A - 5 : La doctrine du mouvement, explication scientifique des choses et des phénomènes

Publié le par Sylvain Saint-Martory

    
Il a déjà été dit que même le repos, et pareillement pour l'état solide, devient compréhensible par le mouvement, et que tous les rapports d’équilibre sont à considérer comme des relations de mouvement, c'est-à-dire une confrontation de mouvements conduisant le mouvement autonome au point d'équilibre. Ce qui précède est valable pour le repos comme pour la solidité. 

Une chose solide en soi, cela veut dire qu’entre les particules, dont elle se compose, existe un état de tension de divers mouvements. Le repos de cette chose, c’est son état de tension relativement aux mouvements extérieurs. Même ce repos, comme nous l’avons vu, n’est qu’un cas particulier du mouvement et rien moins qu'un véritable repos, puisque une telle chose dite « immobile » se trouve continuellement en mouvement au sein d’une autre chose en mouvement, tout comme elle demeure aussi saisie en elle-même dans un incessant changement d’état, car aucun repos absolu et aucune permanence absolue ne sont possibles dans l'être.
 
Nous parlons pourtant d’un semblant de repos, et pareillement d’une persévérance des choses dans l'être - les deux ne valent que par rapport aux choses de l'expérience fondamentale en vue de notre comportement immédiat parmi elles, là où nous ne prenons pas en considération l’état de mouvement d'une chose immobile dans une autre chose en mouvement, ni son changement d’état. Une chose persévère dans l’être, quand elle se maintient ainsi en tension parmi d'autres mouvements, de sorte qu'elle n'est pas du tout entraînée dans un autre courant de mouvement, ou bien, si cela arrive, qu'elle reste néanmoins pour l’essentiel dans sa tension de mouvement initial.

Elle persévère dans l'état de repos ou de mouvement admis, jusqu’à ce qu’elle soit contrainte d'échanger le repos contre du mouvement, ou vice-versa, et jusqu’à ce que la tension de mouvement qui constitue son être, en tant que chose composée, ne se trouve finalement annihilée. Nous parlons de la loi de conservation, que les choses suivent – avec les lois d’indestructibilité de la matière et de conservation de l’énergie, cette loi a la plus grande importance  de toutes pour la science.
 
Nous voyons que cela suffit pour expliquer la persévérance et le repos par le mouvement: inversement, nous ne sommes pas en mesure d'expliquer le mouvement par le repos et la persévérance. Nous avons vu que même la diversité des phénomènes de choses doit s’expliquer par le mouvement, et nous comprenons la diversité des choses ou leur différence d'intensité, comme étant des états différents du mouvement, c'est-à-dire différents états de vitesse – il y a autant de phénomènes qu'il y a de vitesses différentes du mouvement, de réactions réciproques différentes de mouvements et de multiples façons pour le mouvement d'intervenir dans l'enchaînement du mouvement. Ainsi même la diversité des phénomènes peut s'expliquer par le mouvement: inversement, le mouvement ne saurait s'expliquer par la diversité des phénomènes. Tout s’explique par le mouvement Un – du Un.
 
Je veux encore faire remarquer expressément, ce qui se trouve, du reste, déjà suffisamment exprimé dans le déjà dit [Cf. Brunner, Parties I à V], à savoir  : la diversité des molécules, que nous sommes forcés de reconnaître, ne doit nullement avoir pour présupposition une diversité des atomes afin de découvrir le passage de la théorie atomique à notre conception des choses composées. Avec tout changement de vitesse du mouvement, par lequel s'accomplit leur union, s'ensuit une modification du rapport des atomes dans leur union, c'est-à-dire une intensité différente, différente selon le nombre et la façon de se grouper dans la mise en relation (isomérie), et différant en outre, malgré des degrés semblables de vitesse, ainsi que de semblables nombre et façons de se grouper, par la relation d'une combinaison à une autre – tout comme nos choses composées montrent également une manière de réagir tout à fait différente face à diverses choses, électricité positive et négative par exemple, chacune réagit pour soi de la même manière, mais diversement face à d'autres.
 
La diversité des molécules en taille, forme, densité et nature s'explique très bien par la combinaison d'atomes identiques, pour peu que la différence de vitesse, qui est arrivée au point d'équilibre dans la tension de mouvement de leur combinaison, soit considérée comme décisive. Ainsi désormais, la diversité de la composition des molécules découle donc également sans contrainte, comme tout le reste, de la différence de vitesse du mouvement des atomes, de sorte que, en vérité, cette loi fondamentale du mouvement façonne clairement la totalité du monde des choses dans la transformation du Un, partout semblable dans Tout.
 
J'indique encore à ce sujet que toutes les formes du mouvement font remonter au mouvement unique, à la forme originelle simple d'un mouvement progressant uniformément : le mouvement de rotation et d'oscillation se produit par réaction d'autres mouvements dans la capacité autonome de se mouvoir pas encore complètement suspendue, et du fait aussi que la vitesse uniforme, qui se trouve néanmoins perdue dans la transition et la confrontation des vagues de mouvement, peut être admise partout à l'origine, je peux maintenant exprimer la loi fondamentale dans la version suivante :
 
Le mouvement constitue l'essence unitaire de tous les multiples phénomènes du monde transformables entre eux, qui apparaissent différents, parce que le mouvement est de vitesse différente, et qui se transforment les uns dans les autres, parce que les vitesses plus ou moins rapides et plus ou moins lentes transitent les unes dans les autres.
 
 C'est la loi fondamentale, du fait qu'elle explique ainsi à l'expérience première : la diversité des choses (à partir de la diversité de juxtaposition des choses originelles combinées en fonction des différents de degrés de vitesse), la transformation des diverses choses (à partir du changement de juxtaposition des choses originelles) et l'enchaînement unitaire dans l'ensemble de la transformation et la totalité de la diversité.
 
Comme les phénomènes paraissent si complètement hétérogènes et incommensurables face à l'expérience fondamentale ! Levons seulement un regard et considérons les choses autour de nous, rappelons-nous l'énumération dans le tableau établi ci-dessus. Qu'ont en commun entre eux tous ces phénomènes ? 


Pour l'expérience fondamentale, ils n'ont rien de commun entre eux, et à travers les sens ils apparaissent complètement hétérogènes à l'expérience première. Mais s'élève désormais, de manière grandiose, cette idée unificatrice clairement représentative et clairement communicable du mouvement, laquelle impose avec conviction au visionnaire l'expérience fondamentale dans la conscience, lui montre l'expérience véritablement vraie, ôte de ses yeux le voile des illusions et le met ainsi dans la plus riche de toutes les bénédictions. 

L'expérience fondamentale a seulement des images représentatives sans enchaînement : la loi fondamentale les relie à leur véritable unité et elle imprègne de sa lumière la totalité des phénomènes, de sorte que, guidés par la clarté, nous sommes en état de vagabonder en eux pour ainsi dire, d'un phénomène dans l'autre, en prenant part dans le penser à la transformation du Un dans toute l'infinie diversité, et en cela
 nous nous trouvons de toute façon dans l'Un.
 
L'abstraction de la loi fondamentale, et par-là la doctrine du mouvement des choses, est établie comme étant la vérité, parce que nous pouvons parvenir, à partir d'elle, à toutes les choses et à tous les phénomènes de choses, car elle est ce qui échange la totalité du tableau chaotique et obscur des images contre une explication suffisante pour tous les phénomènes, puisque, seulement par elle et d'aucun autre point de départ, une autre explication est possible. 

C'est pourquoi nous reconnaissons le point de départ nécessaire du penser de l'entendement pratique et la vérité de tout ce penser, dont nous devons suivre le chemin. Elle nous apporte l'entière représentation du monde en Un concept, qui possède comme support la représentation Unique fondamentale. La cause des choses affectées est désormais reconnue, à savoir la cause contenue en elles. 

Les choses sont changeantes et se transforment continuellement, les transformations sont des mouvements, les mouvements forment le mouvement Unique qui relie (de-là précisément l'incessante transition de tous les mouvements entre eux), le seul mouvement, qui imprègne et tient ensemble la totalité infinie des multiples phénomènes changeants – par-là est obtenue la science explicative fondamentale pour les choses, à savoir la doctrine du mouvement, qui explique réellement, et pas seulement quelque chose d'approchant ; celui qui ne reconnaît pas la doctrine du mouvement comme la clé de tous les phénomènes, ne la connaît pas, et il ne pense pas. 

Mais celui qui pense, celui dont le penser n'était pas content auparavant, faute d'être parvenu à ce concept génétique du mouvement, est maintenant satisfait par ce concept ultime du penser de notre entendement pratique. L'expérience fondamentale est le chaos - le penser est l'esprit des Elohim,qui, façonnant et agençant, fait devenir le monde à partir de là. Dans la conception sensorielle de l'expérience fondamentale imprégnée par l'abstraction se trouve la vérité de notre penser des choses, et toute illusion est dissipée. 

Dans le penser nous ramenons au mouvement tout ce qui apparaît comme des choses pour notre conception de l'expérience fondamentale, parce que cela précisément semble fermement chosique uniquement pour notre expérience première ; et bien que cette dissolution de la totalité des choses en mouvement aille à l'encontre de l'expérience primaire sensible, elle comporte néanmoins si peu d'objections pour le penser plus profond prédominant, de sorte que l'on est plutôt contraint de dire : seulement par le fait que le mouvement consiste en divers degrés de vitesse, il advient que les diverses choses apparaissent à l'expérience fondamentale (car les diverses choses, ce sont les degrés de vitesse du mouvement), tout comme l'expérience sensible des choses n'est possible que, et aussi longtemps que les sens qui perçoivent sont eux-mêmes en mouvement.
 
Le penser abstrait de la doctrine du mouvement est appliqué seulement aux choses de l'expérience fondamentale, et il va bien avec, il nous dévoile la vérité. Ce que les deux sortes de verres différents (crown et flint) font pour le télescope en supprimant les effets gênants de production de coloration, est réalisé pour le vrai penser par la superposition des abstractions et de l'expérience première : l'illusion générée est ainsi annulée.

A SUIVRE
   
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

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