

Assurément, ceci ne suffirait même pas pour y parvenir, puisque les moralisateurs publics, les donneurs de leçons de morale aux Autres, ne pourraient pas s’empêcher de les faire culpabiliser pour une raison ou pour une autre, au prétexte qu’ils sont les « vertueux », comme le signifie leur devise favorite : « Je suis vertueux, donc je condamne. », à moins que ne soit l’inverse ! Ceci revient tout simplement à établir que, à votre exemple, loin d’aimer tout le monde, comme ils le prétendent haut et fort, les soi-disant « vertueux » aiment surtout leurs intérêts propres, qu’ils soient politiciens ou autres. Dans le domaine moralisateur comme dans celui du rêve idéologique, vous fonctionnez comme la société humaine universelle sur les mensonges et les « croyances au miracle » du monde, tels que vous les trouverez abondamment dénoncés dans ma lettre du 18 septembre dernier à Nicolas Sarkozy, où je montre en quoi consiste la Superstition en général, et démontre, arguments intellectuels et philosophiques à l’appui, qu’aucun de ses modes d’expression [Religion, scientisme, spiritualisme, idéologie et moralisme] n’y échappe. 

 

Votre simple accusation envers une personne bien définie, Roselyne Bachelot en l’occurrence,  suffit à établir que vous n’avez rien compris à la marche du monde, ou ne voulez pas comprendre par intérêt. En effet, c’est sur cette incompréhension fondamentale que vous jugez et condamnez les Autres, à l’exemple de tous les vertueux « censeurs autoproclamés » qui ne démontrent jamais rien. Votre condamnation se fonde, en réalité, sur la croyance en un illusoire « libre arbitre », en vertu duquel il suffirait de vouloir pour pouvoir « entièrement et à notre guise ». Or, en vérité, la marche du monde, à savoir TOUT ce qui s’y produit (phénomènes naturels, évènements historiques, collectifs et personnels), ne dépend nullement ne notre seule prétendue libre volonté, mais relève entièrement de la « nécessité », au sens spinoziste du terme, laquelle se traduit dans notre monde par l’enchaînement infini de l’infinité des causes et des effets, dont chaque être et chaque chose n’est qu’un maillon interdépendant de la chaîne causale globale. Je n’entre pas plus avant, ici, dans la doctrine du mouvement, universel et perpétuel, qui est la cause permanente de l’incessante transformation des choses de notre monde, mais on ne peut valablement prétendre être un scientifique en ignorant cette loi fondamentale de notre penser !  

 

J’en viens à la deuxième motivation de ce courrier visant à montrer que votre penser superstitieux, tel qu’il se manifeste déjà dans vos croyances idéologiques, est également nuisible, sur fondement moraliste, dans une question d’actualité, en l’occurrence la légalisation de l’euthanasie en France, contre laquelle vous vous êtes précisément prononcé sans ambiguïté au nom d’une prétendue éthique médicale. Comme vous trouverez dans le courrier à Nicolas Sarkozy l’ensemble de mes arguments dénonçant les fictions du moralisme [Morale et condamnations moralisatrices des autres au nom de LA Morale], sur lesquelles vous vous appuyez, je me borne simplement à vous poser ici la question : « Comment vos confrères belges, helvétiques et néerlandais, entre autres, qui pratiquent légalement l’euthanasie dans leur pays respectif, s’accommodent-ils de votre éthique médicale, sauf, en bonne logique, à la leur récuser totalement ? »

 

En conclusion, je vous invite à lire attentivement les documents joints par courrier électronique, à savoir la lettre du 18 septembre 2008 à Nicolas Sarkozy, qui avait pour objet « Philosophie, euthanasie et "débilité intellectuelle" » et celle du 20 décembre dernier à Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat à l'Ecologie, dont l'objet s'intitulait « Scientisme et "débilité intellectuelle" »

 

J’en attends évidemment vos objections intellectuellement et philosophiquement étayées, à défaut de quoi vous manifesteriez votre intention délibérée de continuer à colporter les mensonges et les « croyances au miracle » du monde, donc à manipuler et à tromper sciemment l‘opinion.

 

Après avoir souligné que Jean-Luc Romero, président de l’ADMD, n’a trouvé aucune objection à faire sur le contenu du courrier adressé à Nicolas Sarkozy, malgré mon insistance en ce sens, et rappelé que Manuel Valls vient de faire connaître publiquement, le 2 décembre dernier, son intention de déposer une proposition de loi visant à « encadrer l’aide active à mourir », je vous remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

 

 Annexe : I - Lettre du 18 septembre 2008 à Nicolas Sarkozy

              II – Lettre du 20 décembre 208 à Nathalie Kosciusko-Morizet

 

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