« Scientisme et "débilité intellectuelle" »

Publié le par Sylvain Saint-Martory

Le 20 décembre 2008
 

Objet :

« Scientisme et "débilité intellectuelle" »

 

Madame Nathalie Kosciusko-Morizet

Secrétaire d’Etat à l’Ecologie

Courriel : sur site du ministère

http://www.developpement-durable.gouv.fr/article.php3?id_article=2340

 
[A l’attention de François Fillon et de Jean-Louis Borloo]

 

 Madame,

 
J’ai adressé à Nicolas Sarkozy, le 18 septembre dernier, un abondant courrier qui vous était également destiné, ainsi qu’à François Fillon et Jean-Louis Borloo, mais j’ignore si vous en avez pris connaissance.

 

Il avait pour objet « Philosophie, euthanasie et "débilité intellectuelle" », puisqu’il entendait dénoncer la Superstition sous toutes ses formes [Religion, métaphysique (scientisme matérialiste et scolastique idéaliste), idéologie et moralisme.]. Sa copie, figurant en annexe, vous apportera toutes les précisions et tous les arguments justificatifs nécessaires pour établir, sur le plan rationnel et philosophique, l’entière fausseté du contenu de notre penser superstitieux humain.

 

Au préalable, toutefois, pour vous permettre de comprendre adéquatement ce qui suit, et en percevoir la cohérence, je me dois de préciser le fil conducteur de ce qu’il faut entendre par « Superstition », au sens utilisé par le philosophe juif allemand Constantin Brunner (1862-1937), héritier spirituel de Spinoza, dont toute l’œuvre est une présentation créatrice originale de LA Vérité éternelle absolue, telle que précisée ultérieurement.

 

Selon Brunner, les divers modes d’expression de la Superstition se caractérisent par l’ « absolutisation du relatif ». Ceci revient concrètement à « idéaliser le réel quotidien », avec comme corollaire pour les humains de croire pouvoir transposer l’Idéal dans le quotidien. En vérité, « absolutiser le relatif » est un procédé intellectuellement malhonnête, puisqu’il consiste à présenter et à faire passer fictivement pour « absolu », pour Vérité ou réalité absolue, le pensé (das Gedachte, chez Brunner) seulement « relatif » de notre entendement humain, à savoir tout le contenu pensé dans et sur (à propos de) notre monde.

 

Et c’est seulement sur ce tour de passe-passe que se fondent, depuis la nuit des temps, tous les mensonges et toutes les « croyances au miracle » de notre monde, sur lesquels continue de fonctionner la communauté universelle humaine, dont la société française, comme aux pires époques obscurantistes, auxquelles, au vu des croyances religieuses, spiritualistes, scientistes, idéologiques et moralistes superstitieuses, toujours actuelles, la nôtre n’échappe pas davantage que toutes celles qui l’ont précédée.

 

Néanmoins, je me borne à dénoncer ici ce qui vous concerne directement, à savoir les « croyances scientistes », qui servent à justifier votre fonction officielle, ainsi que celle de Jean-Louis Borloo, et visant à lutter contre un présumé réchauffement climatique supposé « linéaire », en croyant pouvoir établir sur la planète, à terme (? !), un climat sur mesure pour l’éternité, bien entendu ; si tel n’est pas le but visé, merci de bien vouloir préciser clairement l’objectif final poursuivi, à quel horizon et pour quelle durée !

 

Auparavant, je me dois de montrer que le « scientisme » est une croyance aussi superstitieuse que celles évoquées ci-dessus, du seul fait de se fonder pareillement sur l’ « absolutisation du relatif ». Le scientisme, en effet, se borne à ériger fictivement en  absolu, en Vérité absolue, les théories et hypothèses de la Science. Or celles-ci sont à jamais seulement relatives, ainsi que suffit à l’établir le savoir fluctuant, a fortiori contradictoire, de la Science, depuis ses origines jusqu’à nos jours – sauf à vous-même ou à quiconque de démontrer le contraire !

 

En réalité, la science ne parviendra « jamais » à connaître et à comprendre « absolument » notre monde des choses, pour la simple raison que celui-ci est seulement relatif ; il n’existe que relativement, c’est-à-dire uniquement dans sa relation à notre penser spécifique humain, en dehors duquel il n’a pas de réalité – mais c’est un autre débat à poursuivre sur le plan philosophique !

 

Comment, par ailleurs, pourrait-on connaître et comprendre « absolument » nos choses humaines relatives, qui se transforment sans cesse sous l’action du mouvement universel  perpétuel ; mouvement, dont on recherche toujours le substrat matériel absolu, à savoir la matière censée exister « absolument » et se mouvoir ? Savoir sur notre monde est une chose, mais comment pourrait-on « connaître absolument » ce qui ne cesse jamais de se transformer ?

 

Toutefois, comme notre monde n’est pas sur le point de disparaître, sauf à vouloir désespérer les humains d’aujourd’hui en accréditant cette échéance présumée inéluctable du réchauffement climatique, je vous laisse imaginer ce que les hommes de science du quatrième millénaire penseront de notre savoir du XXIe siècle, dont nous sommes si fiers puisque nous nous y fions quasi aveuglément – eux, par contre auront tout loisir d’en juger les résultats sur pièce, à l’aune de l’incessant changement climatique constaté !

 

Certes, des scientifiques dévoyés d’aujourd’hui, siégeant dans des comités internationaux de renom, confortent la thèse officielle sur le climat, parce qu’ils y ont financièrement intérêt ou par besoin de notoriété, et c’est pourquoi, sans entrer ici dans le débat philosophique exhaustif menant au terme ultime de notre penser humain, à savoir l’UN absolu, Unique, je me dois de citer ce propos de Bernard d’Espagnat, un homme de science intellectuellement honnête, écrivant dans son livre, A la recherche du réel :

 

« Le réel par excellence, ce ne sont pas les contradictoires entités sur lesquelles travaillent les hommes de science contemporains, mais ce que Spinoza nomme la substance. »

 

Ce qui précède devrait, à lui seul, suffire pour réduire à néant la croyance planétaire scientiste du jour, sans avoir même à examiner les arguments avancés par la science « pour ou contre » l’hypothèse d’un réchauffement « linéaire » de la planète. Sur ce point, d’ailleurs, la démarche scientiste s’apparente à la croyance idéologique, car les deux s’imaginent, dans leur foi naïve, que, à force de petits pas en avant, le chemin de l’Idéal, d’un monde idéal, est grand ouvert devant nous – dans les deux cas, c’est compter sans les retours en arrière que chacun peut constater à tout instant !

 

Dans le seul domaine strictement scientifique, Claude Allègre a souligné mieux que moi les ignorances et les lacunes de la science d’aujourd’hui, en déclarant notamment : « Nous ne connaissons pas les nuages, nous ne connaissons pas le cycle de l’eau et tout un tas d’autres choses ». Assurément, Il a ainsi montré qu’il ne confondait pas savoir et connaître, et pas davantage relatif et absolu - une confusion, qui fonde précisément notre penser superstitieux ! Il a d’ailleurs eu l’occasion de le confirmer, de façon plus nette, en déclarant sur France Inter, le 11 octobre 2007 : « La vérité officielle scientifique, ça n’existe pas ! » ; dans son esprit, ceci revenait à dire sous une autre forme ce que j’affirme sans risque d’être jamais démenti : « La vérité scientifique est, et demeure, à jamais relative ! » En clair : il n’y a pas de vérité absolue en science - sauf à vous-même ou à quiconque d'établir le contraire ! ! !

 

Et ceci vaut notamment pour nos modèles mathématiques censés fournir des prévisions climatiques à validité quasi absolue, dont on peut constater néanmoins le peu de fiabilité au quotidien – sauf à montrer leur capacité à établir des prévisions absolument certaines, pour la planète entière, sur le seul mois à venir ! Tant de lacunes et d’incertitude n’empêchent pas pour autant nos scientistes contemporains, qui ne doutent de rien, de faire des prévisions météorologiques absolues, à cent ans, et surtout d’envisager de maîtriser le climat de la planète pour l’éternité ; certes, DEMAIN, toujours DEMAIN, seulement DEMAIN – à la saint Glinglin, cette sempiternelle échéance de toutes nos croyances superstitieuses !

 

Nos modèles mathématiques sont établis seulement d’après nos connaissances scientifiques actuelles, mais qu’en sera-t-il dans cinquante ans, cent ans et plus ? Faudra-t-il, en conséquence, réajuster sans cesse les plans mondiaux visant à réguler le climat de la planète, par ailleurs tout sauf homogène. Que savons-nous réellement de tous les facteurs influant sur lui, que savon-nous, par exemple, du fonctionnement interne du soleil, du magma en fusion sous nos pieds, alors que nous ne savons même pas grand-chose de ce qui est à notre portée, El Nino par exemple, dont l’influence climatique est incontestable ?

 

Je m’en tiens là sur le domaine de notre savoir relatif, car, pour récuser la « chimère » prétendant régler à notre convenance le climat de la planète pour l’éternité, mon argument décisif repose sur le seul mouvement universel perpétuel, cause de la transformation incessante des choses de notre monde, à commencer par nous-mêmes. De ce fait, à tout instant, la configuration des choses de notre monde n’est plus exactement la même qu’elle était, l’instant d’avant.


En clair, pour me faire bien comprendre, comme j’ai assimilé croyance scientiste et croyance idéologique dans leur démarche commune visant à transposer l’Idéal dans le quotidien, j’ajoute ceci : à supposer qu’un « ordre juste », absolument juste, ou un « climat idéal » auraient pu être établis sur la planète, à peine auraient-ils été instaurés que le mouvement perpétuel aurait déjà transformé la configuration de notre monde, emportant avec lui ordre juste et climat idéal ! Le mouvement ne crée rien qui soit absolu, car, précisément, ce qui est « absolu », non seulement est à la fois éternel, infini et parfait, mais également « immuable ».Vous êtes d’ailleurs bien placée, en votre qualité de responsable politique, pour juger des incessantes réformes nécessaires. Or, en fait, elles n’ont jamais d’autre but que de courir après le mouvement dans sa transformation incessante du monde - et c’est pourquoi elles ont toujours un train de retard sur lui !  

 

En conséquence, votre lutte contre le réchauffement climatique, pour avoir une chance de réussir définitivement, ne consisterait en rien moins qu’à arrêter le mouvement perpétuel universel - ils ne doutent vraiment de rien, les Terriens du XXIe siècle ! ! ! J’imagine déjà la tête de nos plus ou moins lointains descendants, apprenant la prétention insensée de leurs aïeux, mais obligés de constater, à leur tour, que tout change, hormis le changement !

 

Je termine par un argument plus à terre-à-terre, dont j’ai fait part, entre autre, à Nicolas Hulot, par ailleurs aussi intellectuellement courageux pour débattre que les autres soi-disant élites dénoncées dans l’annexe du courrier adressé à Nicolas Sarkozy. Ainsi, si les prophètes de malheur dans son genre s’imaginent que les humains vont agir comme un seul homme pour le soi-disant « intérêt général » de la planète, qu’ils se détrompent ! Nous avons déjà des signes avant-coureurs incontestables de leurs divisions montrant, à travers leurs rivalités d’intérêts de toutes sortes, que notre égoïsme humain n’y est pas prêt, ainsi que suffisent à l’établir les multiples conférences sur le climat où, pour reprendre l’expression de Marie-Noëlle Lienemann sur BFM : « chacun tire à lui son bout de gras » - mais il n’est interdit à personne de « croire au miracle » ! 

 

En outre, d’autres préoccupations planétaires actuelles, la faim et la misère dans le monde par exemple, aussi dispendieuses en dizaines, voire centaines de milliards de dollars, limitent d’autant la possibilité de réguler le climat de la planète ; et si vous y ajoutez l’arrivée annoncée de deux milliards et demi d’humains supplémentaires dans les trente ou cinquante à venir, quelle manne céleste va pourvoir à la dépense que nos économies de bout de chandelle seront loin de compenser ?

 

Finalement, lutter contre le réchauffement climatique pour parvenir au résultat miraculeux escompté, mais restant encore à préciser, c’est réellement « mission impossible » ! Non seulement l’exigence première est d’arrêter le mouvement universel, mais il faudrait aussi changer la nature égoïste des humains, c’est-à-dire transformer des égoïstes avérés en purs altruistes ; et ça, c’est tout autre chose que changer l’eau en vin ! Toutefois, il n’est pas interdit de croire au miracle, ne serait que celui de croire les humains, tels que nous sommes, capables de s’accorder naturellement et uniment sur la pluie et le beau temps ! ! ! Or, ainsi que je pense l’avoir établi dans le courrier joint, chaque égoïste - Etats, groupes d’individus et individus – fonctionne constamment en terme d’avantages et d’inconvénients pour lui-même et ses groupes d’appartenance – sauf les « vertueux », évidemment !


Or, à l’aune des plateaux de cette balance, même le réchauffement climatique ne présente pas que des inconvénients pour tout le monde. Ainsi, le Groenland commence même à rêver d’heureuses perspectives économiques, malgré le désastre annoncé. Il faut dire que ce serait un bénéficiaire récidiviste du réchauffement climatique, dont il a profité au IXe et Xe siècles en ayant une agriculture prospère avec prairies et laiteries, sans qu’il disparaisse pour autant – pas plus que les ours blancs, d’ailleurs !

 

A l’inverse, ceci me permet d’attirer votre attention sur les inconvénients, résultant de la croyance scientiste du jour, sur l’économie mondiale, laquelle semble déjà souffrir d’un ralentissement lié en partie aux mesures visant à régir à notre convenance le climat de la planète ; par exemple, vouloir diminuer la consommation dans ce but n’est pas sans conséquence sur l’importante chute des ventes d’automobiles même si je concède que, dans notre monde où tout est relatif, ce qui est inconvénient, d’un côté, est avantage, de l’autre ; et donc, dans la « relativité » de notre monde, notre penser n’a pas d’arrêt, et la discussion est sans fin.

 

Dans l’attente de vos objections et de propositions, intellectuellement et philosophiquement étayées, je vous remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Madame, mes salutations distinguées.

 

Annexe : Lettre du 18 septembre 2008 à Nicolas Sarkozy

 

 

Publié dans COURRIER "Politiques"

Commenter cet article