Grenelle : Une "messe laïque" !

Publié le par Sylvain Saint-Martory

Dans sa chronique du 1er octobre sur France Culture, consacrée au Grenelle de l’environnement, Alain-Gérard Slama utilise l’expression « messe laïque » empruntée à Jean-Louis Borloo, et il déclare notamment :
 
 « La comparaison de la rencontre de Grenelle avec un rituel religieux s’impose. Grenelle, c’est la rencontre et la prière de tous ceux qui ont trop peur pour accepter la perspective de la disparition inéluctable de l’humanité.
 
Dans les années de l’entre-deux-guerres, on a connu ainsi des rencontres entre ceux qui récusaient la violence parce qu’ils ne croyaient pas à la mort possible des civilisations, comme François Valéry ; ces rencontres se déroulaient à Genève, et elles n’ont pas empêché la guerre.
 
Nous trouvons, de même, dans la préparation de la grande conférence de Grenelle sur l’environnement des esprits qui pensent qu’on pourra sauver la planète en recourant à des « grigris » quasi religieux comme l’isolation de l’habitat, la réduction de la vitesse sur les routes ou le développement de l’agriculture biologique.
 
Ces solutions naïves sont des placebos, des emplâtres sur un « … ? » ; d’autres sont un peu l’équivalent des ultra-pacifistes de l’avant guerre, qui, se rendant compte de l’insuffisance de ces remèdes, adhèrent aux thèses de l’écologie dite « profonde », qu’il vaudrait mieux qualifier d’ « écologie creuse », selon laquelle l’humanité pour survivre doit se réduire elle-même en esclavage, en inversant sur tous les plans, technique, juridique, philosophique, le rapport de domination qu’elle avait cru pouvoir instaurer par rapport à la nature.
 
Tous ont en commun, me semble-t-il, la difficulté de penser la disparition de la vie, tous ont en commun de chercher à « conjurer la mort », et c’est ainsi que s’explique, selon moi, le refus opposé par nombre d’entre eux à la seule solution qui permettrait de prolonger les ressources énergétiques de l’humanité, et c’est le recours à l’énergie nucléaire. Comme le charbon et le pétrole, l’énergie nucléaire n’est pas inépuisable, et si elle ne menace pas d’aggraver le réchauffement climatique, elle soulève des problèmes de traitement des déchets loin d’être résolus ; enfin, du nucléaire civil au nucléaire militaire, voyez l’Iran, le dérapage toujours possible aggrave les menaces de guerre.
 
C’est pourtant la moins mauvaise réponse possible au problème du tarissement des énergies fossiles à échéance d’un demi-siècle, même pas, avec l’énergie solaire bien sûr, les autres solutions étant outrées ou insuffisantes, ou comme la biomasse beaucoup trop consommatrice en eau. Il n’empêche qu’aucun accord n’a pu se faire sur le nucléaire au sein des ateliers préparatoires à la rencontre de Grenelle de fin octobre, et il est probable qu’il ne sortira rien d’autre de cette rencontre que les placebos plus ou moins contraignants que je viens d’évoquer.
 
On refuse de penser le nucléaire, parce qu’un lien trop étroit l’associe à l’idée de la mort. Pourtant, la mort est dans nos cellules dès notre naissance ; les progrès de la science ainsi que les formidables avancées faites par l’humanité dans l’allongement de son espérance de vie sont liées à ses découvertes. J’espère ne pas me livrer à une analogie trop artificielle en suggérant que le seul chemin qui puisse mener l’humanité quelque part passe par le constat que la mort est inscrite dans le programme génétique de la planète. » [Fin de citation]
 
Remarques :
 
Cette messe laïque - au véritable sens religieux de l’expression dans ses incantations et ses prières ! -, dont ne sortira rien de réellement efficace pour maîtriser - même à terme ! - les forces de la nature, repose comme son homologue seulement sur la foi et sur l’espérance, pas sur la RAISON ! Sauf à croire que notre volonté soi-disant libre a le pouvoir d’accomplir tout ce que nous désirons dans nos rêves les plus fous ; elle pourrait donc même agir efficacement sur le fonctionnement du soleil, sur le magma en fusion sous nos pas, sur le Gulfstream, sur les nuages et tant d’autres facteurs influençant le climat de la planète ! 
 
Certes, je n’entends ici nullement convaincre les naïfs, et surtout pas ceux de l’ « écologisme » sectaire, par ailleurs pas toujours d’accord sur tout, dans la mesure où il y aurait, paraît-il,  des écologistes de droite et de gauche comme Nicolas Hulot et Noël Mamère, notamment : essayez donc de les réconcilier sur le nucléaire, si votre volonté prétendument libre est soi-disant tellement puissante ! 
 
Jusque là, la division ne me semble pas être la meilleure manière de parvenir à ses fins, dans ce domaine comme dans tous les autres ! Et encore, nous ne parlons là que de la France, des intérêts égoïstes partisans des Français : qu’en sera-t-il, lorsqu’il s’agira non seulement de 1% des habitants de la planète, mais des neuf milliards – et plus -  qui la peupleront DEMAIN ? !
 
Assurément, de tout temps, l’être humain, confronté à la peur, à l’angoisse existentielle et désemparé à l’idée de mourir, s’est réfugié dans la superstition, et en particulier dans la superstition religieuse qui lui promet de vivre « éternellement » ; de surcroît, dans un paradis qu’il ne connaîtra jamais ici-bas – n’en déplaise aux « marchands de rêve » professionnels de l’idéologie, toutes les idéologies sans exception – y compris l’altermondialisme, cette « croyance au miracle » de prétendus « penseurs modernes » !
 
On peut comprendre aisément que les mirifiques promesses des « vendeurs d’illusion » séduisent toujours autant les naïfs, et ce pour le plus grand profit des escrocs de toutes sortes. Toutefois, comme l’écrit Spinoza, lequel ne croyait pas aux « miracles », sans pouvoir en détourner les naïfs :
 
« Si les hommes avaient le pouvoir d’organiser les circonstances de leur vie au gré de leurs intentions ou si le hasard leur était toujours favorable, ils ne seraient pas en proie à la superstition. » (Traité de l’Autorité politique)
 
Je n’hésite pas non plus à inclure au nombre des « escrocs » tous les « scientistes » qui font croire en une science capable de comprendre et d’expliquer « absolument » notre monde, en somme d’apporter DEMAIN LA Vérité absolue - avec la Superstition dans tous ses modes d’expression, c’est toujours DEMAIN, seulement DEMAIN, hélas ! Toutefois, si cela doit les aider à mieux vivre, grand bien fasse aux naïfs de « croire » qu’ils vivront éternellement, que la planète sera sauvée des eaux et que les heures radieuses espérées depuis des millénaires arriveront, quand ils ne seront plus là pour le constater ! ! ! Par malchance pour eux, personne ne reviendra les conforter dans leur croyance au paradis céleste…
 
Concernant le « scientisme », par quoi il faut entendre la science dévoyée promettant LA Vérité absolue, malgré les immenses progrès du savoir, l’homme n’a pas changé, et chaque nouvelle découverte lui est une tentation d’inventer une théorie de portée universelle (connaître le monde et son origine) ; il salue les nouvelles théories comme des progrès dans la connaissance du monde, jusqu’à ce que d’autres découvertes en révèlent l’inconsistance et précisent les limites entre lesquelles les lois, que les théories en question absolutisaient, demeurent applicables. Albert Einstein a d'ailleurs déclaré sur ce point  :
 
 « Le monde est un chaos qui dépasse nos capacités de compréhension et un aspect échappera toujours à la science : pourquoi ce monde existe-t-il ? Je ne veux pas être confondu avec tous les suffisants et positivistes qui croient détenir toutes les réponses. »
 
En conclusion, non seulement je ne crois pas du tout à la capacité des humains de s'unir pour le soi-disant intérêt général de la planète, quel que soit celui-ci, mais les mesures « riquiqui » envisagées pour maîtriser la Nature ne me semblent nullement en mesure de changer quoi que ce soit ! 

Ainsi les êtres humains, dans leur quasi-totalité, continueront-ils à être  portés par nature davantage à « croire » qu’à « penser
vraiment », et il reste donc à chacun de choisir - pas forcément « librement » d'ailleurs, mais c’est un autre problème…
 
 
 

Publié dans TEXTES

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