Bernard-Henri Lévy : « TOUT et n'importe quoi » !

Publié le par Sylvain Saint-Martory

Le 19 mai 2008

 

 Objet :

« Ayaan Hirsi Ali, islam, islamisme, islamophobie, "maoïsme" et boycott »

 

Monsieur Bernard-Henri Lévy

Le Point
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 Monsieur,


Contraint de monologuer et de me rabâcher, depuis des années, en raison de votre lâcheté et de votre malhonnêteté intellectuelles avérées par une quinzaine de lettres toujours sans réponse à ce jour, je ne peux cependant  laisser passer sans réagir très vivement vos remarques admiratives sur l’islam et le Coran durant l’entretien accordé par Ayaan Hirsi Ali à Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, le 11 février dernier, ni certains bloc-notes publiés dans l'hebdomadaire Le Point [Cf. n°1853 du 20 mars 2008 « Le Tibet, la Chine et l'arme du boycott », et n°1855 du 3 avril 2008 « Boycott, oui, islam et islam »]

 

Ces interventions, s’ajoutant à beaucoup d’autres déjà dénoncées de longue date, me donnent l’occasion de condamner tout particulièrement, une fois de plus, la teneur « antiphilosophique » générale de votre discours superstitieux, notamment moralisateur, et d’établir l’incohérence d’une pensée qui se caractérise par l’expression de « TOUT et n’importe quoi » – sauf à vous, bien entendu, de démontrer le contraire à l’aune de vos multiples prises de position contradictoires depuis l’époque de vos illusions maoïstes de jeunesse, lorsque le sort du Tibet et des Tibétains semblait bien être le dernier de vos soucis dans vos rêves révolutionnaires ! ! !

 

J’ai beau chercher dans vos multiples interventions tous azimuts une quelconque cohérence directrice, qualité par excellence de tout véritable penseur, j’en viens même à en trouver davantage chez l’islamiste le plus radical, dès lors qu’il défend la parole de son Dieu - fut-ce une vérité superstitieuse ! Empiler à longueur de temps des affirmations partisanes, notamment communautaristes, ne suffit pas à forger une pensée exempte de contradictions et d’incohérence, susceptible de guider ses contemporains, comme ce devrait être le rôle d’un philosophe digne de ce nom ! ! !

 

Avant d’en venir au sujet, je me dois, pour la clarté de l’exposé, de vous rappeler - pour la énième fois ! - en quoi la superstition est la conséquence du péché originel de notre entendement pratique. Ce dernier a, non seulement le défaut inné de prédisposer à la généralisation pour la raison déjà exposée par Spinoza, mais surtout d’« absolutiser le relatif » en renvoyant à l’Idéal le moindre de nos concepts pensés, ainsi que l’a exprimé Platon. Absolutiser le relatif consiste à faire passer fictivement pour « absolu », pour certitude absolue, le contenu seulement relatif pensé dans et sur (à propos de) notre monde par notre premier genre de connaissance.

 

Or cette faculté de notre penser nous sert seulement à vivre, à nous orienter dans notre monde des choses, grâce à sa capacité de penser en concepts génériques des images représentatives, mais aussi des abstractions notamment scientifiques (causalité, doctrine du mouvement, atomisme, etc.), ce que Spinoza nomme respectivement imaginatio et ratio.

 

Toutefois, ce penser pratique, selon la formulation de Brunner, ne nous est d’aucune utilité pour penser « vraiment », c’est-à-dire sur fondement d’Absolu, ainsi que le font les mystiques authentiques, tels le Bouddha et le Christ dans leur Parole non pervertie par la superstition religieuse qui a fait d’eux les fondateurs d’une religion, et les vrais philosophes de l’UN absolu et éternel, parmi lesquels Socrate, Platon, Giordano Bruno, Spinoza et Brunner – sauf à vous, bien entendu, d’établir le contraire !

 

Seul notre penser superstitieux nous fait prendre des vessies pour des lanternes, c’est-à-dire mélanger le relatif et l’Absolu, la réalité quotidienne et l’Idéal – la théorie et la pratique, en somme ! Ce penser s‘exprime dans la religion, toutes religions confondues – monothéistes ou non -, dans la métaphysique [Scientisme matérialiste contemporain - allant même jusqu’à croire au miracle de pouvoir régler « sur mesure » le climat de la planète pour l’éternité ! -, et scolastique idéaliste ou spiritualisme des Descartes, Kant et autres « philosopheurs »], dans l’idéologie, toutes les idéologies sans exception – illusion altermondialiste incluse -, et dans le moralisme [Morale et condamnations moralisatrices des Autres au nom de LA Morale : laquelle ? !], tous catéchismes réunis, y compris le catéchisme soi-disant universel contemporain ou Déclaration universelle des droits de l’homme, dont seule l’inobservation est réellement universelle – sauf à vous ou à quiconque d’établir le contraire à l’aune de l’actualité internationale et du devenir du monde depuis bientôt six décennies !

 

Ceci étant précisé, votre constante confusion volontaire des facultés de notre entendement, entretenue par un silence obstiné pour servir vos intérêts de toutes sortes, individuels et communautaristes, suffit à vous récuser la qualité de véritable penseur. Lui, en effet, distingue radicalement le relatif pensé  - c’est-à-dire le contenu pensé dans et sur notre monde par notre entendement pratique -, de l’Absolu ou Idéal pour la simple raison que ce dernier n’est définitivement pas de ce monde – cf. ce propos du Christ : « Mon royaume n’est pas de ce monde » -, et  il n’y sera jamais transposable !

 

Pourtant, les rêveurs et autres « croyants au miracle », la quasi-totalité des humains en somme, ne désespèrent pas de transposer l’Idéal dans le quotidienDEMAIN certes, toujours DEMAIN, seulement DEMAIN ! -, ainsi qu’il en va avec les promesses de la superstition idéologique. Vous appartenez indiscutablement à cette catégorie, puisque, loin de dénoncer comme étant une aberration intellectuelle et philosophique le soi-disant « ordre juste » de l’ex-candidate socialiste, vous l’avez même soutenue dans cette sornette – vous avez dit « philosophe » ? ! Encore faudrait-il pour cela que vous ayez au moins l’honnêteté et le courage intellectuels de défendre vos points de vue  superstitieux afin de leur donner un semblant de crédibilité ! ! !

 

Les jugements moralisateurs à propos de tout, et particulièrement aujourd’hui en matière de racisme et d’antisémitisme, témoignent également que les censeurs fondent leurs condamnations moralisatrices sur la croyance que l’Idéal « en soi » ferait partie de notre monde. En effet, les censeurs autoproclamés, chiens de garde de LA Morale, jugent les Autres au nom de l’Idéal, comme si c’était réellement le cas - et surtout, afin de légitimer d’être ses porte-parole, comme si eux-mêmes lui étaient en tout point conformes !

 

C’est seulement sur cette aberration intellectuelle et philosophique que se fondent toutes les condamnations moralisatrices en général, et les vôtres en particulier, tandis que les pauvres humains n’en peuvent mais de ne pas être en tout point semblables à l’Idéal dicté par les censeurs et les donneurs de leçons de morale aux Autres - voire imposé par le terrorisme intellectuel de l’époque, qui confond l’Idéal, la théorie, avec la pratique, à savoir la réalité de notre nature humaine égoïste, à laquelle n’échappe aucun des six milliards d’humains - hypocrites, inconscients et censeurs inclus : ce sont les mêmes !

 

Sur ce dernier point, bien que réduit au silence face à l’Absolu ou Idéal, vous n’en poursuivez pas moins l’œuvre funeste de la superstition moraliste en colportant ses mensonges et ses « croyances au miracle » résultant des trois fictions sur lesquelles elle se fonde - sans avancer pour autant le moindre argument contraire à mes propos ! Mélanger l’Absolu ou Idéal et le relatif conduit nécessairement à tomber dans les divers modes d’expression de la Superstition, ainsi que je pense l’avoir établi à votre encontre dans ma lettre du 11 février 2005, qui avait pour objet « Bernard-Henri Lévy : incarnation de la Superstition », adressée à votre intention aux Editions Grasset – toutefois, il ne vous est toujours pas interdit de démontrer le contraire !

 

Qu’il y ait aujourd’hui comme hier, et assurément demain, pléthore de soi-disant intellectuels et de pseudo-philosophes tels que vous pour colporter des mensonges et des « croyances au miracle » fondés sur le seul penser superstitieux suffit à établir que notre époque, bien qu’elle se croit au comble du modernisme des idées, est en réalité au summum du conformisme superstitieux, tant en matière de religion, que d’idéologie et de moralisme – sauf à vous ou à quiconque de démontrer le contraire, car, personnellement, je pense l’avoir établi, de manière incontestable, dans les centaines de pages, forcément répétitives, toujours à votre disposition !

 

Que notre époque soit aussi obscurantiste que ses devancières, ainsi que les siècles suivants en jugeront à l’aune de notre propre examen du passé, ne devrait faire aucun doute pour quiconque au seul vu des prétendues élites d’aujourd’hui dénoncées dans le texte annexé, Mensonges et lâcheté des élites. Assurément, profitant toutes du système médiatique, elles ne vont quand même pas s’entre-dénoncer sur le plan philosophique, et c’est pourquoi leurs débats d’idées se limitent toujours seulement à opposer - « à l’infini » ! - des points de vue relatifs partisans à d’autres, tout aussi relatifs et partisans, mais jamais à les confronter, TOUS sans exception à LA Vérité absolue, qui suffit à les invalider !

 

Et c’est ainsi que ces soi-disant élites peuvent continuer, tout en se contredisant, à bénéficier d’un immense crédit dans une opinion portée par nature plus à croire qu’à réfléchir - donc incapable de mettre en lumière leurs mensonges et leurs « croyances au miracle » de toutes sortes ; certes, la diversité des opinions est légitime en démocratie, mais elle ne justifie pas qu'elles soient aussi mensongères les unes que les autres, car seulement partielles, mutilées et partisanes l

 

En conséquence, aussi longtemps que vous refuserez d’examiner sur le fond les mensonges et les « croyances au miracle » de la Superstition dans ses divers modes d’expression en exposant vos objections rationnellement et philosophiquement étayées, je serai légitimé à vous accuser, ainsi que tous les faiseurs d’opinion dénoncés, de mentir, de manipuler et de tromper l’opinion.

 

Les  mensonges de la Superstition sont d’autant plus éhontés qu’ils ont valeur d’éternité par refus de débattre, puisque sans aucune chance d’être démentis publiquement, et ils sont d’autant plus graves qu’ils servent à légitimer vos constantes condamnations moralisatrices partisanes, qui font culpabiliser la France et les Français au nom d’un passé révolu de plusieurs décennies, voire de plusieurs siècles. Assurément, se présenter devant l’opinion en « vertueux », en représentant de l’Idéal sur Terre, est très pratique pour dissuader quiconque de condamner ses propres turpitudes, par exemple les atteintes aux droits de l’homme au Proche-Orient, au Moyen-Orient, sur le continent africain, etc.

 

Ici et là sur la planète, en effet, les congénères des donneurs de leçons antiracistes d’ici s’entretuent à qui mieux-mieux dans d’interminables conflits interethniques, interreligieux ou autres, sans oublier les régimes dictatoriaux et corrompus qui y règnent – alors, vos leçons de morale, Messieurs les censeurs, merci de les réserver d’abord à votre propre usage !

 

Seuls votre refus de débattre sur les fictions du moralisme ainsi que le terrorisme intellectuel que vous faites peser sur la France et les Français en vertu de la loi du plus fort – financièrement, médiatiquement et politiquement ! - légitiment vos prises de position. Sinon, la confrontation de vos points de vue relatifs et partisans à LA Vérité absolue suffirait à établir les contradictions et l’incohérence de votre pensée, ainsi qu’il en va de vos propos sur la religion en général, et sur l’islam en particulier, tenus face à Ayaan Hirsi Ali.

 

Spinoza, en effet, a dû se retourner dans sa tombe, lorsque vous avez déclaré, sur un ton admiratif, à propos de l’islam et du Coran : « C’est une grande religion ; c’est un grand Livre ! » [SIC ! ! !] Vous avez vraiment de la chance de vivre dans un monde de « TARÉS », où la « débilité intellectuelle » de l’époque, a fortiori philosophique, est manifeste, et dans lequel n’importe qui peut affirmer n’importe quoi sans argumenter, tout en passant pour un esprit brillant et éclairé.

 

C’est le cas de vos propos parlant d’un prétendu « islam des Lumières », comme si le Dieu superstitieux des religions n’était pas un gouffre de contradictions, de la promesse d’établir un ordre juste, et affirmant qu’une quelconque chose humaine, fut-ce la colonisation, pourrait comporter « exclusivement » du contre, du négatif, des inconvénients ! ! ! [Cf. lettre du 12 décembre 2005, « Vérité coloniale officielle »]

 

De tels propos inconséquents tenus publiquement par quelqu’un, officiellement reconnu comme un philosophe, devrait conduire l’époque à s’interroger sur le niveau intellectuel et philosophique de ses faiseurs d’opinion, mais aussi de l’opinion elle-même. Car ce sont ces mêmes superstitieux qui décident d’un Bien et d’un Mal prétendument absolus, en dictant ce qu’il est absolument bien ou mal de penser, de dire et de faire aujourd’hui - sans s’encombrer pour autant des contradictions entre leurs paroles et leurs actes !

 

Pour revenir à l’islam, si Ayaan Hirsi Ali, surtout préoccupée par l’oppression des femmes au nom de cette religion, réclamait une analyse critique du Coran, c’est qu’elle ignorait assurément, non seulement les propos de Spinoza dénonçant la superstition musulmane dans sa lettre à Albert Burgh [Cf. Correspondance, Lettre LXXVI], mais surtout la démonstration more geometrico d’Éthique I, où il établissait que le Dieu-créateur superstitieux est incompatible avec ce que lui-même nomme Dieu ou substance. En effet, la Vérité absolue est UNE, unique, et pas « deux » comme dans les diverses formes de la Superstition - forcément, puisque « deux » absolus, c’est une « impossibilité absolue » par définition ! ! !

 

Qu’Ayaan Hirsi Ali ne connaisse pas la pensée de Spinoza est une chose, mais que Bernard-Henri Lévy, médiatiquement reconnu comme philosophe – fut-ce à tort ! -, n’en tienne aucun compte, c’est une toute autre histoire, car vos louanges sur l’islam vous mettent en porte-à-faux avec la philosophie. Si vous le contestez, je vous mets au défi, en raison de l’incompatibilité dénoncée, de soutenir que l’islam est une grande religion et de démontrer en même temps que vous seriez « réellement » un philosophe !

 

D’ici-là, en biaisant sur le fond, vous manipulez et trompez l’opinion, sans développer ici l’argumentation philosophique de Spinoza démontrant l’impossibilité absolue par définition de la coexistence de « deux » absolus, que vous ne pouvez prétendre ignorer sans vous récuser vous-même un statut de philosophe, dont vous jouissez indûment dans une société en rien moins obscurantiste que les précédentes - voire davantage, à en juger par les milliards de fidèles des religions monothéistes, auxquels s’ajoutent aujourd’hui, dans notre époque dite « moderne », les milliards de « croyants » en des idéologies promettant de changer le monde et les innombrables tenants du catéchisme des droits de l’Homme, tout aussi crédules ! ! ! C’est à se demander comment un philosophe reconnu peut aussi y croire « vraiment », ou si vous faites seulement semblant, ainsi que j’ai plus que tendance à le penser…

 

Pour résumer mon opinion sur vos propos concernant l’islam et le Coran, j’affirme qu’on ne peut pas parler d’un islam des Lumières, déclarer que c’est une grande religion et dire du Coran que c’est un grand Livre, tout en prétendant comprendre la « vraie » philosophie - sauf à être un « philosopheur », et non un philosophe !  

                       

 

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