Ethique, moralisme et égoïsme

Publié le par Sylvain Saint-Martory

Avant-propos

[Les éventuels défauts de présentation sont indépendants de ma volonté]

Le 6 octobre 2007

Objet :
« Ethique, moralisme et égoïsme »


Comité consultatif national d'éthique 
9, rue Saint-Georges
75009 PARIS
Fax : 01 53 86 11 40
 
 
Mesdames, Messieurs,
 
 
Votre récente prise de position, sur fondement moral sous-jacent, concernant l’utilisation de la biométrie - contrôle ADN, en particulier -, destinée à limiter les fraudes de l’immigration clandestine sur le territoire national, m’incite à vous faire part de mes observations, tant il me paraît utile de distinguer clairement entre l’éthique, au sens spinoziste du terme, et la morale ou plutôt le moralisme [Morale et condamnations moralisatrices des Autres au nom de LA Morale : laquelle ? !] 
 
En clair, la superstition moraliste, tous catéchismes confondus, émet la prétention de dicter aux humains un Bien et un Mal soi-disant absolus, alors qu’ils sont seulement, en fait, des valeurs « relatives » fictivement absolutisées ! D’ailleurs, même le catéchisme universel contemporain ou Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, dont seule l’ « inobservation » est réellement universelle - sauf à vous de démontrer le contraire à l’aune du devenir du monde durant près de soixante ans ! –, n’a pu échapper à l’ « absolutisation fictive du relatif » en matière de liberté et d’égalité notamment, comme cela est manifeste dans le texte par l’opposition entre absolu et relatif
 
Dans ce document, en effet, tout est absolu a priori d’après son article I, mais ensuite apparaît le relatif, laissé à l’arbitraire des Etats, comme l’a si bien exprimé « sans rire » Jean-Louis Bianco sur RMC Info, durant la campagne présidentielle, en affirmant : « On peut tout dire, mais il y a des limites » ! ! ! 

Contrairement à ce que la pensée politiquement correcte de la bien-pensance contemporaine voudrait nous faire accroire, dans notre monde où tout est relatif et rien n’est absolu – sauf à vous d’établir le contraire ! -, il n’y a ni Bien ni Mal absolument absolus, et pas davantage de liberté, d’égalité, de justice et de démocratie absolues ou idéales. C’est pourquoi, d’ailleurs, nous reparlerons d’égalité et de fraternité, lorsque les riches auront partagé leurs richesses avec les pauvres : DEMAIN, toujours DEMAIN, seulement DEMAIN – à la saint Glin-glin ! L’Idéal n’est définitivement pas de ce monde, ce qui n’empêche pas la société humaine universelle de continuer à fonctionner sur ses « croyances au miracle », engagée qu’elle est dans la course à l’échalote de l’Idéal avec ses fallacieuses promesses plus mirifiques les unes que les autres ! ! ! 
 
Pour vous convaincre de la relativité de toutes les opinions du monde, en cas de désaccord éventuel, il me suffit de vous faire observer que vos propres décisions ne sont pas toujours prises à l’unanimité des membres de votre comité, tout comme la Déclaration des droits de l’homme de 1948 n’a sûrement pas été adoptée par la totalité des délégations présentes à l’ONU, le 10 décembre 1948 ; la diversité des opinions suffit à attester la « relativité » de tout le contenu pensé dans et sur (à propos de) notre monde. 
 
La réalité concrète témoigne qu’il n’y a ni Bien ni Mal absolus sur la planète, dans la mesure où ce qui était interdit hier, peut être autorisé aujourd’hui, ou encore ce qui est déclaré bien, ici, est jugé mal ailleurs – IVG et peine de mort, par exemple -, tout comme il en va des mesures pour limiter les fraudes liées à l’immigration clandestine. Ainsi sept pays européens ont-ils adopté le contrôle ADN sans en faire un pataquès, sauf erreur de ma part, tandis que d’autres s’y opposent au nom de valeurs qui sont tout sauf absolues – à moins que quiconque ne puisse démontrer le contraire ! Et ce même au prix de compromettre la marche en avant unitaire de la communauté européenne, déjà bien divisée par ailleurs, ne serait-ce que sur l’euro : une paille ! Je constate également que la biométrie tant décriée ici pour des raisons morales est utilisée pour autoriser, ou non, l’entrée légale aux Etats-Unis, et vous êtes bien obligés de vous y soumettre - sauf à renoncer à un projet de voyage ! 
 
En clair, au nom de l’Idéal qui n’est pas de ce monde, certains décident  pourtant du devenir de la planète en se fondant seulement sur leur chimère principale de transposer l’idéal dans le quotidien. Il en va ainsi de la prétention absurde des humains de croire pouvoir maîtriser à terme le climat de la planète pour l’éternité, ou plus simplement du droit au logement opposable et autres infinis exemples ! Toutefois, je n’entends pas développer ici mon argumentation dénonçant l’ « absolutisation fictive du relatif », qui est le critère fondamental de la Superstition dans ses divers modes d’expression : religion, toutes religions confondues – monothéistes ou non -, métaphysique (doctrine matérialiste et scolastique idéaliste ou spiritualisme), idéologie, toutes les idéologies sans exception – altermondialisme inclus -, en sus du moralisme déjà évoqué. 
 
Je me borne pour l’instant à affirmer, avant de le démontrer si besoin est, que la coexistence d’un Bien et d’un Mal absolus est une « impossibilité absolue » par définition, philosophiquement parlant, et à indiquer brièvement les trois fictions sur lesquelles se fonde la superstition moraliste dans tous les catéchismes de la planète, avec leurs commandements et leurs interdits fictivement absolutisés – au point qu’Alain Finkielkraut est même allé jusqu’à parler de « catéchisme de la Shoah » dans un entretien avec Alain Duhamel sur France 2, en avril 2001 : aucun catéchisme du monde n’exprime l’Absolu, LA Vérité absolue ! ! !
 
La première fiction déjà évoquée, à savoir la « croyance » en un Bien et un Mal prétendument absolus, permet à tous les censeurs autoproclamés de la planète de faire culpabiliser les Autres, puisqu’ils sont les « vertueux » en raison de leur devise favorite : « Je condamne, donc je suis vertueux » - à moins que ce ne soit l’inverse !
 
Bien et Mal ne sont, en toutes circonstances, que des valeurs relatives : il n’y a pas de choses bonnes ou mauvaises « en soi ». Contrairement à ce que la « débilité intellectuelle » de l’époque est parvenue récemment à faire croire jusqu’au plus haut sommet de l’Etat et de ses institutions, dans notre monde où tout est relatif, TOUT comporte à la fois du « pour », des avantages, du positif, et du « contre », des inconvénients, du négatif, entre lesquels tranchent seulement les intérêts égoïstes, individuels et collectifs, des uns et des autres. Comme le dit Spinoza, un des très rares « vrais » philosophes connus : « Nous ne désirons pas une chose, parce qu’elle est bonne (« en soi »), mais c’est parce que nous la désirons que nous la jugeons bonne. » 
 
La seconde fiction du moralisme consiste à distinguer artificiellement, fictivement, deux catégories d’humains soi-disant « par nature » : les bons, les « vertueux », les altruistes, aujourd’hui les antiracistes, d’un côté, et, les méchants, les « salauds », les égoïstes, les racistes, de l’autre ; les uns étant censés accomplir le Bien absolu, en toutes circonstances, tandis que les autres seraient condamnés au Mal absolu, de toute éternité ! Ceci est particulièrement manifeste, aujourd’hui, en matière de discrimination ; ainsi, par exemple, les donneurs de leçons de morale sur tel critère discriminatoire (race, par exemple) oublient leurs propres comportements du même acabit par rapport à d’autres critères  -sexisme, homophobie, opinions politiques ou religieuses, âge, handicap, etc., etc. -, ainsi que l’a illustré en son temps la manifestation contre le racisme, l'antisémitisme et les discriminations, emmenée par le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) et la Ligue des droits de l'homme (LDH), de novembre 2004, au cours de laquelle de soi-disant antiracistes ont apporté la preuve qu’ils pouvaient avoir des comportements racistes : un comble ! 
 
La lucidité sur le comportement des humains devrait permettre, face à l’hypocrisie généralisée, de constater que chacun se conduit, tantôt en « vertueux », tantôt en « salaud », au gré du va-et vient de ses désirs et intérêts égoïstes, tout comme chacun – vertueux compris ! – pourrait témoigner dans son usage de la route, quel que soit son mode de déplacement, qu’il agit, parfois bien, parfois mal – au premier feu rouge venu, par exemple ! Mais, si nous n’avions que « ça » à nous reprocher…
 
La troisième fiction du moralisme accrédite l’existence d’un soi-disant « libre arbitre », d’une pseudo-volonté libre en vertu de laquelle chacun pourrait opter librement entre le Bien et le Mal - en toutes circonstances, évidemment, même lorsque nos intérêts égoïstes seraient contrariés ! Ceci est déjà particulièrement absurde en raison de la relativité des notions de Bien et Mal dans le temps et dans l’espace, comme précisé ci-dessus. Contrairement à l’opinion superstitieuse commune, il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir en vertu d’un prétendu libre arbitre : en réalité, nous faisons ce que nous pouvons « par nécessité » ou déterminisme infini, pas ce que nous voulons au gré d’un « illusoire » libre arbitre ! J’attire l’attention des non spinozistes sur ce court extrait de l‘Appendice d’Éthique I :
 
« D’où il suit, en premier lieu, que les hommes se croient libres parce qu’ils ont conscience de leurs volitions et de leur appétit, et qu’ils ne pensent pas, même en rêve, aux causes qui les disposent à désirer (appetere) et à vouloir, parce qu’ils les ignorent. »
 
Pour réfuter brièvement les fictions du moralisme, je me borne à souligner que personne n’échappe à notre nature humaine égoïste – ni vous ni « moi », et pas davantage les six milliards d’humains (hypocrites et inconscients inclus !) – sinon, par quel miracle de la Nature en sa faveur – en dépit de la prétendue élection divine par un Dieu partisan ! Notre égoïsme, dans son acception adéquate, c’est-à-dire débarrassée de la connotation moralisatrice ordinaire de bien et de mal, n’est que  le désir inné de chacun de vivre le plus longtemps et le mieux possible, en se gratifiant autant que faire se peut dans ses affaires d’amour, quel qu’en soit l’objet, de possession de biens et de personnes (d’où l’argent comme instrument d’échange) et de gloire ou honneur-vanité, à travers la recherche de titres, de distinctions et de médailles de toutes sortes.
 
Il n’y a pas les bons et les méchants par nature - même l'abbé Pierre n'était pas « parfait », comme il l'a confessé publiquement sur le tard ! -, il n’y a que des humains égoïstes au point que nos jugements, nos opinions, nos engagements et nos luttes dépendent de notre seul égoïsme, lequel détermine ce qui est bon ou mauvais pour chacun, en comparant toujours ce qui lui est favorable ou défavorable. Toutefois, je ne développe pas davantage ici pour montrer que rien n’est en mesure de faire de l’homme tel qu’il est, l’homme tel qu’il devrait être pour transformer ses rêves, ses « croyances au miracle », en réalité de DEMAIN. La Culture sous toutes ses formes est à jamais impuissante contre notre nature, comme l’exprime sobrement ce mot de Camus : « La souffrance et la révolte s’éteindront avec le dernier homme. »
 
La nature humaine égoïste de tous devrait donc suffire à dispenser chacun de donner des leçons de morale aux Autres, puisqu’il n’y a pas - il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais ! - d’individus, de groupes d’individus, TOUS critères d’appartenance confondus, réellement IRRÉPROCHABLES - sauf à vous d’établir le contraire ! Face à l’Idéal, chacun est coupable, coupable de crime de lèse-Idéal ! ! ! En conséquence, QUI ou QUOI autorise les prétendus justiciers de l’Idéal à condamner moralement les Autres, sinon le souci de leurs désirs et intérêts égoïstes de toutes sortes ? 
 
Compte tenu des considérations générales ci-dessus et des précisions fournies dans le texte ci-après, Mensonges et lâcheté des élites, je vous laisse juge des décisions actuelles de votre comité d’éthique, lesquelles ne devraient donc plus comporter le moindre soupçon de jugement et de condamnations moralisatrices, puisque personne n’est irréprochable. Dans le même temps, tous les censeurs autoproclamés devraient renoncer à s’arroger le « monopole de la vertu », pour la simple raison que la caractéristique principale des vertueux, c’est de reprocher aux Autres ce qu’eux-mêmes ont fait hier, et qu’ils referont demain, à la première occasion où leurs intérêts de toutes sortes l’exigeront !
 
 
Dans l’attente de vos éventuelles objections de fond argumentées, je m’en tiens là pour l’instant et,  en vous remerciant de votre attention, je vous prie d’agréer, Mesdames, Messieurs, mes salutations distinguées.
 
Annexe : Mensonges et lâcheté des élites
 
 

Publié dans COURRIER "Divers"

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