Pendant la refondation, les "mensonges" continuent !

Publié le par Sylvain Saint-Martory

                                                              
Le 26 novembre 2007
 
Objet :
« Pendant la refondation, les "mensonges" continuent ! »
 
                                                                Monsieur François Hollande 
Parti socialiste
10, rue de Solferino
75007 Paris
Fax n° 01 47 05 15 78
 
[A l’attention de : Arnaud Montebourg, Bernard Kouchner, Bertrand Delanoë, Claude Allègre, Dominique Strauss-Kahn, Élisabeth Guigou, Henri Emmanuelli, Jack Lang, Jean Glavany, Jean-Marc Ayrault, Jean-Pierre Chevènement, Julien Dray, Laurent Fabius, Lionel Jospin, Malek Boutih, Manuel Valls, Martine Aubry, Michel Sapin, Olivier Duhamel, Robert Badinter, Ségolène Royal et Vincent Peillon]
 
Monsieur,
 
Face à vos querelles intestines patentes et à votre impossibilité toujours actuelle de parvenir à un accord, tant sur un programme que sur un leader, vous n’avez encore rien trouvé de mieux pour refaire un semblant d’unité de façade que votre opposition systématique, bornée, « contre » Nicolas Sarkozy, ce qui est par ailleurs votre droit le plus légitime – démocratiquement, mais pas intellectuellement parlant ! Ainsi, au cours d’une récente réunion avec des militants socialistes, avez-vous été conduit à dénoncer « sans rire » l’égocentrisme, voire l’ego surdimensionné, de Nicolas Sarkozy - sans juger pour autant utile de retranscrire ici l’intégralité de vos propos, sauf à vous de les renier éventuellement !
 
Loin de contribuer valablement au seul et unique véritable débat d’idées, dont je vous ai maintes fois entretenu en vain dans les dix-huit lettres adressées depuis le 6 octobre 2000, sans compter celles adressées aux caciques de votre parti mis en exergue ici, vos propos se résument à une « attaque personnelle », portant précisément sur un trait de caractère « personnel », c’est-à-dire censé être une exclusivité, en l’occurrence l’égoïsme de Nicolas Sarkozy.
 
Evidemment, l’affirmation - o combien justifiée ! - que Nicolas Sarkozy est égoïste ne constitue pas « en soi » un mensonge, au vu de tout ce que vous ai déjà écrit sur l’égoïsme humain, mais elle n’en aboutit pas moins par son instrumentalisation politicienne à une manipulation de l’opinion, selon la tactique bien connue : « Discréditez, discréditez, il en restera bien quelque chose de favorable pour nous dans l’opinion ! »
 
Je peux même ajouter « instrumentalisation volontaire », car, à la relecture du courrier mentionné toujours sans réponse « sur le fond » mais encore à votre disposition, vous seriez contraint de reconnaître que je n’ai eu de cesse, durant des années, de dénoncer – arguments et intellectuels et philosophiques à l’appui ! – l’égoïsme inhérent à notre nature humaine ; un égoïsme naturel, inné, auquel personne n’échappe : ni vous, ni « moi », ni les six milliards et quelques humains d’aujourd’hui (inconscients et hypocrites inclus) - pas plus que n’en seront exempts les milliards ou les dizaines, voire les centaines, de milliards d’individus qui nous succèderont durant les millénaires à venir !
 
Pour vous rafraîchir la mémoire, je vous rappelle brièvement ce qu’il faut entendre par « égoïsme » dans son acception adéquate, c’est-à-dire débarrassée de toute connotation moralisatrice, telle que la vôtre en l’occurrence ! Notre égoïsme n’est que le désir premier de tout individu de vivre le plus longtemps et le mieux possible dans son milieu spatio-temporel d’existence, en se gratifiant autant que faire se peut dans ses affaires d’amour, de possession, et de gloire ou honneur-vanité. Il ne faut donc pas rêver qu’une quelconque solution miraculeuse suffirait à y mettre fin. Je vous renvoie donc à toutes les recettes envisageables, déjà exposées pour montrer, voire démontrer que la Culture sous toutes ses formes est à jamais impuissante contre notre nature précisément égoïste !
 
J’attends toujours, d’ailleurs, la réponse au « défi » que je vous ai lancé ainsi qu’à la quasi-totalité des soi-disant « élites » du monde de l’information, de la politique, de l’intelligentsia et des associations moralisatrices à sens unique, dénoncées dans le document annexé, Mensonges et lâcheté des élites, d’indiquer concrètement comment éradiquer, de manière définitive et universelle : violence (barbarie comprise), conflits individuels et collectifs, rivalités de toutes sortes, privilèges, injustices, inégalités naturelles et autres, loi du plus fort, exploitation d’êtres humains, corruption et autres pratiques assimilées, favoritisme, népotisme, discrimination sous toutes ses formes [race, nationalité, sexe, orientation sexuelle, âge, statut social, situation de fortune, opinions religieuses, politiques et autres, handicap, maladie, apparence physique, vestimentaire, etc.], sans oublier la délinquance au quotidien et la misère mondiale.
 
A vous, et aux élites dénoncées, de préciser également comment parvenir à instaurer tout aussi universellement et définitivement : paix, justice, liberté, égalité et fraternité, voire simple stricte application du Droit, que chacun – « vertueux » compris ! - bafoue allègrement dans tous les domaines, dès que ses intérêts le réclament – au premier feu rouge venu, par exemple ! A l’aune de l’actualité nationale, je suis bien obligé de constater que vous faites prendre précisément le chemin inverse à la République. En effet, le nouveau sport national consiste plutôt à violer nos lois et nos frontières avec le concours actif des bien-pensants du jour, dont vous faites partie – la République elle-même est dans l’illégalité !
 
En effet, si nous n’étions pas déjà dans une « république bananière », ces charitables personnes du monde politique, intellectuel, artistique et associatif, qui aident des clandestins à braver les lois françaises, seraient poursuivies pour « complicité » d’entrée illégale sur le territoire, au lieu de se voir coiffées de l’auréole de saint Vincent de Paul ! Sur ce point cependant, nous confronterons légalité et légitimité, quand vous le voudrez bien : personnellement, je ne confonds pas le Droit et la Morale ! Pour moi la légalité « relative » de l’Etat est sans commune mesure avec la légitimité « arbitraire » des individus et des multiples groupes d’intérêts antagonistes, quels que soient les critères d’appartenance !
 
En dépit de ces considérations générales incontestables sur notre égoïsme humain et sur l’hypocrisie généralisée – sauf à vous d’en établir la fausseté et de démontrer l’hypothèse inverse !-, votre instrumentalisation politicienne a pour seul but de conforter vos intérêts individuels et collectifs partisans, en touchant ceux, qui contrarient votre égoïsme, là où ça les chatouille : la moralité ! Chacun, ou presque, en effet, est très soucieux d’apparaître publiquement comme un « type bien » ; en privé, chacun se connaît pourtant assez bien, et son égoïsme ne fait pour lui aucun doute - hormis les inconscients bien entendu, alors que même les hypocrites savent très bien ce qu’ils font ! 
 
Leur devise favorite : « Je suis vertueux, donc je condamne ! » - à moins que ce ne soit l’inverse ! - est celle des bien-pensants de toutes les époques, à savoir ces soi-disant « vertueux autoproclamés » qui dictent aujourd’hui, comme hier et demain, les prétendument Bien et Mal absolus pour s’arroger le « monopole de la vertu ». Forcément, quand on est à la fois juge et partie, quand on fixe soi-même les règles du jeu à sa convenance en décrétant, de façon fictivement absolue, ce qu’il est bien ou mal de penser ou de dire, « ça aide » pour juger et condamner moralement – mais hypocritement ! - les Autres ! Et puis, passer pour un « vertueux », fut-ce au prix de mensonges et de dissimulation, c’est tellement « juteux » ! ! ! Faire ressortir seulement le négatif sans évoquer le positif  de toute situation donnée, c’est payant, électoralement parlant, fut ce au prix d’alimenter la « débilité intellectuelle » de l’époque, telle qu’elle s’est publiquement exprimée à propos de la période coloniale !
 
Mais j’ai déjà tellement montré et démonté tous les mensonges et toutes les « croyances au miracle » idéologiques et moralistes, sans susciter la moindre réaction de votre part, qu’il n’y a pas de raison que cela cesse : la fable des bons et des méchants, pourtant dénoncée voici près de deux mille ans, n’a toujours pas pris une ride ! Pendant des millénaires encore, les humains continueront à entendre colporter les sornettes de la Superstition, idéologique et moraliste notamment, leur promettant de changer le monde, comme l’atteste votre déclaration sans ambiguïté du 21 novembre 2004 sur LCI. Toutefois, si vous en êtes un exemple significatif, vous n’êtes pas, et de loin, le seul exemple de la manipulation de l’opinion, faisant croire en votre omnipotence à changer le monde – apparemment, c’est plus compliqué de se confronter à ses contradicteurs !
 
La seule manière envisageable, non pas de changer le monde car la tâche est surhumaine, mais de faire évoluer la mentalité de la société, ce serait déjà d’accepter de débattre sur le fond pour parvenir à modifier tant soit peu notre égoïsme inné, lequel ne disparaît jamais totalement même chez les plus sages ! Au-delà de ce rêve, le comportement de Bernard Thibaut et de François Chérèque par exemple, qui demeurent pourtant encore des égoïstes comme chacun d’entre nous, a nettement tranché, ces derniers jours, sur celui de Didier Le Reste de la CGT Cheminots, des affiliés du syndicat Sud et d’Olivier Besancenot, notamment. C’est précisément ce que j’entends par « modifier son égoïsme », et ils y sont en partie parvenus sans oublier totalement pour autant leurs intérêts propres et ceux de leurs mandants !
 
Dans un monde où tout est relatif et rien n’est absolu, les uns se sont rangés derrière le « relatif », en acceptant la « nécessité des choses », au sens spinoziste du terme, tandis que les autres se sont arc-boutés sur l’Absolu, sur leurs positions absolutistes censées dépendre de leur illusoire « libre arbitre » conduisant à leur « croyance au miracle » de pouvoir, à leur guise, transposer l’Idéal dans le quotidien – en leur faveur, certes ! Néanmoins, comme c’était surtout au détriment des usagers abandonnés à leur galère quotidienne, je vous laisse décider qui sont les plus égoïstes ! S’il n’y a pas de différence de « nature » entre les humains, il y a néanmoins des différences de « degré » ; celles-ci, se manifestent au gré des circonstances et expliquent les différences de comportement – quitte à faire le contraire, d’une fois à l’autre, dans une situation semblable, mais en étant toujours seulement inspiré par des aspirations et des intérêts égoïstes !
 
Vous devriez, d’ailleurs, vous inspirer de cette réflexion pour la « refondation » de votre parti. Ceci vous éviterait de vous déchirer, d’accuser - ou de laisser accuser - certains d’entre vous, Manuel Valls en l’occurrence, de se rapprocher de la droite, alors qu’ils abandonnent sagement l’Absolu, la vision absolutiste ou idéale de la société, pour se ranger derrière le « relatif » de notre monde. Eux semblent avoir compris enfin que l’Idéal n’est pas de ce monde, même pas en matière de logement opposable : une disposition chimérique condamnée à jamais à l’échec, sauf à vous de démontrer qu’il est possible de transposer l’Idéal dans le quotidien, dans ce domaine comme dans tous les autres ! Au vu des conséquences des mensonges et des « croyances au miracle » sur le devenir de la planète, le monde, et pas seulement la France, aurait tout à gagner d’une honnêteté intellectuelle plus rigoureuse, fut-ce au détriment du rêve, de l’impossible rêve ! ! !
 
En conclusion, même si cela vous paraît prétentieux, j’affirme que mes propos auront gardé toute leur fraîcheur dans deux mille ans, au seul vu de l’évolution du monde durant ces deux millénaires à venir. Les mêmes causes, à savoir nos comportements égoïstes, reproduiront les mêmes effets, c’est-à-dire les sempiternels maux de l’humanité évoqués dans le défi lancé, comme les deux millénaires précédents nous le donnent à voir : malgré un progrès technologique sans précédent, la répartition inégalitaire, voire de plus en plus injuste, demeure toujours la règle de notre monde.
 
Exactement pour la même raison, le devenir du monde depuis deux siècles suffirait à convaincre Robespierre, à peine deux cents ans après une révolution de portée universelle, qu’en matière d’égalité, de liberté et surtout de Vérité, tout reste encore à faire ! Pourtant sur le seul plan de la Vérité, sa richesse est la plus aisée de toutes à partager - et ce, sans léser personne ! Pour ce qui est de la richesse économique, comme déjà dit, nous reparlerons d’égalité, voire de fraternité, lorsque les riches auront partagé leurs richesses avec les pauvres ! ! ! Certes, les rêveurs et autres « croyants au miracle » n’ont aucun doute à ce sujet, mais DEMAIN, toujours DEMAIN, seulement DEMAIN, hélas – à la saint Glin-glin !
 
A vous de montrer que vous êtes un leader capable de renoncer, pour la refondation d’un parti socialiste « crédible », à toutes les fables idéologiques et moralistes qui vous semblent si profitables dans l’instant, mais qui vous ont conduits à trois échecs successifs pour accéder à la magistrature suprême ! Jusqu’ici toutefois, le seul fait de refuser le véritable débat d’idées témoigne sans ambiguïté de votre intention délibérée de continuer à colporter des points de vue relatifs « fictivement absolutisés », et donc de tromper l’opinion par de fallacieuses promesses, au seul profit de vos intérêts égoïstes partisans, individuels et collectifs ! Par ailleurs, l’opposition systématique, les divisions et les mensonges sur les chiffres ne sont pas le meilleur moyen de parvenir à la félicité promise, pas plus qu’encourager à se plaindre ceux qui ne sont pas légitimés à le faire – les conducteurs de TGV, par exemple !
 
En résumé, vous n’avez toujours pas réalisé que vos engagements mensongers, promettant d’instaurer un ordre juste ou de changer le monde, laissent vos fidèles naïfs, cocus et frustrés jusqu’à leur dernier jour – assurément, pour ne pas désespérer Billancourt, vous préférez mentir ! Ainsi, toutefois, vous jouez contre la France par votre refus de mesures, y compris contre l’immigration clandestine, adoptées pourtant dans d’autres pays européens pas moins démocratiques que nous, mais qui ne confondent pas pragmatisme et illusoires principes, du seul fait de leur idéalisation, à savoir la possibilité de les transposer dans le quotidien. Toutefois, pour ce qui est de l’Idéal, circulez, l’Idéal, ne viendra pas : il n’est définitivement pas de ce monde ! ! !
 
Dans l’attente de vos éventuelles objections qui ne devraient pas manquer de tenir compte de l’intégralité de l’argumentation antérieure, et de vos propositions concrètes pour relever le défi lancé, je vous remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.
 
Annexe : Mensonges et lâcheté des élites
 
 
 

Publié dans COURRIER "Politiques"

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