Crainte, espoir et Superstition

Publié le par Sylvain Saint-Martory

J'ai relevé sur le site, FORUM DE PHILOSOPHIE, l'appel à l'aide suivant :

Bonjour tout le monde,

 

Je me penche actuellement sur un DM de philosophie type STG pour jeudi prochain.
J'éprouve de grosses difficultés à comprendre ce texte, c'est pourquoi je vous demande votre aide si possible.


Il s'agit donc d'un texte de Spinoza que voici :

 

" Si les hommes pouvaient régler leurs affaires suivant un plan arrêté, et si la fortune leur était toujours favorable, il ne serait jamais en proie à la superstition. Mais ils sont souvent réduits à une extrémité telle qu'ils ne savent plus que décider, et ils sont animés par un tel désir de biens incertains, qu'ils sont condamnés à flotter presque sans répit entre l'espérance et la crainte. Voilà pourquoi ils ont l'âme encline à la plus extrême crédulité. Si, par exemple, pendant qu'ils sont dans l'état de crainte, il se produit un incident qui leur rappel un bien ou un mal passé, ils s'imaginent que c'est l'annonce d'une issue heureuse ou malheureuse, et pour cette raison ils l'appellent "présage", favorable ou défavorable, et cela, même s'ils se sont trompés cent fois. Ou bien, qu'il leur arrive de voir avec grande surprise un phénomène insolite, ils croient que c'est un "prodige", qui manifeste les intentions des Dieux ou de Dieu. Ne pas le conjurer par des sacrifices, des supplications et des promesses devient à leurs yeux d'hommes superstitieux et contraires à la religion, une impiété. De la sorte ils forgent d'innombrables fictions, et ils interprètent la nature, comme si elle délirait avec eux."

 

1] Dans ce texte Spinoza répond à deux questions : lesquelles ? Quelles sont les deux réponses ?


2] Explication dans le contexte du texte :

 

a)    "ils sont animés par un tel désir de biens incertains"

        b)    "une issue heureuse ou malheureuse"

        c)     "un phénomène insolite"

        d)     "superstitieux et contraires à la religion"

        e)    "ils interprètent la nature"

 

3] Notion de miracle

 

4] D'après Spinoza pouvons-nous échapper à la superstition, et comment si nous le pouvons ?

 

J'ai vraiment du mal à trouver les deux questions. En ce qui concerne l'explication des phrases je pense avoir trouvé mais votre avis en deux phrases pourrait soit m'aider ou soit me rediriger.

 

Voilà, je vous remercie d'avance et bonne soirée. [Fin de citation]


J'ai répondu ce qui suit :

 

Je vous propose mon aide, en qualité de créateur d'un blog sur over-blog.com ainsi que de divers groupes sur Google, Yahoo et MSN, dont l'intitulé commun "Philosophie contre Superstition" est précisément inspiré par la pensée de Spinoza, mais également Socrate, donc aussi Platon, Giordano Bruno et leur héritier spirituel, le philosophe juif allemand Constantin Brunner (1862-1937)

 

Par contre, je suis moins sûr de répondre parfaitement à une dissertation scolaire, voire universitaire, mais je m'attelle néanmoins à la tâche, en suivant l'ordre prescrit :

 

1] Dans ce texte Spinoza répond à deux questions : lesquelles ?

  

Réponse proposée


Les hommes sont-ils en proie à la superstition, et pourquoi ?

Quelles sont les deux réponses ?


Oui, les humains sont en proie à la Superstition sous ses diverses formes, car le but fondamental de notre vie  est de conserver notre existence, à savoir vivre le plus longtemps et le mieux possible, comme ceci sera plus largement développé par la suite.


Ainsi, face à l'incertitude constante du lendemain, sont-ils sans cesse mus par la crainte et par l'espoir, moteurs fondamentaux de notre vie, faute d'avoir mis en place ce qui permet par avance de vivre "sereinement" le reste de sa vie, sans avoir à se tourner vers les "faux prophètes", religieux, idéologues et pseudo-philosophes de tout poil.


2] Explication dans le contexte du texte :

 

a) "ils sont animés par un tel désir de biens incertains"

 

Réponse proposée :

 

Les humains, tous sans exception, sont conduits par leur nature innée, à savoir leur égoïsme naturel auquel "personne" n'échappe, à vouloir conserver leur existence, c'est-à-dire à vivre le plus longtemps et le mieux possible, en se gratifiant autant que faire se peut, dans leurs affaires d'amour, quel qu'en soit l'objet  [une personne, un animal ou une chose quelconque (voiture, bijou, voyage, vêtements, etc., etc.)], de possession de biens et de personnes, d'où l'importance de l'argent comme instrument d'échange, et de gloire ou honneur-vanité (besoin de reconnaissance, célébrité ou de notoriété), qui se manifeste par la recherche de distinctions, de titres, de récompenses et de médailles de toutes sortes (civiles, militaires, sportives)

 

Bien entendu, ces biens sont incertains dans la mesure où ils ne dépendent pas de notre soi-disant "libre arbitre", cette pseudo volonté libre en vertu de laquelle il suffirait de vouloir pour pouvoir. Or, en réalité, les choses en général, c'est-à-dire la marche universelle du monde, ne dépendent pas de notre seule volonté, mais de ce que Spinoza nomme la "nécessité", à savoir l'enchaînement infini de l'infinité des causes et des effets de "TOUT" ce qui se produit dans notre monde (phénomènes naturels et évènements historiques, collectifs ou personnels)

 

"TOUT", dans notre monde, relève seulement de cet enchaînement infini de causes et d'effets sous l'action du mouvement universel perpétuel, et en aucun cas de notre soi-disant libre volonté - sinon pourquoi toujours les sempiternels maux de l'humanité depuis des millénaires, s'il suffit de vouloir pour les éradiquer ? Ainsi "croire" pouvoir régler le climat de la planète à notre convenance pour l'éternité par notre seule action relève-t-il seulement de notre "penser superstitieux" ; vous avez là un excellent exemple de "bien incertain" recherché, comme il en va dans le domaine économique et financier en général, et de la crise actuelle, de la croissance ou du pouvoir d'achat en particulier.

 

Je vous donne à méditer ce propos de Spinoza :


"D'où il suit, en premier lieu, que les hommes se croient libres parce qu'ils ont conscience de leurs volitions et de leur désir, et qu'ils ne pensent pas, même en rêve, aux causes qui les disposent à désirer et à vouloir, parce qu'ils les ignorent." [Spinoza, Éthique I, Appendice]

 

b) "une issue heureuse ou malheureuse"

 

"Heureux" et "malheureux" sont des jugements de valeur "relatifs" : ce qui est "bon" pour l'un est jugé "mauvais" par l'autre ; dans notre monde, tout est "relatif" et rien n'est "absolu". Bien et Mal "absolus" sur la Terre ne sont que "mensonges" servant à certains à faire culpabiliser les Autres...

 

Je cite à nouveau Spinoza niant la chose "en soi", et établissant la relativité de toutes les choses de notre monde, à commencer par le monde lui-même :

 

"Nous ne désirons pas une chose parce qu'elle est bonne ("absolument" bonne, ou bonne "en soi"), mais c'est parce que nous la désirons que nous la jugeons bonne."

 

c) "un phénomène insolite"

 

C'est un phénomène inhabituel, qui n'est pas dans l'ordre ordinaire des choses, voire encore inexpliqué par la science, elle-même "à jamais relative" dans ses théories et hypothèses, et dès lors, devant le doute qui les assaille, les humains sont en proie à la crainte ou à l'espoir, comme il en va aujourd'hui devant l'issue incertaine de la crise économique et financière dans leurs affaires d'argent. Certes, elle n'est pas "insolite", puisqu'il y en a eu d'autres, mais ils ne sont pas rassurés pour autant, donc ils craignent et se vouent aux prophètes de toutes sortes, qui leur promettent des lendemains qui chantent…   

 

d) "Superstitieux et contraires à la religion"

 

Ces deux termes ne sont pas antinomiques, puisque la religion, toutes religions confondues (monothéistes ou non) est un des modes d'expression de la Superstition, aux côtés de la métaphysique [Doctrine matérialiste du scientisme contemporain et scolastique idéaliste de la pseudo philosophie spiritualiste], de l'idéologie, toutes les idéologies sans exception (altermondialisme inclus) et du moralisme (Morale et condamnations moralisatrices des Autres au nom de LA Morale], tous catéchismes réunis, y compris le soi-disant catéchisme universel contemporain, ou Déclaration universelle des droits de l'homme : toutes ces formes de la Superstition ont pour dénominateur commun l'absolutisation du relatif, qui consiste, par un tour de passe-passe, à présenter comme absolu, comme réalité ou vérité absolue, ce qui est seulement "relatif".

 

Toutefois, Spinoza a simplement voulu montrer que des âmes dites "fortes", quand tout va bien pour elles, se mettent à implorer Dieu, voire des Dieux, dès qu'elles commencent à craindre pour leur vie, leur santé ou leurs biens, et elles sont donc disposées à se renier par "intérêt égoïste".

 

e) "ils interprètent la nature"

 

Il faut entendre par-là que leur penser superstitieux, loin de tenir compte des lois de la Nature, commence à gamberger, à sortir de la causalité = mouvement du véritable penser scientifique abstrait et à chercher de "fausses causes", qui transforment parfois certains en boucs émissaires,  comme l'illustrent les anciens sacrifices humains.

3] Notion de miracle

 

Un miracle est ce qui déroge aux lois naturelles et a pour cause l'intervention d'une puissance extra-mondaine, comme il en va déjà de la création du monde par un Dieu, tapi dans un arrière-monde et qui déclenche des catastrophes naturelles pour manifester son courroux aux humains.

 

4] D'après Spinoza pouvons-nous échapper à la superstition, et comment si nous le pouvons ?

 

Difficile, au vu du texte, de savoir si Spinoza pensait, ou non, que nous pouvons échapper aux "croyances au miracle" de la Superstition. Toutefois, grâce aux lois du penser abstrait, ou Science, expliquant la multiplicité et la diversité des choses de notre monde par le mouvement universel perpétuel, nombre de nos contemporains se sont délivrés de leurs croyances superstitieuses, notamment d'origine religieuse.

 

Cependant, la science est elle-même insuffisante à délivrer de la superstition scientiste, puisqu'elle tombe également dans le péché capital de l'entendement humain, consistant à "absolutiser le relatif" ; en l'occurrence la science fait passer pour "absolues" ses théories et ses hypothèses à jamais "relatives", comme l'établit le savoir scientifique fluctuant  constamment au fil du temps , y compris de façon contradictoire.

 

Je ne peux manquer de souligner ici l'énorme "croyance au miracle" scientiste de nos contemporains du XXIe siècle, qui, hormis quelques rares contradicteurs réduits au silence, ne doutent pas, un seul instant, d'instaurer sur la planète un "climat sur mesure" pour l'éternité : DEMAIN, toujours DEMAIN, seulement DEMAIN - à la saint Glin-glin, cette éternelle échéance du penser superstitieux !

 

Alors, si même la Science verse dans la Superstition, que reste-t-il pour en délivrer les humains, hormis la "nécessité" spinoziste dont il a été brièvement question ci-dessus ? Hélas, comme les humains persistent à croire au miracle de la toute puissance de leur prétendu "libre arbitre" (cf. règlement du réchauffement climatique), l'idée de la "nécessité" est bien incapable de dissiper leurs croyances au miracle, notamment idéologiques, puisqu'ils ne peuvent pas s'empêcher de "croire" au lieu de "penser vraiment".

 

C'est pourquoi LA Vérité absolue demeurera éternellement cachée à la multitude engluée dans son penser primaire, et la Superstition sous toutes ses formes [Religion, scientisme, idéologie et moralisme] a donc de beaux jours devant elle ! Les grands diseurs de l'Absolu, de la réalité ou Vérité absolue, ces mystiques authentiques et vrais philosophes du "UN" auront assurément prêché dans le désert des âmes… il faut savoir se rendre à l'évidence pour ne pas "croire au miracle" à  son tour ! ! !


[D'éventuels défauts de présentation seraient totalement indépendants de ma volonté] 

 

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