Causalité : succession ou mouvement des choses ?

Publié le par Sylvain Saint-Martory

A propos de la causalité, Hume n’a pas raison, quand il ajoute :

« Même si le cours de choses a été jusqu’ici si régulier, ce fait ne prouve pas à lui tout seul et sans une cause particulière qu’il en sera de même dans l’avenir »

Lorsqu'il met le monde entier au défi  de lui indiquer une cause qui nous légitime à déduire du passé vers le futur, les hommes de science, dont tout le penser est tiré des conclusions de l’expérience, ne peuvent assurément pas lui répondre. Et ils devraient absolument se taire, quand on leur demande pourquoi un enfant a peur du feu après s’être brûlé une seule fois, et même Hume ne saurait donner aucune raison, puisque répondre que c'est l’
habitude ne constitue pas un véritable argument.

A vrai dire Hume ne connaît pas de réponse, et c’est pourquoi celle qu’il donne néanmoins est si mauvaise. Sa réponse parlant d’une
causalité basée sur la succession des phénomènes se heurte complètement à la loi fondamentale de la causalité, et Hume s’en tient exclusivement aux seules relations particulières de la cause et de l’effet dans l’expérience première. C’est pourquoi sa réponse d’une causalité tirée de l’expérience n’est pas plus une réponse que celle de ceux qui, comme Hume, n’ont pas auparavant envisagé clairement les difficultés : chez eux, en effet, le véritable concept de causalité demeure inexpliqué.

D’autre part, la réponse par l’
a priori – en admettant que cet a priori aurait un sens, et à vrai dire celui d’un concept indépendant de toute expérience – n’est pas une réponse : en effet, dans ces concepts a priori demeurent inexpliqués les enchaînements particuliers de cause à effet de l’expérience fondamentale, à quoi le concept a priori est à jamais incapable de parvenir. Dans la réponse de Hume d’une causalité provenant de la succession régulière ne sont donc contenues ni l’universalité ni la nécessité de la loi de causalité. Précisément, Hume les conteste et les nie, mais il se montre ainsi plus conséquent que tous les autres empiristes. Pourtant, il ne peut pas soustraire de la nature humaine cette loi de notre penser, du moins pas par une tentative aussi maladroite, pour la remplacer par tout à fait autre chose.

Il veut mettre la
succession à la place de la causalité, mais la succession est tout à fait autre chose que la causalité, et en vérité la causalité n’a absolument rien à voir avec la succession. La cause et l’effet ne se succèdent absolument pas dans le temps, mais d'après le véritable concept de causalité ils constituent un processus de mouvement continu. Ce processus de mouvement objectif diffère totalement de notre perception sensorielle subjective, en relation au temps, par laquelle nous percevons une succession de phénomènes qui se transforment.

Toutefois, si on reste comme Hume entièrement dans le penser de l’expérience sensorielle fondamentale, où une
chose est reconnue comme nécessairement déterminante pour une autre chose, alors sont valables la succession et l’ancien théorème causa semper prior est effectu (la cause est toujours antérieure à l’effet) : pour nous, cependant, la causalité n’est pas la détermination d’une chose par une autre, mais la transmission de la vitesse du mouvement à un autre.

Certes le poignard est antérieur à la blessure due à son coup, mais le poignard est aussi une chose, et comme telle, ne présente aucune
nécessité causale par rapport à la blessure : le mouvement du coup de poignard est ce qui cause le changement produit dans le corps du blessé, et cette cause forme avec son effet un processus de mouvement unique.

Si Hume avait aussi bien saisi le véritable concept positif de causalité qu’il l’avait clairement établi en rejetant les idées erronées, il n’aurait pas pu parler des choses, en tant que causes et effets, puisque la chose, dans sa vérité, est la
causalité ou mouvement, et rien d’autre (rien en dehors d’elle, en effet, ne constitue un objet de notre penser ; la « chose » ne s’ajoute pas à la causalité qui, seule, est pensée en vérité)

Il est donc absurde de mettre, à son tour, la causalité ou mouvement en relation avec les choses, en tant que non causalité ou non mouvement, et Hume n’aurait pas pu parler de la succession de la cause et de l’effet, car la cause est
la cause saisie dans l’effet (et rien d’autre), et elle ne fait qu’un avec l’effet ; c’est pourquoi la production de l’effet cesse avec la cause – certes, pas l’effet déjà produit, mais tel qu'il se poursuit ultérieurement en devenant cause à son tour, et ainsi de suite. Que la causalité soit la succession apparaît même caduc et erroné pour cette raison car, en admettant son exactitude, on devrait conclure de toute succession régulière qu'il s'agit d'une relation causale, mais ce n’est pas véritablement le cas.

A SUIVRE...

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article