Explication causale : Spinoza contre Kant [FIN]

Publié le par Sylvain Saint-Martory


En tout cas, toutes les anciennes explications causales des cas particuliers ne sont en rien plus risibles que la reconduction en bloc de tous les détails à Dieu, en tant que cause absolue, ou plus risibles que l’extrapolation du relatif à l’absolu dans le penser causal, et elles ne sont pas plus risibles que les explications morales et que les explications scientistes selon la toute nouvelle causalité moniste de la théorie évolutionniste. Certes, ils seraient peu nombreux à l’admettre, et ils ont aussi des raisons, c’est pourquoi, dans leur auto-approbation,  ils ne l’admettent pas et ne considèrent pas ces explications comme  très sérieuses.

Nous, par contre, ne les considérons pas ainsi, car nous connaissons également la superstition moderne et ses raisons superstitieuses comme l’ancienne avec ses raisons, c'est pourquoi les chrétiens et les monistes se trouvent chez nous sur la même liste. Le monisme matérialiste fondé sur la théorie de l’évolution est aussi la croyance en un absolu fictif, il s’appuie sur un principe d’expérience causale miraculeuse, et ce que j’ai dit des chrétiens du Moyen-âge, à savoir qu’ils ne faisaient aucune différence entre raison et absurdité, est également valable pour les monistes modernes. En fin de compte, les gens du Moyen-âge avaient pareillement des domaines du penser, dans lesquels ils suivaient simplement la raison et la causalité raisonnable – sans cela ils n’auraient pas pu vivre.

Et si les monistes réservaient leur absurdité seulement à leur penser ultime le plus élevé, leur penser ne serait toujours pas amélioré pour autant, et on devrait continuer à dire de lui qu’il ne fait pas la différence entre raison et absurdité, car faire cette distinction appartient véritablement au penser. Mais il n’en va pas ainsi, et les monistes appliquent leur principe de croyance à tous les cas particuliers, ou plutôt tous les cas particuliers de la Nature leur confirment leur principe de croyance,  exactement comme il en allait chez les chrétiens avec leur principe propre.

La science elle-même, en tant que totalement pratique, qu’elle soit plus ou moins développée maintenant, n’a absolument rien à faire avec cette croyance, c’est-à-dire avec la conviction de ses représentants ; nous en mesurons clairement la vérité au fait que ceux-ci se sont accordés avec la superstition aussi bien dans sa forme religieuse que dans sa forme métaphysique, et jusqu’au 19e siècle les physiciens étaient de croyance chrétienne,  désormais ils sont monistes. Dorénavant, tous les phénomènes de la Nature leur prouvent aujourd’hui la nouvelle croyance comme elle prouvait l’ancienne autrefois. J’ai déjà indiqué qu’Athanasius Kircher a fourni 6561 preuves de l’existence de Dieu, et il doit y en avoir au moins autant pour le monisme évolutionniste. Nous vivons aujourd’hui la transition entre la croyance des chrétiens et celle des monistes, et c’est pourquoi nous trouvons nos gens partagés : les uns croient ces preuves, les autres, celles-là ; les uns sont chrétiens, les autres sont monistes – et Héraclite dit : les pensées des humains sont des jeux d’enfants !

 

Quelle sorte de croyance en une explication causale miraculeuse est-ce, ce sur quoi s’appuie ici le penser… non, les monistes n’ont pas vraiment de raison de se moquer des chrétiens. Celui qui voudrait rire des anciennes explications et peut en rire comme un sage, mais pas comme un fou, serait en droit de le faire, dès lors qu’il serait complètement délivré de cette croyance en une explication absolue de la causalité, et s’il était réellement en mesure de ne plus penser de causes miraculeuses derrière le mécanisme des choses, au moyen de quoi émerge ce qui est nouveau dans le monde des choses.

Il saisirait, au contraire, que les causes coïncident avec le mouvement des choses et leurs résultats, et que la causalité n’est rien d’autre que le rapport des mouvements de choses ; et ce, s’il avait complètement éliminé de son penser la constante distinction entre le mouvement et les choses, et en même temps la distinction incessante des causes du mouvement, et si toute causalité était saisie comme étant le mouvement à l’intérieur des choses, c’est-à-dire d’un mot : en tant qu’explication relative, tout à fait différente de ce que l’on entend habituellement par explication causale –  derrière elle, en effet, se cache toujours l’idée d’une explication absolue.

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