Attaques personnelles, absence d'idées, politique "éthique", mensonges et contradictions [FIN]

Publié le par Sylvain Saint-Martory

Le 16 janvier 2008
 
Objet :
« Absence d’idées, attaques personnelles, politique "éthique", mensonges et contradictions »
 
 
Madame Ségolène Royal
Aux bons soins du
Parti Socialiste
10, rue de Solferino
75007 Paris
Fax : 01 47 05 15 78
 
[A l’attention de : François Hollande, Arnaud Montebourg, Bertrand Delanoë, Dominique Strauss-Kahn, Élisabeth Guigou, Henri Emmanuelli, Jack Lang, Jean Glavany, Jean-Marc Ayrault, Jean-Pierre Chevènement, Julien Dray, Laurent Fabius, Lionel Jospin, Malek Boutih, Manuel Valls, Martine Aubry, Michel Sapin, Olivier Duhamel, Pierre Moscovici, Robert Badinter et Vincent Peillon]

FIN

Madame,

Sur l'adoption du Traité européen, les socialistes montrent à l'évidence qu'ils agissent en ordre dispersé - c’est un euphémisme ! -, sans pour autant entrer ici dans les détails de leurs divisions, que nous ne tarderons pas à connaître. Que chacun se rassure néanmoins, puisque, à l'automne 2008, ils ne manqueront pas de refaire « miraculeusement » l'unité, même sur la désignation d’un Premier secrétaire, jusqu'à la question cruciale du choix d’un candidat pour la présidentielle 20012, qui ne manquera de « nourrir » grassement les médias de leurs querelles intestines.
 
Sur la visite du chef d’Etat libyen, chacun est en mesure de constater l’énorme différence d’appréciation entre les socialistes français et leurs homologues espagnols quant au problème posé ici, en soulignant toutefois au passage l’hypocrisie de Ramatoulaye Yade-Zimet, dont le sourire « ravageur » adressé au leader libyen, le 25 juillet dernier, contrastait ô combien avec des propos plutôt durs envers lui - sans présumer ici, si elle agissait, ou non, en « service commandé » ! Pour en finir sur ce point, je dois rappeler que ni le roi d’Espagne ni les chefs d’Etat et de gouvernement européens réunis à Lisbonne n’ont eu à l’égard de Mouammar Kadhafi la réaction de « vierges » effarouchées socialistes, oubliant la visite secrète de François Mitterrand en Crète pour le rencontrer ! Certes, une autre devise favorite des « vertueux » n’est-elle pas : « Ne faites pas ce que je fais, mais faites ce que je dis ! »
 
Le pompon, en matière d’incohérence, revient toutefois à l’amendement Kert, dont la remise en question par la gauche en général, et les socialistes en particulier, témoigne ni plus ni moins de la « débilité intellectuelle », et a fortiori philosophique, de l’époque. Aller soutenir, en effet, devant l’opinion, sans craindre le ridicule, et faire croire au plus haut sommet de l’Etat et de ses institutions qu’une quelconque chose humaine, fut-ce la période coloniale, pourrait comporter « exclusivement » du négatif, des inconvénients, conduit à s’interroger sur la légitimité des uns à faire l’opinion, et sur celle des autres à assumer la gouvernance d’un pays !
 
En effet, quand on en est au stade intellectuel, a fortiori philosophique, de nier que, dans un monde où TOUT est relatif – sauf à vous ou à votre gourou, Bernard-Henri Lévy, de démontrer le contraire ! -, TOUT présente, à la fois, du « pour », du positif, des avantages, et du « contre », du négatif, des inconvénients, entre lesquels tranchent seulement les intérêts, individuels et collectifs, des uns et des autres, au gré des circonstances, il est préférable effectivement de refaire ses humanités, avant de prétendre diriger un pays ! ! !
 
Prétendre que quelque chose présenterait « exclusivement » du négatif, des inconvénients, c’est créer de toutes pièces le soi-disant « Mal absolu » ! Face à lui, en conséquence, devrait logiquement exister un « quid » comportant seulement du positif, des avantages, et il deviendrait de facto le « Bien absolu ». Le hic dans l’histoire, c’est que la coexistence de « deux » absolus, Bien et Mal en l’occurrence, c’est une « impossibilité absolue » par définition, comme il en en va du « dualisme » superstitieux de la religion et de la métaphysique [Scientisme matérialiste et scolastique idéaliste ou spiritualisme de Descartes ou de Kant, entre autres « philosopheurs], ainsi que je suis tout disposé à vous le démontrer. C’est peut-être pourquoi, devant l’incohérence à tout crin des socialistes, Henri Emmanuelli a-t-il jugé bon d’ajouter : « On a déjà fait des exploits, cette fois-ci, il faut faire du sérieux. » - les électeurs français ne demandent sûrement pas mieux !
 
D’ici-là, pour faire face à l’absence d’idées sérieuses et limiter en surface les rivalités de personnes, les socialistes et autres gens de gauche n’ont rien trouvé de mieux jusqu’ici, comme seul sujet fédérateur, que la critique systématique, tous azimuts, du chef de l’Etat, lequel ne peut évidemment pas être exempté de reproches - ne serait-ce qu’en raison de la « relativité » incontestable de toutes les opinions terrestres. Certes, le sujet est fédérateur, mais en tirant plutôt à boulets rouges sur des comportements du chef de l’Etat que sur des idées – forcément, ils sont même parfois d’accord avec elles, comme il en va de la mesure du financement des chaînes publiques ! Ce faisant, ils illustrent, d’ailleurs, à merveille la formule ô combien justifiée de Lionel Jospin : « Quand on n’a rien à dire sur le fond, on parle de la forme ou du costume ! » - puisque l’opinion suit, pourquoi se gêner ? !
 
Il en va ainsi de votre pilonnage en règle de Nicolas Sarkozy à Saint Brieuc un véritable florilège d’attaques personnelles conduisant directement aux autres points mentionnés en objet, à savoir la manière éthique de faire de la politique – DEMAIN ! - et les contradictions qui en découlent nécessairement. La contradiction essentielle, que seuls des esprits partisans refuseront néanmoins d’admettre, consiste dans la l’opposition entre vos attaques personnelles indiscutables, d’un côté, et votre prétention affichée d’incarner la manière éthique de faire de la politique, de l’autre - ou alors, nous n’avons pas la même conception de l’éthique !
 
En tout cas, vous ne devriez pas avoir le moindre doute sur la mienne. Vous ne pourrez pas me reprocher, en effet, de ne pas avoir dénoncé sans cesse dans le courrier antérieur, arguments philosophiques à l’appui, les mensonges et les fictions sur lesquels se fonde le moralisme ou superstition moraliste [Morale et condamnations moralisatrices des Autres au nom de LA Morale – laquelle ? !], et qui continuent de régir la marche « morale » de la société humaine universelle d’aujourd’hui, avec son catéchisme planétaire prétendument absolu, dont seule l’inobservation est pourtant réellement universelle – sauf à vous ou à quiconque d’établir le contraire, à l’aune du devenir du monde durant près de six décennies ! Comme aux époques obscurantistes les plus reculées, la nôtre confond, ou feint de confondre, « par intérêt », l’éthique sans catéchisme ni jugements moralisateurs, et LA Morale avec ses commandements et ses interdits soi-disant absolus - confondre le relatif et l’absolu, c’est le péché capital de l’entendement humain !
 
Ainsi en est-il du catéchisme universel, où les commandements et les interdits, bien qu’ils ne soient que relatifs, en réalité, n’en sont pas moins fictivement, mensongèrement, « absolutisés », c’est-à-dire tenus et présentés comme étant « absolument » absolus – c’est tellement pratique pour faire culpabiliser les Autres, pour son plus grand profit ! Cela se constate notamment en matière de liberté d’expression, où ce qui est admis ailleurs est condamné ici, comme contraire aux lois et aux bonnes mœurs – vous avez dit « relatif » ?
 
Oui, et même sur la base du « relatif », les « vertueux » n’hésitent pas à prononcer des condamnations moralisatrices absolues - sans parler de l’inextricable contradiction qui en résulte, au point de conduire votre ex-directeur de campagne, Jean-Louis Bianco, à tenir « sans rire », sur RMC Info, ce propos croquignolet, dont je vous laisse mesurer le ridicule : « On a le droit de tout dire, mais il y a des limites. » ! ! ! Certes, la contradiction ne lui semblait guère apparente…
 
Pour illustrer la distinction entre éthique et morale, je ne peux faire mieux qu’évoquer la Parole, non pervertie par la superstition, de l’un des grands diseurs de LA Vérité absolue, dont vous avez l’outrecuidance de reprendre à votre compte l’expression la plus connue : « Aimez-vous les uns, les autres ! ». Certes, le Christ était légitimé, lui, à la prononcer, parce que son amour mystique embrassait les humains dans leur diversité. Lui ne distinguait pas les uns des autres, les bons et les mauvais, tout comme il ne différencierait pas aujourd’hui les racistes et les antiracistes - sûrement, du seul fait que personne ne peut prétendre n’avoir jamais fait preuve de discrimination en acte ou en parole : pas même les « vertueux » Jacques Chirac et Lionel Jospin, en leur temps !
 
Vous n’y échappez pas davantage avec vos condamnations moralisatrices hypocrites des AUTRES pour délit d’opinion – forcément, quand on décrète ce qu’il serait « absolument » bien ou mal de penser et de dire, on se croit légitimé, en conséquence,  à juger et à condamner absolument ! Vous témoignez seulement par-là que vous n’aimez pas réellement tout le monde, ce que, de ma position d’égoïste, je peux très bien admettre. En réalité, vous aimez surtout, voire seulement, ceux qui partagent vos désirs et intérêts égoïstes, individuels et collectifs - pas ceux qui les contrarient ! Mon égoïsme fondamental peut également très bien le comprendre, mais c’est seulement, lorsque vous afficherez courageusement cette position intellectuelle et philosophique, que vous commencerez à aimer vraiment un peu plus les humains – ceci me semble particulièrement recommandé, quand on entend les diriger !
 
La renommée universelle du Christ ne provient de rien d’autre que d’un amour universel dénué de toute condamnation moralisatrice – c’est pourquoi même ceux qui ont perverti sa Parole de mystique authentique, au point d’en faire le fondateur d’une religion qui a usurpé son nom, l’aiment tellement, sans réellement comprendre pourtant le véritable sens de ses propos. La réputation universelle de Spinoza, au-delà de sa géniale démonstration more geometrico de l’Absolu, de LA Vérité absolue, tient aussi au fait que le mot « morale » ne se rencontre pas, une seule fois, dans l’Éthique – preuve s’il en est, que la confusion entre éthique et morale est véritablement injustifiée ! 
 
Si je dénonce les condamnations moralisatrices, les attaques personnelles, comme étant hypocrites, c’est, parce qu’elles émanent de pseudo-vertueux, individus et groupes d’individus hypocrites, se croyant « irréprochables » par autosuggestion, et se faisant passer pour tels au regard des Autres « par intérêt ». Comme déjà dit et redit sans cesse, pour être légitimé à condamner moralement les Autres, il faudrait, d’abord, être soi-même irréprochable. Or, il n’a sûrement pas dû vous échapper qu’il n’y a pas, qu’il n’y a jamais eu et qu’il n’y aura jamais, d’individus ni de groupes d’individus, TOUS critères d’appartenance confondus, réellement IRRÉPROCHABLES.
 
 Chacun est forcément coupable face à l’Idéal, coupable de crime de lèse-Idéal – en conséquence, pas de quoi jeter des anathèmes sur des humains, dont le seul tort est d’avoir à assumer leur nature égoïste, à tout instant de leur existence, tantôt relativement bien, tantôt relativement mal – sans pouvoir ainsi porter de jugements absolus. D’ailleurs, s’il existait réellement des êtres humains vraiment irréprochables, ils se garderaient bien de juger et de condamner moralement les Autres, précisément parce qu’eux-mêmes seraient irréprochables : a contrario, vos condamnations moralisatrices suffisent à attester que vous n’êtes pas plus irréprochable que quiconque, comme cela a été publiquement avéré, même si je m’abstiens ici d’en rapporter la preuve concrète.
 
Dûment avertis comme vous l’êtes, c’est donc dans la mauvaise foi la plus totale que les prétendus « vertueux », dont je parle, reprochent aux AUTRES ce qu’eux-mêmes ont fait hier, et qu’ils referont demain, à la première occasion où leurs intérêts de toutes sortes l’exigeront, en vertu de leur devise favorite : « Je suis vertueux, donc je condamne… » - à moins que ce ne soit l’inverse ! 
 
Ainsi, aujourd’hui, dans leur critique moralisatrice systématique tous azimuts, qui n’est pas à confondre avec la légitime critique intellectuelle des idées - sur le plan économique et social, par exemple -, de soi-disant « vertueux » de gauche, parmi lesquels François Hollande, Arnaud Montebourg et vous-même notamment, vont même jusqu’à reprocher à Nicolas Sarkozy d’être égoïste, et à fixer des limites à son égoïsme – en fixaient-ils aussi à François Mitterrand ? !
 
Ils feignent d’ignorer, malgré les constantes précisions apportées sur ce point, que notre égoïsme, adéquatement compris, n’est que le désir inné de chacun de vivre le plus longtemps et le mieux possible, en se gratifiant autant que faire se peut dans ses affaires d’amour, d’argent et de gloire ou honneur-vanité, dont ils sont eux-mêmes pourtant si friands – sauf à ne plus se quereller pour des places en prétextant un quelconque intérêt supérieur l
 
Personne, en vérité, pas plus vous que moi et les six-milliards et demi d’humains, hypocrites et inconscients inclus, n’échappe à son égoïsme effréné, c’est-à-dire précisément sans limites – hormis celles imposées par la « nécessité », au sens spinoziste du terme, communément appelée la « force des choses », au point que Sartre lui-même a été finalement obligé d’en convenir, après avoir tant menti sur la soi-disant liberté humaine !
 
En conclusion de ce nouveau et ample rappel sur la superstition moraliste, dont vous colportez les mensonges sans pouvoir pour autant vous en départir en raison de vos ambitions personnelles égoïstes, en tout point conformes à notre nature, on pourrait se demander comment des citoyens-électeurs peuvent vous suivre dans un mensonge consistant à perpétuer la fable des bons et des mauvais, pourtant condamnée sans ambiguïté, il y a bientôt « deux mille ans » - sauf à être eux-mêmes inconscients de la réalité de leur nature, ou hypocrites, partisans et moralisateurs !
 
Quoi qu’il en soit, vos continuelles condamnations au nom de LA Morale tendent bien à confirmer ce propos de Jacques Vergès, déclarant : « La gauche est moralisatrice, et c’est au nom de la morale qu’elle jette des anathèmes ». Ce n’est pas la meilleure manière d’espérer changer le monde, s’il y en avait une, comme l’échec des régimes marxistes ne cesse de l’attester après des décennies, puisqu’ils ont échoué à changer l’Homme.
 
Puissiez-vous au moins, à titre personnel, illustrer réellement le mot galvaudé du Christ repris à votre compte pour faire désormais de la politique d’une manière réellement éthique ! L’ampleur de la tâche me permet d’en douter, en prenant date néanmoins pour l’horizon 2012, comme je l’avais fait à propos de l’ordre juste – et ainsi l’avenir tranchera sur la suite donnée à la méthode annoncée.
 
Votre obstination dans le silence et le refus de débattre sur le fond suffirait à attester votre intention délibérée de continuer à colporter les mensonges et les « croyances au miracle » de la superstition idéologique et moraliste, donc à tromper les citoyens-électeurs, ce qui irait manifestement à l’encontre d’une manière éthique de faire de la politique – la moindre des choses étant de leur dire LA Vérité ! 
 
Je vous remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Madame, mes salutations distinguées.
 
Annexe : Mensonges et lâcheté des élites 

[Les éventuels défauts de présentation étaient indépendants de ma volonté]
 
 
 
 
 
 
 
 

Publié dans COURRIER "Politiques"

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article