Obscurantisme : Benoît XVI, le diable et l'exorcisme, en l'an 2008

Publié le par Sylvain Saint-Martory


Les propos ô combien surréalistes d’Olivier Truchot, animateur, et des intervenants de l’émission du 31 décembre dernier sur RMC info me donnent une occasion inespérée, non seulement de dénoncer la superstition religieuse, mais surtout d’établir l’obscurantisme d’une époque, qui se veut pourtant au comble du modernisme. Certes, c’est le lot commun de chacune des époques de l’humanité d’être tenue pour moderne par ses contemporains, puis d’être ensuite jugée plus ou moins obscurantiste par ses lointains descendants, au vu de l’évolution, entre-temps, des mœurs, des idées superficielles de l’air du temps, des technologies, etc.

 
Le siècle des Lumières semble pourtant avoir échappé à cette fatalité, puisque certaines de ses idées, loin d'être rétrogrades, servent aujourd'hui de fondement à notre catéchisme soi-disant universel. Certes, pour ce qu’il en est de son application, c'est une autre affaire, car son inobservation planétaire est avérée incontestablement par la marche du monde au cours des six décennies suivant la Déclaration de 1948.
 
Néanmoins, mon propos du jour concerne uniquement la superstition religieuse, dont chacun est bien obligé de constater que, plusieurs siècles après les « Lumières »,  notre époque colporte, par le biais de médias nationaux - RMC Info, France 2 et France Culture, entre autres -, des mensonges et des « croyances au miracle » religieux, qui étaient, alors, cantonnés dans des lieux de culte, où je n’estimerais pas personnellement convenable de contester les dogmes des Eglises, fut-ce au nom de LA Vérité absolue.
 
Mais, tant qu’à faire du prosélytisme pour la Superstition, à quoi bon me gêner pour être un prosélyte de l’Absolu UN. UN absolu, qui ne saurait être duel, c’est-à-dire divisé en deux, à savoir un Créateur - ou un principe créateur – et sa création. En effet, « deux » absolus, philosophiquement parlant, c’est une impossibilité absolue par définition, sauf à quiconque de démontrer le contraire ! ! !
 
Pour donner la mesure des propos superstitieux tenus au cours de l’émission incriminée, j’ai tenté de retranscrire intégralement les interventions des participants. Je ne vous dis pas la galère, compte tenu des interruptions intempestives des uns et des autres se coupant allègrement la parole – heureusement qu’ils n’étaient que quatre ! -, sans oublier le brouhaha coutumier de l’émission, qui conduit à agiter la sonnette ! J’espère néanmoins que chacun pourra saisir la teneur des propos superstitieux, et que les croyants me pardonneront de mettre à mal leur Foi. Pour leur gouverne, je fais remarquer que suivre le Christ, ce n’est pas être fidèle au credo de l’Eglise catholique. En effet, entre la mystique authentique du Christ et la religion qu’il aurait fondée, la différence est abyssale : celle qui sépare UN absolu de deux absolus !
 
Pour amener le débat, l’animateur du jour se rapportait à la récente décision de Benoît XVI de former officiellement de nouveaux exorcistes, lesquels, comme chacun sait, sont censés expulser le diable de l’esprit de pauvres humains envoutés.

Olivier Truchot a donc ouvert la discussion, en déclarant :
 
« Benoît XVI va ordonner à tous les évêques du monde de recruter des exorcistes pour combattre le diable ; en 2008, Benoît XVI part en guerre contre le diable, chaque catholique doit avoir près de chez lui un spécialiste du Malin, car au dire du père Gabriel Amorth, exorciste en chef du Vatican, il y a des dizaines de milliers de pauvres frères et sœurs assiégés par le démon, et contraints de tourner en long et en large pour trouver un exorciste certifié. Ça existe, on n’en trouve plus beaucoup, pourtant en Italie, ils sont encore au nombre de trois cents, ils sont obligés de travailler à temps partiel, mais, grâce à Dieu, nous avons un pape qui a décidé de lutter contre le diable. »
 
A la question de l’animateur demandant au père Patrice Gourrier - curé de son état, et accessoirement pourvu d’un éminent diplôme de psychologie -, celui-ci a répondu non moins sérieusement :
 
« C’est une très bonne nouvelle ; en tant que prêtre, je suis confronté au diable tous les jours, c’est-à-dire que, chaque jour, je rencontre des hommes et des femmes qui se disent envoutés ou victimes de "diableries". Alors, il y a un travail de discernement à faire, et c’est pour ça qu’il faut être formé, n’importe qui ne peut pas être exorciste ; discernement, c’est-à dire pour certains, c’est des problèmes psychologiques. »
 
A la question d’un intervenant lui demandant s’il croyait au diable, le bon curé psychologue a répondu sans sourciller : « Eh bien, je crois en Dieu, donc je crois au diable, oui forcément… » ; Dieu, c'est celui qui veut l'harmonie, le diable, c'est celui qui veut la division. »
 
Olivier Truchot poursuit : « Donc, tu penses que certaines personnes, soit sont malades psychologiquement, donc il faut les soigner, soit sont vraiment habitées par le diable ? »
 
Père Gourrier : « Je pense non seulement ça, mais je pense que certaines personnes, en ce moment, en France, il faut savoir que les sectes sataniques ou les sectes lucifériennes sont en augmentation coooonsidérable, que le nombre de messes noires est cooonsidérable, on nous vole des hosties consacrées »
 
Olivier Truchot : « Donc, le Malin est parmi nous ? ! »
 
Père Gourrier : « Quand quelqu'un communie, je vérifie toujours si la personne avale l'hostie, parce que certains la prennent parce que l'hostie, elle se vend au marché noir, parce que pour faire une messe noire, on a besoin d'hosties consacrées; c'est pour montrer qu'aujourd'hui, il y a des gens qui font du diable leur religion, donc je trouve tout à fait normal que l'église catholique reprenne avec sérieux un truc…»
 
Olivier Truchot, coupant la parole : « Mais toi-même, est ce que tu as déjà assisté à une messe noire ? »
 
Père Gourrier : « Jamais, jamais, mais par contre, moi ce que j'ai fait…»
 
Nouvelle interruption d’Olivier Truchot : « C'est comme dans les films ? »
 
Père Gourrier : « J'en sais rien ; à plusieurs reprises, j’ai prié avec des personnes qui se disaient envoutées par le diable, et je dois dire qu’à chaque fois, ça les a apaisées ; d’abord, parce que le prêtre a, entre guillemets, une autorité morale, et lorsque tu bénis une médaille ou que tu donnes de l’eau bénite, ou lorsque tu bénis du sel, parce qu’on te demande du sel bénit, moi je ne bénis jamais du sel sans explication, je m’arrête avec la personne, on discute, les gens repartent apaisés.  C’est donc tout à fait normal que, dans chaque diocèse, il y ait un prêtre formé, parce qu’il faut différencier les problèmes psychologiques des problèmes vraiment de diablerie, comme on dit. »
 
Olivier Truchot : « Alors là, alors là, on en apprend, est-ce que le Malin est parmi les « Grand’s Gueul’s ? »
 
Père Gourrier : « Ah, je ne sais pas, on va voir… », brouhaha habituel, je n’ai pas de sel et je n’ai pas d’eau bénite… »
 
Olivier Truchot : « Mourad, c’est impressionnant ce qu’il dit, là.. ? »
 
Mourad Gazhli (toute petite voix embarrassée) : « Le diable, c’est vrai… on y croit, lorsqu’on est croyant [SIC !], quelle que soit la religion ; je sais que dans l’islam on l’appelle le shaytan, le diable, y a le di, diviser, le diviseur, (diabolos comme chez nous, interrompt le père Gourier), le rôle du diable quoi ; maintenant la proposition, qui [Sic !] fait, elle est d’ordre purement religieuse [re-sic !], et je crois que celles et ceux qui croient justement feront peut-être référence ou demanderont peut-être justement à faire appel à un exorciste. »
 
Père Gourrier :  « Tu y crois, toi, au diable » ?
 
Mourad Gazhli : «  [SIC !], au shaytan ? Moi, je suis peut-être pas le représentant de cette société… »
 
Interruption du Père Gourrier : « Oui, mais toi ? »
 
Mourad Gazhli : « Oui, je suis croyant, je crois au shaytan »
 
Olivier Truchot, dubitatif : « Est-ce qu’en 2007, on doit croire encore au diable, parce que ça me semble… » ? »
 
Mourad Gazhli, courroucé : « Là, tu vois, voilà, le risque est qu’on passe pour des illuminés, parce que, en fait, quand tu n’as pas la foi… quand tu as la foi, tu crois tout dans sa globalité, et tu crois que les mauvaises actions sont liées justement au diable qui t’entoure, et tu souhaites avoir plutôt d’aisance autour de toi »
 
Olivier Truchot : « Pascal.. ? » 
 
Pascal Perri, à une allure de mag2 pour cacher son embarras :
 
« Moi, je suis agnostique, c’est-à-dire que je ne sais pas, ça ne veut pas dire que je ne crois pas, ça veut dire je ne sais pas [A moins que ce ne soit l’inverse ! ! !] ; donc, si je ne sais pas pour Dieu, je ne sais pas non plus pour le diable [Notez le courage intellectuel face au curé !], mais si on regarde le monde autour de nous, effectivement, on est obligé de se poser des questions, mais moi je suis un peu inquiet avec ce pape qui nous ramène en des temps un peu obscurs. »
 
On a fait la révolution des Lumières, on a quand même consacré l’idée de l’intelligence créatrice, du discernement, là on est à un retour du Bien et du Mal, à un tel point, de façon très caricaturale d’ailleurs, à un tel point qu’aux Etats-Unis, la campagne, du côté des républicains, elle se fait pas sur des questions politiques, mais sur des questions religieuses, c’est-à-dire que la première grande démocratie du monde, elle se pose des questions, non pas sur les déficits publics aux Etats-Unis ou la guerre en Irak, mais sur une question simple, c’est la question posée aux Républicains aujourd'hui : « Pensez-vous que Dieu a fait l'homme, tel qu'il est aujourd'hui ? », c'est-à-dire négationnisme, créationnisme…
 
Olivier Truchot : « Donc, toi, ça t'inquiète ? »
 
Pascal Perri : « Moi, ça m'inquiète pour l'intelligence générale, c'est-à-dire qu'il faut avancer, faire preuve comme dit Patrice, de discernement ; moi, j'ai l'impression qu'on sort un peu de la route. »
 
Olivier Truchot : « Jean-Claude..? »
 
Jean-Claude Larue : « Moi, je crois, je suis croyant, je crois que, s'il y a un Dieu, quelque part il doit y avoir un diable, quand on regarde autour de soi... »
 
Interruption d'Olivier Truchot : « Donc, quand on croit en Dieu, on est obligé de croire au diable.. ? »
 
Voix indistincte : « C'est un package, ça fait partie du package ! ! ! »
 
Eclat de rire général…
 
Patrice Gourrier : « Dans toutes les religions, tu as les forces du Mal… »
 
Mourad Gazhli : « Anges et démons, hein... »
 
Olivier Truchot : « Jean-Claude, est-ce que t'es pas inquiet par les réalités décrites par le père Patrice Gourier, quand il dit que les gens qui viennent le voir se disent envoutés par le diable ? »
 
Jean-Claude Larue : « Moi, ça ne m'étonne pas du tout, car il y a une telle souffrance chez un certain nombre de gens… »
 
Olivier Truchot : « Donc, il faut les soigner, dans ce cas-là… »
 
Jean-Claude Larue : « Oui, mais finalement, les désenvoûter, c'est un peu les soigner aussi quelque part, non..? »
 
Père Gourrier : « Il y a un aspect curatif extraordinaire, tu vois des gens apaisés. »
 
Mourad Gazhli : « Faut pas que ce soit un fourre-tout non plus, chaque fois que quelqu'un a un malheur ou une galère, dire que c'est la faute au diable, l'un va voir le curé, l'autre… »
 
Père Gourrier : « Oui, mais il est formé l'exorciste ! »
 
Mourad Gazhli : « Moi, ça m'interpelle un peu, c'est se dédouaner de ses responsabilités ; quand je suis pas bien, c'est la faute au diable, j'ai une mauvaise note, pour les élèves, c'est la faute au diable, mon patron m'a pas augmenté, c'est la faute au diable… »
 
Olivier Truchot : « Toi, tu penses que Nicolas Sarkozy, c'est le diable (SIC ! ! !) ? »
 
Mourad Gazhli, membre du parti radical valoisien proche de l’UMP : « Non, non… »
 
Jean-Claude Larue : « Je voudrais savoir comment on forme, c'est vachement important, comment, toi tu es prêtre, tu rencontres des gens qui ont ces problèmes, comment on les forme ?
 
Père Gourrier, interloqué par la question, telle que formulée : « Lesquels..? »
 
Jean-Claude Larue, pris en faute : « Les gens qui… »
 
Père Gourrier, compréhensif : « Les exorcistes ? Exorciste, c'est une délégation qui dépend directement de l'évêque, c'est un poste vraiment très, très spécial, il dépend uniquement de l'évêque. Le pape Benoît XVI, mais Jean-Paul II avait commencé, a créé, à Rome, un séminaire de formation, à la fois de discernement psychologique, mais aussi d'être capable de savoir faire le petit exorcisme ou le grand exorcisme… »
 
Brouhaha enjoué, où domine la voix de l’animateur : « Rires…il y a plusieurs cures, une qui dure trois jours, l'autre la semaine entière; il y a le petit diable et le grand diable... (Mourad Gazhli)
 
Père Gourrier : « Pour un baptême, je dois toujours faire appel à l'exorcisme, dans un baptême, tu as la prière de l'exorcisme - normalement…
 
Pascal Perri : « Ce qui est intéressant, c'est le cas de Patrice ; Patrice est prêtre, psychologue et probablement psychanalyste. Donc quand tu dis faire preuve de discernement, pour moi tout ça, c'est un peu le même métier, la façade de la boutique n'est pas tout à fait la même, mais tu fais le même boulot.
 
Donc, le type qui est psychologue, qui est capable de rentrer dans la tête des gens, de décortiquer leurs représentations du réel et de l’irréel, puisque là on est complètement dans le domaine du sacré, et c’est quelque chose qu’on ne peut pas palper, il peut être tout à la fois psychanalyste, psychologue et prêtre, et peut-être tu pourrais être exorciste à ta façon. »
 
Père Gourrier : « Tout à fait, tu m’aides énormément. Par exemple, j’ai reçu une jeune fille, je me rappelle très bien, elle est arrivée un soir à vingt heures, elle avait fait toutes les églises de Poitiers, elle n’avait vu personne, j’étais là, elle vient me voir, elle se disait envoutée ; elle me fait part de des délires. Donc, très rapidement j’ai pu voir grâce à ma formation, en fait elle était psychotique, donc à partir de là j’ai pu discuter, mais il n’empêche qu’avec elle, je l’ai amenée dans l’église, nous avons prié, et elle partie apaisée, parce qu’elle a réalisé la réalité, telle que moi je l’ai vue, mais aussi la vérité du sujet… »
 
Olivier Truchot, coupant la parole : « Mais enfin, toi-même, tu es en train de nous dire que, finalement, il y a toujours une explication d’ordre psychologique et de diablerie… »
 
Père Gourrier, coupant la parole : « Pas toujours, il faut discerner.. »
 
Olivier Truchot : « Au lieu de former des exorcistes, on devrait former les prêtres à la psychologie, et une bonne discussion, ça suffirait, non ? »
 
Père Gourrier : « Non, pas dans tous les cas, mais ce que tu dis, c’est vrai, à mon avis, tous les prêtres devraient être formés à la psychologie. »
 
Daniel Perri : « Quelle est ta représentation du Malin, comment tu te le représentes, quand tu y penses, toi ? »
 
Père Gourrier : Quand j’y pense, par exemple, quand je suis dans un repas de famille, et que tout le monde se dispute, je me dis, ben le diable est présent  [SIC !] »
 
Daniel Perri : « Mais c’est nous, alors, c’est chacun de nous… »
 
Père Gourrier : « Non, il n’est pas représenté, c’est cet esprit de division.. »
 
Daniel Perri : « Donc, Dieu et diable sont en nous, en chacun d’entre nous un peu, le diable c’est l’autre … »
 
Père Gourrier : « Non, non, là tu es manichéen, moi je ne suis pas manichéen. »
 
Daniel Perri : « Moi, je croyais que c’était la vision du Bien et du Mal qui était manichéenne. »
 
Père Gourrier : « Non, non, justement, au final, je suis persuadé que Dieu est vainqueur de tout ça, le diable est déjà perdant, mais il n’empêche qu’actuellement on constate quand même que le monde ne va pas très bien, et donc c’est une explication ! [SIC !]
 
Olivier Truchot, sarcastique : « En tout cas, si vous cherchez un job pour 2008, le Vatican recrute, hein, il faut être spécialiste… »
 
Mourad Gazhli, confirmant mes propos : « Maintenant, quand on mettra la cloche [la sonnette],  on dira que c’est Satanas, parce qu’il voit qu’on s’écoute pas peut-être… »
 
Olivier Truchot, ponctuant cet épisode croquignolet de l’an de grâce 2008 après Jésus Christ : « Parfois dans les Grand’s Gueul’s, le diable est là… » [Fin de citation]
 
Je ne fais aucun commentaire sur le fond, même si je n’en pense pas moins « superstition », et l'on ne devait pas parler autrement en l'an 1008 après Jésus Christ. Toutefois, à en juger par les propos tenus ci-dessus : « Oui, mais finalement, les désenvoûter, c'est un peu les soigner aussi quelque part, non..? Il y a un aspect curatif extraordinaire, tu vois des gens apaisés. », il n’est pas illégitime de penser que les dizaines, voire les centaines, de millions d’euros laissés, chaque année, dans les cabinets de « psy » en tous genres, seraient épargnés aux Caisses d’assurance maladie par l’intervention de prêtres exorcistes chassant la maladie mentale, aux frais de la papauté - car, pour ce qui est de me faire croire aux « diableries », aux perfides actions du Malin,  vous repasserez…
 
 
 
 
 
 
 
  
 
 
 
 

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