« Euthanasie et philosophie [SUITE] »

Publié le par Sylvain Saint-Martory

Le 14 août 2008


Objet :

« Euthanasie et philosophie [SUITE] »

 

Monsieur Jean-Luc Romero

Président de l’A. D. M. D

50, rue de Chabrol

Fax : 01 48 00 05 72
Courriel :

infos@admd.net

 

 

Monsieur,

 

 

Le retard, que j’avais pris dans l’enregistrement de divers textes de presse, me fait découvrir fort opportunément, à l’instant, l’article de Violaine de Montclos, publié par l’hebdomadaire Le Point dans son numéro 1805 du 19 avril 2007, sous le titre « Lobbying. Les vraies raisons des militants de l’euthanasie »

 

J’y relève notamment une déclaration publique de Nicolas Sarkozy, faite le 11 février 2007 à propos de l’euthanasie, dans laquelle il tient les propos suivants, dénués alors de toute ambiguïté :

 

 « On ne peut pas rester les bras ballants face à la souffrance d'un de nos compatriotes qui en appelle à ce que ça se termine. »

 

Vous pouvez juger comme tout un chacun de la contradiction entre les paroles d’hier et la teneur de la récente lettre adressée à Rémy Salvat, qui, devant le refus avéré d’assistance, a été conduit à se suicider, par crainte de ne plus en avoir plus tard la capacité physique, puisque son état ne pouvait qu’empirer.

 

Toutefois, dans un souci d’égalité entre les deux candidats du second tour de l’élection présidentielle, je me dois de rapporter aussi les propos tenus, alors, par Ségolène Royal, vous écrivant, selon l’auteur de cet article, le 16 mars 2007 :

 

« Je veux que nous allions courageusement au bout du débat pour pouvoir mettre en place, comme l'ont fait d'autres pays européens, une législation qui permette d'apaiser les souffrances les plus intolérables.»

 

Tout semble donc aller pour le mieux dans l’accord entre la gauche et la droite sur la question de l’euthanasie, alors pourquoi attendre plus longtemps pour légiférer  dans le sens de nos voisins belges, helvétiques et néerlandais ?

Pour accélérer la démarche, il ne vous reste donc plus qu’à soulever le lièvre de la contradiction de l’un et du silence de l’autre, aujourd’hui, pour le plus grand profit, si je puis dire, des infortunées personnes qui se trouvent dans des cas identiques à ceux de Vincent Humbert, de Chantal Sébire et de Rémy Salvat, afin de mettre un terme définitif à l’hypocrisie de tous les bienpensants inspirés par de nobles sentiments, mais se cachant volontairement l’immense souffrance physique et la grande détresse morale vécues par d’autres.

 

Un deuxième point de l’article, toutefois, me conduit  à m’interroger sur l’accusation portée contre votre association - certes par des opposants acharnés de l’euthanasie. Ils vous soupçonnent ouvertement de vouloir élargir le suicide assisté au cas le plus ordinaire de volonté d’en finir avec la vie, c’est-à-dire même si la personne ne se trouve pas dans une situation de dépendance comparable aux cas mentionnés, et si elle souhaite donc seulement adoucir la manière d’affronter sa mort pour la rendre indolore et imperceptible, ce que je peux tout à fait comprendre.

 

Je vous avoue que je n’en crois pas un mot, mais dans le cas contraire, je ne saurais soutenir, intellectuellement et philosophiquement, votre action, car cela n’a rien à voir, selon moi, avec l’intention d’une personne de mourir dans la dignité, mais qui en est incapable. C’est pourquoi, dans la controverse légitime actuelle sur l’euthanasie, une mise au point publique claire et nette semble indispensable pour ne pas noyer le poisson, et faire ainsi le jeu de faiseurs d’opinion hostiles à l’euthanasie, qui en profiteraient pour repousser, une fois de plus, le débat public à la saint Glin-glin.

 

Dans cette éventualité, je vous remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

 

Annexe :

 

Publié le 19/04/2007 N°1805 Le Point

Lobbying - les vraies raisons des militants de l'euthanasie

L'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) veut légaliser l'euthanasie. Mais son vrai combat ne serait-il pas en faveur du suicide assisté ? Violaine de Montclos



Extrait d'une lettre signée Ségolène Royal, adressée le 16 mars au président de l'ADMD, l'Association pour le droit à mourir dans la dignité :

« Je veux que nous allions
courageusement au bout du débat pour pouvoir mettre en place, comme l'ont fait d'autres pays européens, une législation qui permette d'apaiser les souffrances les plus intolérables.»


Déclaration publique de Nicolas Sarkozy, prononcée le 11 février, qui fit sursauter son propre camp politique :

« On ne peut pas rester les bras ballants face à la souffrance d'un de nos compatriotes qui en appelle à ce que ça se termine.»



Les bras ballants, alors que la France vient précisément de se doter, en 2005, de la loi Leonetti sur la fin de vie ?


Gérard Payen, à la tête de l'ADMD depuis deux ans, a toutes les raisons de sourire en cette veille d'élection : depuis vingt-six ans que son association alimente et orchestre le débat sur l'euthanasie, elle n'a jamais été aussi près du but. En 2005, l'ADMD était autorisée par le ministère de la Santé à siéger dans les commissions d'usagers des hôpitaux : incroyable victoire, pour un groupe de pression pro-euthanasie, que cette entrée officielle au sein du monde hospitalier. En 2007, elle vient de réussir à imposer le sujet pour la première fois dans une campagne présidentielle et espère récolter enfin les fruits de près de trente ans de lobbying. « On dirait que les jeux sont faits », soupire Paula Lamarne, philosophe et spécialiste des questions de fin de vie. Dans les locaux du siège parisien, les militants sont en surchauffe à l'approche de l'élection présidentielle. Pour profiter de la campagne en engrangeant de nouvelles adhésions, l'association a embauché deux CDD en plus de ses cinq salariés. Mais des voix s'élèvent pour protester contre la façon dont cette association a « usurpé » ce qui devrait être un débat de fond. Et pour dénoncer les ambiguïtés de son discours.


Le petit « Livre blanc » de l'ADMD, envoyé dès janvier à des milliers d'exemplaires aux politiques et aux médias, « pour faire du tam-tam et imposer le sujet aux présidentiables », dixit Gérard Payen, est à lui seul un bijou d'ambiguïté. Les témoignages qui y sont reproduits font l'effet d'un coup de poing : cas d'acharnement thérapeutique, réanimations inutiles, agonies interminables, non-respect de la volonté des patients... Le procès fait à la médecine contemporaine, et aux fins de vie inhumaines qu'elle impose, est tellement accablant que l'on ne distingue pas le tour de passe-passe qui s'opère. « A l'acharnement thérapeutique qu'ils ont raison de dénoncer ils répondent par l'euthanasie. Réponse inappropriée et dangereuse », estime Suzanne Rameix, directrice du département d'éthique du CHU Henri-Mondor.


Dans son bureau de la Pitié-Salpêtrière, Louis Puybasset, responsable du service de réanimation neurochirurgicale, frappe du poing sur la table. « La très grande majorité des cas exposés dans ce livre relèvent de la maltraitance médicale. On ne va quand même pas répondre aux fautes de la médecine contemporaine en supprimant les patients ! La demande euthanasique peut, c'est vrai, être générée par notre pratique de la médecine. Il faut donc appliquer la loi Leonetti, qui nous donne les moyens de laisser mourir, et s'interroger, en réanimation, sur la question de la proportionnalité des soins. » Derrière les baies vitrées du service, des patients dans le coma reposent les uns à côté des autres, interrogeant de leur présence énigmatique le sens de cette médecine de pointe qui les a réanimés. Certains se relèveront. D'autres auront été prolongés pour rien. « Ce sont des questions difficiles. Le fait que l'ADMD utilise cette souffrance pour servir sa cause est malsain. »


Que cherche l'ADMD ? Officiellement, passer du « laisser mourir » instauré par la loi Leonetti à une aide active au décès, « mais en restant dans le cadre très strict de cette loi : lorsqu'il n'y a plus aucun espoir thérapeutique et que le patient est en fin de vie », précise nerveusement le président. En ce temps crucial de campagne présidentielle, Gérard Payen s'escrime à imposer cette ligne officielle. « N'écoutez pas ceux qui vous disent autre chose. Il existe au sein du mouvement des options différentes, mais notre ligne est claire. » Sauf que le texte fondateur de l'ADMD, une tribune de l'écrivain Michel Lee-Landa, publiée dans Le Monde en novembre 1979, dont les photocopies sont à disposition à l'accueil de l'association, ne réclame pas autre chose que le droit de choisir sa mort, son moment, ses modalités. Un texte bouleversant mais qui revendique de façon claire le droit au suicide assisté, que l'on soit malade ou bien portant. Vision fascinante d'une déchéance conjurée, d'une agonie zappée, d'une mort devancée. C'est grâce à cette tribune que l'association s'est constituée en 1980 et a réuni ses premiers fonds en vendant à ses adhérents, pour 50 francs, un « Guide de l'autodélivrance ». Une sorte de mode d'emploi du suicide, interdit quelques années plus tard. Régine Grassano, trésorière de l'association, compte le nombre d'administrateurs de l'ADMD qui se sont suicidés. « Au moins cinq. » Malades en phase terminale, grabataires, victimes d'agonies sans fin ? « Pas du tout. Celle-ci ne voulait pas imposer sa vieillesse à ses enfants. Celle-là n'avait simplement plus le goût à la vie. » Comment ne pas s'étonner encore de voir figurer, dans ce petit livre blanc censé défendre une euthanasie réservée à des cas exceptionnels, Claire Quillot, l'épouse du sénateur Roger Quillot, et Mireille Jospin, la mère de l'ancien Premier ministre, parmi les marraines de l'association ? Parce que l'une ne souhaitait pas survivre à son mari, parce que l'autre désirait préparer ses enfants à son propre départ, ces deux femmes se sont donné la mort. Un geste que l'on peut juger magnifique. Mais qui porte un nom : suicide. Et qui n'est heureusement pas un délit. Mais quel rapport avec le débat sur l'euthanasie ?


Il ne faut d'ailleurs pas les pousser beaucoup
pour que les cadres de l'association révèlent leur rêve conjuratoire : avoir à leur disposition un pistolet chimique. « J'ai ce qu'il faut si besoin, et je sais déjà que ce sera face à la pointe du Raz », sourit Gérard Payen. Le sénateur Henri Caillavet, qui fut le président de l'association durant huit ans et qui en est aujourd'hui le président d'honneur, est tout aussi limpide : « Oui, je crois que la société devrait pouvoir aider à se suicider un individu qui estime avoir fait son temps. Ce serait un progrès considérable.» Avant de préciser : « Mais je parle en mon nom, pas en celui de l'ADMD. » Aussi légitime que soit cette revendication, l'immense ambiguïté de l'association est d'avancer masquée. Dans son unité de soins palliatifs de l'hôpital de Puteaux, Bernard Devalois, président de la Société française de soins palliatifs (SFAP), ne décolère pas : « Le rêve de cette poignée de militants ne correspond sûrement pas à celui de leurs 42 000 adhérents. Ni le corps médical, ni surtout les malades ne doivent être entraînés sur ce terrain. »


Les opposants de l'ADMD montent au créneau avec retard, victimes d'une polarisation du débat qui les a desservis. Aucun cadre de l'association ne manque en effet de rappeler son engagement dans la lutte pour la légalisation de l'avortement. Certains en ont été des figures, comme Henri Caillavet. Tous établissent en permanence le parallèle. « Il s'agit du même souci de maîtriser son destin individuel, s'enflamme Claude Hury, secrétaire générale de l'association. Et nous rencontrons les mêmes opposants qu'à l'époque. » D'un côté le progrès, de l'autre le conservatisme. La partie est gagnée d'avance. « Sauf que le débat n'a rien à voir, dit Devalois. Il y a parmi leurs opposants des associations Pro-Life, mais il y en a beaucoup d'autres, qui ne sont ni dans la croyance ni dans l'idéologie et qui ne sont nullement contre l'avortement. »



Pour le président de la SFAP, la grande victoire de l'ADMD est d'avoir capté, aux yeux de l'opinion publique et au profit de la légalisation de l'euthanasie, le concept de « dignité ». Qui ne souhaite pas « mourir dans la dignité » ? Encore faut-il s'entendre sur le sens du mot. « Dans nos sociétés solidaires, un homme est digne parce qu'il est un homme. Même grabataire. Même laid à regarder parce qu'il approche de la mort. La dignité n'est pas un concept mouvant qui serait fonction du regard de l'autre », insiste Devalois. « Dire qu'un homme est digne parce qu'il est homme n'est pas une croyance religieuse, mais un concept démocratique et républicain », rappelle encore Suzanne Rameix, qui renvoie à ce passage de la tribune de Michel Lee-Landa : « Pas pour moi, le destin de grand-mère sourde et aveugle, qui parle par petits bruits effrayés et qui ne quittera son lit que pour sa tombe. Pas moi, le radoteur, le gâteux, le grabataire, qui ne contrôle même plus ses sphincters, dégage une puanteur atroce, et dont les fesses ne sont qu'une plaie vive. » Et Suzanne Rameix d'interroger : « A quoi ressemblerait une société qui encouragerait un semblable regard sur la vieillesse et sur la mort ? »



C'est sans doute en croyant lire dans les yeux
de ses patients ce « sentiment » d'indignité que l'infirmière Christine Malèvre, condamnée en 2003 à douze ans de détention pour assassinat, en a supprimé six. Au tout début de l'affaire, l'ADMD a fait de cette femme son Antigone, la soutenant au point de lui faire parvenir, selon Régine Grassano, 470 000 francs au nom de ses adhérents. Avant de faire prudemment marche arrière : « C'est pour éviter ce genre de dérives que nous voulons une loi », dit aujourd'hui Gérard Payen. Contredisant Henri Caillavet, qui admet avoir demandé aux « trois favoris de l'élection » de gracier l'infirmière. Cette précipitation à soutenir publiquement Christine Malèvre, avant de s'en mordre les doigts, révèle bien la stratégie de l'association : mettre l'opinion sous pression, à travers des cas surmédiatisés, afin de faire avancer la cause. Le rôle joué par l'ADMD dans l'orchestration médiatique du décès de Vincent Humbert reste à élucider. Marie Humbert prend en tout cas aujourd'hui ses distances avec l'association. « Je les ai rencontrés avant le décès de Vincent. Ensuite, j'ai quitté la France pendant six mois et ils ont plaidé ma cause. Ils m'ont soutenue, m'ont payé des déplacements, je leur en suis très reconnaissante, mais je ne partage pas du tout leurs options », confie-t-elle.



A la veille de l'élection, Régis Aubry, président du Comité de suivi du développement palliatif, se désole de la tournure prise par le débat. « Toute demande euthanasique est légitime, mais tant qu'on ne prendra pas ses distances avec ce lobbying, tant qu'on ne sortira pas de la vision binaire "pour ou contre une loi sur l'euthanasie", tant qu'on ne se rendra pas compte qu'il est utopique de demander à la loi de supprimer le tragique de la mort, on usurpera le débat de fond. J'en veux beaucoup à nos politiques d'être tombés dans le piège. »


 

Que dit la loi ?



Votée à l'unanimité le 22 avril 2005, la loi sur la fin de vie, proposée par le député UMP des Alpes-Maritimes Jean Leonetti, instaure un droit au « laisser mourir ». Désormais, lorsque les soins médicaux apparaissent inutiles, disproportionnés ou n'ayant d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris. D'autre part, le médecin est autorisé en dernier recours à utiliser un traitement contre la douleur pouvant provoquer la mort du patient. Dans ce cas, il doit bien sûr avertir le patient ou prévenir sa famille ou la personne de confiance désignée par le malade.



Enfin, un patient, même s'il n'est pas en fin de vie, a le droit de refuser un traitement. Le médecin doit toutefois l'informer des conséquences et tenter de le convaincre d'accepter les soins.

Reste interdite l'euthanasie active, c'est-à-dire l'injection d'un produit en vue de provoquer la mort et l'aide au suicide.



En clair, si la loi Leonetti récuse l'acharnement thérapeutique, elle ne légalise pas pour autant l'euthanasie, comme c'est par exemple le cas en Belgique V. d.-M.

 

 

 

 

 

 

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