SARKOZY : QUEL EST LE PROBLÈME ?

Publié le par Sylvain Saint-Martory

Le 10 mars 2008
 
Objet :
« Corps profane, corps sacré : schizophrénie, hypocrisie et pédagogie  » 
 
Monsieur Bernard-Henri Lévy
Le Point
74 avenue du Maine
75014 PARIS
Fax : 01 43 21 43 24
 
Monsieur,
 
Compte tenu de l’abondant courrier déjà adressé, mais toujours sans réponse à ce jour, je ne peux laisser passer sans réagir votre bloc-notes intitulé, « SARKOZY : QUEL EST LE PROBLÈME ? », publié dans le numéro 1851 de l’hebdomadaire Le Point du 6 mars 2008.

Assurément, votre texte a pu entraîner l’adhésion du premier lecteur venu, à commencer par celle de citoyens-électeurs grands rêveurs devant l’Idéal, et je ne saurais leur en vouloir, puisque je m’y suis aussi laissé prendre avant d’y voir clair. Par contre, la même indulgence n’est pas de mise envers de soi-disant intellectuels et pseudo-philosophes, dont vous faites partie, qui s’obstinent à colporter les mensonges et les « croyances au miracle » de la superstition idéologique et moraliste, entre autre. 

Du fait de m’en être déjà amplement expliqué dans le courrier évoqué, je me borne ici à rappeler que la Superstition en général, au sens ô combien précisé par Brunner, se caractérise dans ses divers modes d’expression [Religion, métaphysique (scientisme matérialiste et scolastique idéaliste), idéologie et moralisme] par l’absolutisation du relatif. Ce procédé, intellectuellement malhonnête et philosophiquement aberrant, consiste à confondre les facultés de notre entendement, à savoir le véritable penser spirituel et le penser pratique servant à vivre, et non à philosopher. 

De cette confusion des facultés résulte un penser superstitieux qui amalgame ce qui est absolu et ce qui est relatif : l’Idéal, la théorie, d’une part, et la réalité humaine, la pratique, de l’autre. Votre bloc-notes n’y échappe pas avec sa théorie des deux corps, à savoir le corps profane, la réalité, et le corps sacré, l’Idéal !
Cette confusion présente néanmoins nombre d’avantages pour les faiseurs d’opinion, puisqu’elle leur permet en pratique, aujourd’hui encore, malgré des millénaires d’histoire humaine, de faire croire qu’il serait possible d’introduire l’absolu dans le relatif, de transposer l’Idéal dans le quotidien ! Car il est toujours question d’Idéal dans vos promesses d’avenir radieux et dans vos condamnations moralisatrices au seul nom de l’Idéal – sinon de quoi ? ! 

Sûrement pas au nom du comportement observable des uns et des autres, tous les humains sans aucune exception ! ! ! Collectivement, en tout cas, tous les censeurs autoproclamés ainsi que vous-même êtes bien loin de symboliser l’Idéal, auquel vous vous référez implicitement sans cesse pour juger et condamner moralement, puisque tous soucieux, avant tout, de vos intérêts bien compris dans vos affaires égoïstes d’amour, d’argent et de gloire – je parle ici de tous ceux qui sont dénoncés dans le texte annexé, du seul fait de leur refus de débattre. 

Maurice T. Maschino ne s’y est d’ailleurs pas trompé, et c’est pourquoi il a pu écrire dans son ouvrage « Oubliez les philosophes ! » : « Les uns servent la philosophie, eux se servent de laphilosophie comme marchepied… », où il évoque les difficultés rencontrées pour faire publier son livre en France, à cause de l’obstruction, voire du chantage de certains, auprès de leur maison d’édition, et où il souligne les nombreux avantages substantiels résultant de cette conspiration du silence. 

Toutefois, je serais bien le dernier à vous reprocher votre « égoïsme » inné, tel qu’amplement précisé par ailleurs, auquel personne n’échappe - à commencer par moi -, si vous ne refusiez pas obstinément le véritable débat d’idées. Pourquoi, d’ailleurs, redoutez-vous tellement, les uns et les autres, de confronter vos points de vue « relatifs partisans » superstitieux à LA Vérité absolue, sinon par crainte d’avoir à renoncer à tant d’avantages indûment acquis, puisqu’établis seulement sur une réputation usurpée de philosophes et d’intellectuels ?

Un « vrai » philosophe, en effet, ne confond pas absolu et relatif, tandis que les « philosopheurs » terminent dans le « dualisme des absolus », comme il en va dans le Matérialisme et l’Idéalisme superstitieux qu’ils prennent pour de la philosophie. Or, « deux absolus », c’est une impossibilité absolue par définition, et c’est pourquoi la religion, avec son Dieu-créateur et sa création, est également une des formes de la Superstition !

Je me suis déjà tellement expliqué sur LA Vérité absolue, telle qu’annoncée au monde par d’authentiques mystiques (Cf. le Bouddha, le Christ, etc.) et par de vrais philosophes de l’Un (Socrate, Platon, Giordano Bruno, Spinoza, Brunner, etc.) que je me borne à attendre vos arguments philosophiques démontrant la fausseté de leurs affirmations sur l’Absolu. C’est d’autant plus impératif que chacun est en droit de se questionner sur votre propre doctrine philosophique, laquelle semble toujours à établir – le paradoxe de notre époque est précisément de passer pour philosophe sans jamais parler véritablement de philosophie !

Pour en venir au problème qui serait celui de Nicolas Sarkozy, vous avez recours à la théorie-théorème d’Ernst Kantorowicz (1895-1963), exposée dans ce que vous appelez un grand livre, un chef-d’œuvre d’histoire du Moyen Âge, à savoir Les deux corps du roi – Essai sur la théologie politique au Moyen Âge, et vous écrivez :

« Grossièrement résumée, elle consiste à dire qu’un souverain, quel qu’il soit, n’a pas un corps mais deux.

Ou, plus exactement, qu’un homme, à l’instant très précis où il accède au pouvoir suprême, voit son corps propre, son être, se scinder littéralement en deux.

D’un côté un corps ordinaire, Kantorowicz dit profane, qui ressemble à tous les corps, qui a les mêmes désirs qu’eux, les mêmes emportements, les mêmes passions.

De l’autre un corps sacré, détaché du manège des autres corps, aussi impassible que l’autre est passionné, aussi muet que l’autre est loquace et capricieux – un corps, sinon mystique, du moins mystérieux, immatériel, invisible, dont il et dit, tantôt qu’il a pour membre ses sujets, tantôt qu’il est de la même étoffe que l’institution plus grande que lui et qu’il incarne.

Et ce que conclut alors cette théorie ou, plutôt ce qu’elle suggère c’est que la question du pouvoir, de son exercice, de son prestige, est toujours une question de dosage : entre ce corps vulgaire et ce corps éthéré, entre ce corps périssable et ce corps sublime qui se confond avec l’Etat et en assure la perpétuité, les proportions peuvent varier, mais qu’il doit y avoir proportion, coexistence et proportion, est un principe qui n’est, lui, pas négociable.

Vu à travers ce prisme, le cas Sarkozy est simple. Trop de corps profane, pas assez de corps sacré. Un corps profane qui prend toute la place, qui avale le corps sacré.

Trop de chair, si l’on veut, trop de cette première chair, celle des passions ordinaires, de la jouissance commune – et une éclipse inédite, jamais vue sous aucun régime, de cet autre corps qui ne jouit pas, qui n’est pas sujet à la passion et qui, pour cela, impose distance et respect.

J'observe le président. Je l'observe, contrairement à d'autres de ses adversaires, avec une part de sympathie. Le problème ce n'est pas sa « vie privée » - François Mitterrand en avait une qu'il exposa, à la fin, de manière au moins aussi ostentatoire.

Ce n'est pas la « grossièreté » de tel propos - le « casse-toi, pauvre con » du Salon de l'agriculture est-il vraiment plus choquant que le coup de sang de Jacques Chirac, en 1996, au mur des Lamentations de Jérusalem ou que le peu convenable « chienlit » du général de Gaulle ?

Ce n'est même pas qu'il soit trop présent, trop en prise directe avec la politique de tous les jours - n'est-ce pas pour cela, après tout, et pour les qualités d'énergie qui sont supposées aller avec, que l'a choisi son électorat ?

Non. Le problème, le vrai, celui que sent confusément l'opinion et qu'elle ne lui pardonne pas, c'est d'avoir jeté par-dessus bord l'autre corps, le sacré, celui que, selon Kantorowicz, pensent et mettent en scène Dante, Shakespeare dans « Richard II » ainsi que les doctrinaires modernes du prince et de sa grâce ; le problème, le vrai, celui qui mine sa popularité et qui, demain, entravera son action c'est que cet homme par ailleurs si attentif, trop attentif, aux fameuses « racines chrétiennes » de la France devient soudain complètement aveugle à cette part d'héritage chrétien qui est, elle, pour le coup, l'indépassable limite à une laïcité pleine et entière ; on le sentait, cet autre corps, chez les Chirac, Mitterrand, de Gaulle ; on en devinait, en dépit de leurs vulgarités éventuelles, l'aura, la présence diffuse, la nostalgie ; chez leur jeune successeur, on ne sent plus rien - et c'est cela qui est tragique. 

Alors, peut-être la chose obéit-elle, dans son esprit, à une stratégie claire et consciente. Peut-être pense-t-il imposer ainsi une nouvelle figure du souverain qui, une fois de plus, romprait avec les usages. Et peut-être croit-il même avoir, ce faisant, une longueur d'avance sur des commentateurs qu'il méprise et qui s'engluent dans le passé - rira bien qui sondera le dernier.

Si tel est le cas, il se trompe. Car il y a passé et passé. Il y a un passé dont on fait table rase et un autre avec lequel on ne joue pas.

La théorie de Kantorowicz n'est pas une hypothèse mais un théorème - et à un théorème il n'y a, par définition, pas d'exception. » [Fin de citation]

La théorie des deux corps de Kantorowicz n’est pas baptisée sans raison théologie politique, car elle illustre comme la religion la confusion entre le relatif et l’Absolu : le corps profane étant le relatif, tandis que le corps sacré symbolise l’Absolu ou Idéal. Ce mot de Montand : « Ils croient au socialisme d’une manière religieuse, comme j’y ai cru moi-même d’une manière religieuse » vient, là, fort à propos pour montrer l’identité entre croyance idéologique et croyance religieuse, réunies dans leur annonce de paradis à venir sur la Terre comme au ciel.

Sur le fond, dire du corps sacré qu’il est « impassible, quasi mystique, mystérieux, immatériel et invisible », c’est désigner par-là l’Absolu, qui est à la fois l’Idéal. En conséquence, le prince ou le chef d’Etat serait censé devenir le symbole de l’Idéal, du seul fait d’accéder au pouvoir suprême – de simple mortel, il deviendrait l’incarnation de l’Idéal – vous avez dit « obscurantisme » ? ! Nous ne sommes plus au Moyen Âge, et les citoyens ne sont pas si désinformés, même s’ils sont conformistes, et davantage portés à « croire » qu’à réfléchir !

Parler ensuite de dosage n’a pas de sens, puisque chacun évalue, à sa manière, le « plus ou le moins » degré de dosage, c’est-à-dire seulement de manière « relative ». QUI, dès lors, est donc légitimé à trancher avec une autorité indiscutable entre les « plus et les moins » ceci ou cela ? C’est exactement le même problème qui se posait - et que je lui ai posé sans obtenir de réponse – avec la fallacieuse promesse de Ségolène Royal d’instaurer un soi-disant « ordre juste », que je ne vous ai pas entendu dénoncer, bien au contraire. 

Or, sauf à établir un ordre « absolument juste », un ordre juste idéal, « QUI ou QUOI », là aussi, serait légitimé à décider du « plus ou du moins » juste par rapport à une situation antérieure, sachant que les injustices n’auraient pas disparu ? Sans oublier que notre monde étant en perpétuel mouvement, tout n’y est que fugace, et donc, à peine éventuellement établi, cet ordre juste aurait aussitôt cessé d’être ! 

En somme, le reproche adressé à Nicolas Sarkozy devrait le conduire, s’il vous suivait, à se comporter en « hypocrite », à la manière de ses deux prédécesseurs qui, derrière leur masque impassible, étaient tellement censés incarner l’Idéal que le premier trompait les Français - « écoutés » - sur son état de santé, ainsi que son épouse publiquement bafouée, tandis que le second a aujourd’hui des comptes à rendre à la justice - vous avez vraiment une curieuse conception de l’Idéal, de son incarnation, tout au moins ! ! !

Ce n’est pas sans raison d'ailleurs que je parle de « conception de l’Idéal », ainsi que je l'avais déjà précisé en vain. Chacun sait bien depuis Platon, en effet,  que les idées, au sens platonicien du terme - notre monde et son contenu pensé, entre autres mondes -, c'est-à-dire le relatif, et l’Idée des idées, Idéal ou Absolu qui les inspire, ne sont pas à confondre. Certes, je conçois que c’est très dérangeant pour vos intérêts de toutes sortes de reconnaître que nous ne pouvons pas penser le moindre concept sans penser à la fois l’Idéal du concept pensé, mais sans jamais penser pour autant l’ « Idéal en soi ».

Effectivement, nous pensons seulement des concepts « idéalisés », comme, par exemple, homme et homme idéal, femme et femme idéale, liberté d’expression et liberté d’expression absolue ou idéale, égalité et égalité absolue ou idéale, justice et justice idéale, démocratie et démocratie idéale, etc., etc. Assurément, ils nous sont  inspirés par l’Idéal, Idée des idées ou substance spinoziste - sinon par quoi ? ! -, mais l’ « Idéal en soi » nous demeure définitivement inconnaissable, et à jamais non transposable dans le quotidien, malgré toutes les belles promesses des vendeurs de rêve et d’illusion, qui trompent ainsi sciemment leurs contemporains.

Ceci leur permet, toutefois, de passer pour des « élites » intellectuelles et philosophiques, voire politiques, aux yeux de l’opinion, et même de s’arroger le « monopole de la vertu », en raison de leurs jugements moralisateurs relatifs, à géométrie variable, rendus au nom de l’Idéal en soi, que personne n'incarne - forcément ! –, à commencer par ces « censeurs » ! 

Certes, c’est très « juteux » pour elles de faire et laisser croire à des foutaises pour faire culpabiliser les Autres au nom de l’Idéal ; comme si les donneurs de leçons de morale d’aujourd’hui à la France et aux Français, au nom des siècles et des décennies passés, étaient différents d’eux dans leurs comportements quotidiens - l’actualité au Proche et au Moyen-Orient ainsi que sur la quasi totalité du continent africain suffit à l’attester – en pire souvent ! ! !

Or les conceptions idéalisées ont une limite - celle qui sépare l’absolu du relatif -, comme  l’a montré récemment votre jugement sur le discours de Nicolas Sarkozy, à Dakar, à propos de l’homme africain. En effet, sur RMC info, vous avez pu faire prévaloir votre point de vue soi-disant « absolu » en prétendant que ce discours était « RA…CIS…TE » - pour souligner ici votre accentuation radiophonique. Or, quelques jours plus tard, un autre « philosopheur » de renom, Michel Onfray en l’occurrence, est venu affirmer exactement le contraire. Vous prenez bel et bien vos concitoyens pour des « billes », mais il ne vous est pas interdit de démontrer à Michel Onfray la fausseté de son affirmation – dommage que l’affrontement de vos  points de vue relatifs soit stérile, mais vous refusez toujours, les uns et les autres, de les confronter à l’Absolu, à LA Vérité absolue ! ! !

Pour en finir avec vos propos sur Nicolas Sarkozy, lui reprocher de ne pas être le président « idéal », en n’incarnant pas précisément l’Idéal, c’est comme lui reprocher de ne pas être « Dieu » descendu sur terre, et le modèle spirituel à atteindre - en somme, vous lui reprochez de ne pas être l’équivalent du Christ, cet humain qui, dans son amour universel, s'est le plus approché de l'Idéal, de l'idéal du Bien, tel que nous le concevons ! 

Face à tant d’outrance partisane, aujourd’hui, je ne vous ai jamais entendu dénoncer, hier, le passé pétainiste et colonialiste de François Mitterrand, dont les largesses vous ont été néanmoins très profitables, et c’est peut-être pourquoi il incarnait si bien l’Idéal à vos yeux ! 

A supposer que Ségolène Royal eut été choisie, aurait-elle incarné l’Idéal avec sa fallacieuse promesse, socle de sa campagne, d’instaurer un « ordre juste », que nul n’aurait jamais vu venir, eut-il dû vivre mille ans et davantage ? ! Ou faut-il absoudre ipso facto les mensonges de campagne, dès l’élection terminée, puisque l’élu incarne désormais l’Idéal, et devient ainsi « sans péché originel »? 

Ce ne serait pas une si mauvaise idée, en théorie, pour repartir sur de nouvelles bases, au lieu de se lancer constamment dans un lynchage médiatique systématique par comparaison entre paroles et actes, fut-ce au prix d’un SMS apparemment mensonger – dommage que cette proposition  relève seulement du domaine du rêve, de l'irréel ! Ce qui est moins irréel, c’est le décalage constamment constaté entre les promesses et les réalisations des marchands de rêve - toutes tendances idéologiques et tous régimes confondus…

Votre conception de l’Idéal d’un président de la République française est donc, non seulement rétrograde, puisque remontant aux rois de France et d'ailleurs, conformiste et en l’occurrence partisane, mais elle n’est que « votre » conception idéalisée relative, pas l’Idéal en soi, pas LA Vérité absolue ; elle a surtout le grand tort d’être instrumentalisée pour votre plus grand profit - même si vous n'hésitez pas pour cela à faire passer un juif pour raciste ! Certes, comme déjà souligné, les juifs, dans leur nature égoïste, ne sont pas différents des autres humains...

Par comparaison, je ne pense pas que les citoyens américains aient jamais exigé de leurs présidents, de John F. Kennedy à George W. Bush, d’être l’incarnation de l’Idéal. Seuls les « rêveurs » exigent des responsables politiques « exemplaires tout court », c’est-à-dire incarnant « absolument » l’Idéal – en règle générale, ils sont plutôt à gauche, puisque, comme cela est de notoriété publique, les « vertueux » sont tous de gauche !

Les démocraties scandinaves ne semblent pas procéder différemment à l’égard de leurs dirigeants, dont elles n’exigent sûrement pas d’incarner l'Idéal, donc d'être absolument « irréprochables » - ce serait incohérent au vu de nos propres comportements quotidiens, sauf à croire en une élection divine. Un philosophe, digne de ce nom, ne manquerait jamais de le souligner, si la superstition moraliste n’usait du terrorisme intellectuel d’Etat pour son plus grand profit !

Sans l’exonérer de maladresses de débutant, Nicolas Sarkozy a cru, au vu de l’air décontracté de l’époque, pouvoir briser l’image de président, monarque de doit divin, donnée par ses prédécesseurs, et se montrer ainsi, non seulement moins « hypocrite », mais plus proche de ses concitoyens – malgré quelques coûteuses bévues, non imputables toutefois au débit des contribuables ! Il n’a jamais prétendu être « irréprochable », ni plus ni moins que ses prédécesseurs, voire que chacun des humains. « Ça », c’est bon pour les hypocrites, ceux qui bavent sur quelqu’un pendant sa vie publique et qui s’empressent de lui trouver toutes les qualités, dès qu’il a disparu ou cessé ses fonctions - comme l’illustrent  les deux précédent chefs de l’Etat ! ! !

Il n’en demeure pas moins que des individus, ni plus ni moins irréprochables que tous les autres, s’érigent ici en juges et justiciers de l’Idéal, en gendarmes de la pensée unique « politiquement correcte ». Ce sont tous ceux qui, à la fois juges et parties,  décrètent ce qu’il est « absolument » bien ou mal de penser, de dire et de faire, puis jugent et condamnent en vertu de leur conception idéalisée de Bien et Mal. Or, leurs conceptions idéalisées de bien et mal constituent précisément les fictions de la superstition moraliste, devenue pensée unique - sauf à vous ou à quiconque d’établir le contraire ! 

Ici, je ne peux m’abstenir de rapporter ce que dit Valéry Giscard d’Estaing sur la pensée unique, dans ce même numéro de l’hebdomadaire Le Point, confirmant ainsi mes propos :

« En rédigeant ce bloc-notes, je cherche avant tout à me égager de l'étreinte
étouffante de la pensée unique. Parmi les grands changements de l’époque contemporaine, les bons et les moins bons, figure l’irruption dans notre mode de vie de la pensée unique. Indéfiniment répétée, mollement argumentée, fondée sur l’affirmation porteuse d’émotion plutôt que sur le raisonnement, elle rétrécit notre espace de pensée. A la ressemblance de l’Inquisition espagnole du XVIe siècle, elle dispose d’armes terribles p« En rédigeant ce bloc-notes, je cherche avant tout à me dégager de l’étreinte our se protéger : l’excommunication, la diabolisation et l’accusation de populisme. L’emploi de ce dernier argument est le plus surprenant. Il exprime la crainte de voir la foule populaire s’échapper du filet de la pensée unique. » [Fin de citation]

En conclusion, je profite des propos de l’ancien chef de l’Etat pour souligner que, s’il y a un problème Sarkozy, il faudrait peut-être se pencher aussi sur le problème Bernard-Henri Lévy. En effet, au vu de votre activité médiatique tous azimuts durant une trentaine d’années, je vois mal comment vous pourriez vous exonérer de votre participation à l’œuvre funeste de la Superstition en général, et de la superstition moraliste en particulier, dont la pensée unique est l’expression. A ce propos, je vous renvoie à ma lettre du 11 février 2005, transmise par télécopie à l’hebdomadaire Le Point ainsi qu’aux éditions Grasset, ayant pour objet « Bernard-Henri Lévy, incarnation de la superstition », et dont j’attends toujours la réponse.
 
Nombre de contemporains, et notamment les auteurs du livre, Une imposture française, se sont déjà penché sur votre influence, que je qualifie de néfaste, au vu de l’évolution de la France et de sa société depuis 1981, mais il serait très intéressant de sonder l’opinion pour savoir à quelle place elle vous situerait dans la liste des tenants de la pensée unique du jour, sachant que vous en êtes à l’origine et à la conclusion.

Toutefois, je préfère vous laisse imaginer - faute de mieux - un monde, où nul ne jugerait plus les Autres au nom de l’Idéal, ou plutôt de ce qu’il croit être l’Idéal en soi - un monde impossible, hélas, qui serait pourtant plus respirable que le monde nauséabond des bons et des méchants, des « vertueux » et des « salauds », des prétendus antiracistes et des racistes, fondé seulement sur de juteuses fictions à visée moralisatrice et sur l’hypocrisie généralisée – par peur des « censeurs » précisément !

Dans l’attente de vos éventuelles objections argumentées, qui ne devraient pas manquer de tenir compte de toute l’argumentation des développements antérieurs, en laissant de côté l’affrontement stérile de points de vue relatifs partisans, je vous remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

Annexe : Mensonges et lâcheté des élites
 
 
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