« Euthanasie : morale ou éthique ? »

Publié le par Sylvain Saint-Martory

Le 25 décembre 2008 


Objet :

« Euthanasie : morale ou éthique ? »

                                                                                     
Monsieur Jean-Luc Romero
Président de l’A. D. M. D
50, rue de Chabrol
75010 PARIS
Fax : 01 48 00 05 72
Courriel :

infos@admd.net


Monsieur,

 

Je vous remercie de votre lettre du 20 courant, en réponse à celle adressée le 15 de ce mois.

 

Vous y écrivez notamment : « Dans ma lettre du 22 septembre dernier, je vous indiquais que "je ne manquerais pas, le cas échéant, de vous faire part de mes points de désaccord". C'est pour cela, donc, que je ne vous ai pas écrit depuis. »

 

En conséquence, sauf à vous-même d’infirmer mon propos pour établir une éventuelle mécompréhension de ma part, je relève avec satisfaction que vous n’auriez rien à objecter sur le fond au contenu de ma lettre du 18 septembre dernier à Nicolas Sarkozy ; et ce, y compris sur le long passage dénonçant les fictions de la superstition moraliste, qui servent de fondement aux censeurs et décideurs de l’époque, ainsi qu’il en va en matière d’euthanasie.

 

Bien que très largement informées par mes soins, aucune des soi-disant « élites » d’aujourd’hui, tous milieux confondus, n’a eu jusqu’ici le courage et l’honnêteté intellectuelle de formuler la moindre objection sur la distinction capitale entre éthique et morale, telle que je l’ai notamment précisée au Comité consultatif national d’éthique, ce « Tribunal moral d’exception » de notre époque obscurantiste – et ce, au regard de LA Vérité éternelle, puisque notre monde fonctionne, aujourd’hui, avec deux mille ans de retard sur la Parole, certes pervertie par la foule superstitieuse, de l’un de ses grands diseurs universels !

 

Alors, si vous n’avez pas véritablement d’objection à faire valoir contre ma dénonciation du moralisme superstitieux, d’aujourd’hui et d’hier, qu’attendez-vous donc pour porter ce débat sur la place publique, comme votre fonction officielle vous en donne la légitimité et la médiatisation nécessaires ? Personnellement, je ne peux pas faire davantage auprès des élites déjà maintes fois dénoncées, hormis rabâcher sans faire avancer le débat.

 

Vous connaissez mieux que moi les adversaires les plus résolus de l’euthanasie, et sur quels arguments ils se fondent. Je ne mets pas seulement en cause les Eglises et leurs fidèles, mais également certains de ceux dont on pourrait attendre que la science les détourne de la superstition, comme c’est le cas de Patrick Pelloux, président de l’A.M.U.F, évoquant publiquement la soi-disant éthique médicale comme arme absolue contre l’euthanasie.

 

Outre que des faits divers portés à la connaissance de l’opinion ont établi que les médecins ne sont pas plus irréprochables par nature que les six milliards et quelques humains égoïstes, que Patrick Pelloux, pris par ailleurs en flagrant délit de parti pris politicien, nous explique comment ses confrères belges, helvétiques et néerlandais, entre autres, s’accommodent de leur éthique médicale dans leur pratique de l’euthanasie !

 

Aussi longtemps que les croyances superstitieuses moralistes, voire moralisatrices, n’auront pas été démontées sur le plan intellectuel et philosophique, non  seulement les adversaires de l’euthanasie ne désarmeront pas, mais la société humaine dans son ensemble continuera à fonctionner sur des fictions, en faisant passer fictivement le « relatif » pour absolu, pour réalité ou Vérité absolue, et notre monde poursuivra superstitieusement sa ronde.

 

C’est pourquoi j’espère que vous appuierez en ce sens le projet de Manuel Valls, dûment informé de la distinction entre éthique et morale, dont les détails sont amplement précisés dans ma lettre du 18 septembre 2008 à Nicolas Sarkozy.

 

Je vous remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

 

                                                    

Publié dans COURRIER "Divers"

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