A - 6 : Degrés de vitesse du mouvement et diversité des choses

Publié le par Sylvain Saint-Martory


Nous ne connaissons pas véritablement la forme  du mouvement unificateur, nous savons qu’il s’agit de ce mouvement que nous cherchons à connaître, pas du mouvement au moyen duquel les corps célestes nous sont connus, mais nous ne savons pas de quel mouvement il est question. Néanmoins, nous savons qu’il s’agit de mouvement, et cela nous suffit pour rester inébranlables dans notre conviction sur la loi fondamentale de l’abstraction, selon laquelle tout est mouvement.

 
Que toutes les choses soient véritablement en mouvement, cela est aussi clair et certain pour le penser abstrait que les choses semblent clairement et sûrement être du non-mouvement à l’expérience des sens. Ce mouvement implique un mouvement de locomotion, dont nous possédons l’image représentative, et d’après lequel seulement nous nous expliquons tout dans le monde. En fait, notre vision du monde, c’est notre image représentative du mouvement de locomotion – comme il nous est devenu tout à fait clair que toutes nos pensées abstraites sur le concept universel englobant les choses, que nous n’appelons pas autrement que vision en image du monde, il en résulte que tout notre penser est un contenu pensé en images.
 
Que serait pour nous une vision du monde, dans laquelle nous ne pourrions pas regarder le monde ? En réalité, nous ne comprenons les choses que dans la mesure où nous les ramenons aux images représentatives de changement de lieu. Ainsi, toutefois, nous est  également expliqué tout ce qui concerne l’universalité de la vision du monde, et à quoi nous voulons désormais souscrire, c’est-à-dire pas seulement le changement, dont il a été essentiellement question jusqu’ici, mais aussi la diversité des choses.
 
Tout, aussi bien le changement incessant que la diversité multiple et l’infinité des phénomènes nous est expliqué en son principe par les ultimes images représentatives du changement de lieu. Le retour à ce que sont les dernières images représentatives est une explication, comme nous le savons déjà, au delà de laquelle nous ne cherchons pas d’explication. Si la diversité des phénomènes nous est réellement expliquée par la variété des ultimes images représentatives aussi directement que nous sont expliqués le changement et la transformation des phénomènes par le processus de mouvement lui-même, alors nous ne nous interrogeons plus sur une cause de la diversité des processus de mouvement, tout aussi peu que nous nous posons de question sur une cause antérieure au mouvement lui-même. Tout au moins, ne se posera pas de question celui qui connaît le réel concept de cause, qui n’est rien d’autre que le mouvement lui-même dans ses différences, dont nous reparlerons ultérieurement en détail.
 
Mais quelles sont donc les différences qui existent effectivement dans nos ultimes images représentatives du changement de lieu ?
 
Eh bien, le déplacement se montre différent quant à la vitesse, et cette différence de vitesse du mouvement de locomotion est ce qui nous explique également la diversité des phénomènes*.
 
*Hormis les vitesses du mouvement, je ne distingue pas en plus la direction, comme cela arrive généralement, mais je parle seulement des différences de vitesse, puisque le mouvement se définit par le changement de juxtaposition des choses, où se trouve incluse la direction de la tendance de rapprochement ou d’éloignement. On peut parler seulement de direction dans l’application pratique, et assurément doivent en parler ceux qui définissent le mouvement comme mouvement des choses dans l’espace, parce que, à côté de la réalité des choses, ils admettent en supplément la réalité de l’espace, dont aucune éventualité n’existe, ainsi que je l’ai montré.
 
Considérons d’abord les états les plus courants, les soi-disant états d’agrégation selon les définitions bien connues : à l’état gazeux les molécules tendent à s’éloigner le plus possible les unes des autres, et à l’état liquide elles se tiennent assurément à une distance déterminée entre elles, mais elles peuvent facilement changer leur position mutuelle, tandis qu’à l’état solide la distance aussi bien que la position réciproque sont déterminées – dans les états agrégés solides, la cohésion nous devient compréhensible par le mouvement des plus petites particules individuelles d’une chose composée, les unes contre les autres vers un état d’équilibre. La diversité de ces trois stades d’agrégation s’explique par les trois sortes de vitesse du mouvement Un, et que les trois états soient réductibles l’un dans l’autre, cela signifie pour nous que la vitesse passe d’une plus rapide à une plus lente, puis à une encore plus lente, et inversement.  
 
Et de manière tout à fait semblable à la diversité de ces trois états d’agrégation, l’infinie variété des phénomènes de toutes les innombrables choses particulières s’explique pour nous par le fait que nous envisageons les plus petites particules, qui les composent, en mouvement selon d’infinis degrés de vitesse plus ou moins grande ou de tension de mouvement : toutes les infinies manières différentes d’apparition des choses ou, ce qui revient au même, toutes les diverses choses sont des degrés diversement rapides du mouvement des choses. Le fait que toutes les différentes manières d’apparaître passent les unes dans les autres signifie pour nous que le mouvement est plus rapide ou plus lent selon une infinité de degrés. PANTA RHEI, le monde est ce qui est toujours et partout en mouvement, et tous les mouvements des choses particulières sont UN mouvement, que nous envisageons pouvoir passer directement ou indirectement de l’une dans l’autre des manières d’apparaître.
 
Toutes les choses qui semblent matérielles ou non-mouvement pour l’apparence sensible de l’expérience fondamentale doivent en vérité être pensées comme dissoutes en mouvement – exactement comme cela a été désormais établi pour la lumière et les couleurs. On a même tenu longtemps la lumière pour un corps et parlé de son émission, jusqu’à être contraint de parler seulement d’ondulation ; et de même toute la diversité de la gamme des couleurs se ramène maintenant à une succession plus ou moins rapide d’oscillations, qui, entre certaines limites, nous représentent des couleurs. Toutes nos perceptions sensorielles spécifiques se meuvent entre certaines valeurs de vitesse maximales ou minimales, au sein desquelles nous pouvons constater par la vision et l’audition qu’il y a une différence de vitesse et laquelle détermine la différence des perceptions.
 
Ainsi tout est réductible à des différences de vitesse et à leur passage les unes dans les autres, et le monde entier des phénomènes nous est connu comme Une série de mouvements se déroulant continuellement, comme le mouvement UN, dans lequel chaque phénomène est la transformation du mouvement Un, qui se poursuit sans cesse, et c’est pourquoi toute transformation continue de se transformer. Ainsi pensons-nous au sujet des mouvements que nous connaissons, et pareillement aussi de ceux qui nous sont encore inconnus, qu’ils sont susceptibles de se transformer les uns dans les autres, de manière directe ou indirecte.
 
Le tableau des mouvements connus de nous s’établirait à peu près de la manière suivante :
 
1. Le mouvement dynamique perceptible de locomotion (notre mouvement proprement dit), à la suite duquel des choses perceptibles, des corps ou des parties perceptibles de corps (solides, liquides ou gazeux)– changent de position par rapport à d’autres choses avec une vitesse plus ou moins grande.
 
2. Les mouvements dynamiques imperceptibles
 a) les mouvements rayonnants comme la lumière et la chaleur irradiante
 b) le mouvement rampant de la chaleur
 c)  le mouvement du courant électrique
 d) le mouvement de l’attraction chimique
 
Nous connaissons ces mouvements dynamiques comme susceptibles de se transformer entre eux et comme mouvement perceptible de changement de lieu. Les mouvements statiques ci-après ne se laissent pas transformer directement entre eux, mais indirectement après avoir été ramenés à un mouvement dynamique.
 
3. Les mouvements statiques imperceptibles
a) le mouvement du magnétisme
b) le mouvement de l’électricité statique
c) le mouvement de cohésion
d) le mouvement de gravitation
 
Que le repos, de même que la solidité, devienne compréhensible par le mouvement, que tous les rapports d’équilibre soient à considérer comme des rapports de mouvement, c’est-à-dire un antagonisme de mouvements, tel que le mouvement autonome parvienne à l’arrêt, le discours est déjà connu. Ce qui est dit vaut pour le repos comme pour la solidité. Une chose solide, cela veut dire qu’entre les particules, dont elle se compose, existe un état de tension des divers mouvements. Le repos de cette chose, c’est  son état de tension relativement aux mouvements extérieurs. Le repos, nous l’avons vu, n’est qu’un cas particulier du mouvement et n’a rien d’un véritable repos, car toute chose « immobile » se trouve continuellement en mouvement au sein d’une autre chose en mouvement, de même qu’elle subit sans cesse en elle-même des changements d’état. Dans l’être nul repos absolu et nulle persévérance absolue ne sont possibles.
 
Si nous parlons néanmoins d’un repos ou d’une persévérance ou inertie des choses, c’est uniquement par rapport aux choses de notre expérience fondamentale, à cause de notre pratique vitale parmi elles, et parce que nous ne tenons pas compte, alors, de l’entraînement de la chose immobile au sein d’une autre chose en mouvement, ni de ses propres changements d’état. Une chose persévère dans l’être quand elle se maintient parmi les autres mouvements sans en être entraînée ou, si cela arrive, en conservant néanmoins l’essentiel de son mouvement initial. Elle persévère ainsi dans le repos ou dans le mouvement adopté, jusqu’à ce qu’elle soit contrainte d’échanger le repos contre du mouvement, ou vice-versa, et jusqu’à ce que la tension des mouvements – constitutive de son état de chose composée – ne se trouve finalement annihilée. Nous parlons du principe d’inertie auquel les choses obéissent. Ce principe joue un rôle capital dans les sciences, tout comme les lois d’indestructibilité de la matière et de la conservation de l’énergie.
 
Nous voyons donc que la solidité et le repos se laissent expliquer par le mouvement, tandis que qu’on ne saurait expliquer le mouvement par le repos ni la solidité. Nous avons vu que la diversité des phénomènes de choses s’explique également par le mouvement : autant de phénomènes que de degrés de vitesse, de réactions que de variétés de mouvements composés avec des mouvements cinétiques. Mais s’il est vrai que la diversité des phénomènes se laisse expliquer par le mouvement, on ne saurait, inversement, expliquer le mouvement par la diversité des phénomènes. Tout s’explique par le seul mouvement Un – de l’Un.
 
      A SUIVRE…
 
   
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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