Grenelle : "Vous allez voir ce que vous allez voir" !

Publié le par Sylvain Saint-Martory

 
 
 
Dans sa dernière chronique hebdomadaire concernant la liberté d’information en matière d’environnement et de santé notamment, Corinne Lepage a déclaré au sujet du Grenelle de l’environnement, censé régler à terme le thermostat climatique de la planète pour l’éternité :
 
« Parmi les très nombreuses propositions du Grenelle de l’environnement, certaines ont été fortement médiatisées et d’autres beaucoup moins. Parmi les dernières figurent des propositions du groupe V, intitulées « Construire la démocratie écologique, institutions et gouvernance », ce qui vous intéressera, Mesdames et Messieurs les journalistes, en ce qui concerne l’accès à l’information peut-être en raison de la très grande timidité des propositions.
 
En effet, si le programme d’action comporte le droit à l’information, la liberté d’accès aux documents administratifs ou la réutilisation des informations publiques, il s’agit de propositions encore bien timides au regard de la loi sur la liberté d’accès à l’information des Etats-Unis ou de différents pays voisins. Ainsi la Norvège a modifié sa Constitution pour reconnaître le droit d’accès à l’information, la Grande Bretagne s’est dotée d’un « Freedom of information Act » qui a permis aux britanniques d’accéder à des pans entiers de l’histoire anglaise qu’ils ignoraient totalement, et même les pays de l’Europe de l’est ont fait des progrès tout à fait remarquables qui, il faut le reconnaître, leur donnent en matière de transparence une avance sur nous.
 
On ne peut donc que s’étonner que les propositions du Grenelle n’aient pas été plus radicales pour améliorer le dispositif français, dont les modifications récentes, hélas, sont allées dans le mauvais sens : extension de la notion de secret industriel, y compris dans le domaine des études concernant la santé et l’environnement qui, pourtant, au niveau communautaire devraient être systématiquement publiques, extension du champ d’application du « secret défense », pénalisation de la publication d’informations dont l’accès a pourtant été autorisé par la commission d‘accès aux documents administratifs, lorsqu’ils pourraient être couverts par le secret, poursuites pénales à l’encontre de journalistes suspectés d’avoir porté atteinte au secret lorsqu’ils refusent de fournir leurs sources.
 
Cette politique s’inscrit donc à contre-courant des politiques de transparence menées dans les pays démocratiques qui reconnaissent l’accès à tous les documents officiels détenus par les pouvoirs publics, quelle que soit leur nature, par toutes les personnes accomplissant une mission de service public. Ils exigent une publication régulière de la totalité de l’action administrative et gouvernementale, qu’il s’agisse de ses règles de fonctionnement interne, de ses décisions ou même de ses dépenses.
 
Cette liberté d’accès à l’information s’accompagne de règles de procédure très précises et contraignantes garantissant l’effectivité de son exercice. Certes, la liberté d’accès à l’information dépasse largement la santé et l’environnement, mais dans ces domaines particulièrement sensibles, il est important que les controverses scientifiques puissent avoir lieu et que la responsabilité citoyenne puisse s’exercer ; d’autant plus, que la convention d’Aarhus, qui fait désormais partie du droit communautaire et qui a été ratifiée par la France, est très exigeante en matière d’accès à l’information et de participation.
 
Pour cela, les conséquences du Grenelle devraient être a minima une révision de notre dispositif législatif en réduisant la part du secret industriel, en excluant le secret de toutes les informations concernant la santé et l’environnement et prévoyant la mise en ligne de toutes les informations détenues par les autorités publiques et les autorités privées remplissant une mission de service public.
 
Ceci devrait s’accompagner d’un renforcement des pouvoirs de la commission d’accès aux documents administratifs, sanctions à l’appui pour contraindre les autorités à publier les documents réclamés. Cette transformation dans l’exercice de la liberté d’accès à l’information dans le domaine de l’environnement et de la santé pourrait bien évidemment avoir quelque conséquence dans les autres domaines.
 
Outre une refonte du secret défense, devenue indispensable après l’affaire Clearstream, la mise sur le chantier par le Conseil de l’Europe d’une convention sur la liberté d’accès à l’information devrait être une excellente occasion pour la France de monter que dans ce domaine elle est dans la rupture ; tel ne paraît pas être malheureusement le cas aujourd’hui.
 
Dans le cadre actuel des négociations, la France bloque tout progrès et toute évolution vers un système à l’américaine. Elle cherche en fait à niveler par le bas les règlementations existant en Europe. Ce n’est acceptable ni pour l’image de la France ni pour l’exercice par les citoyens de leur liberté. Cette dernière situation mérité particulièrement d’être soulignée, à un moment où la question de la liberté de la presse, qu’il s’agisse de son indépendance financière par rapport aux grands groupes qui la détiennent ou par rapport à ses annonceurs, est un sujet prioritaire. Aux mesures qui seront concrètement prises sur ce sujet dans le Grenelle et à la position française dans le cadre du Conseil de l’Europe, il sera tout à fait facile de mesurer la cohérence entre les actes et les paroles. » [Fin de citation]
 
Remarques :
 
Je ne reviens pas ici sur les raisons de fond déjà exposées en détail dans le courrier adressé notamment à Nicolas Hulot (Cf. post « Prophète peut-être, mais "dégonflé", assurément ! ») pour souligner la « débilité intellectuelle » de l’époque dans sa prétention à régler à sa convenance, une fois pour toutes, le thermostat climatique sur l’ensemble de la planète !
 
Pour reprendre une expression de ma regrettée marraine : « Ils ont les chevilles qui enflent, ces humains » ! La Fontaine a exprimé, d’une certaine manière, cette même prétention dans la fable de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf, et le dicton populaire « avoir les yeux plus gros que le ventre » la traduit à sa façon, tout comme d’autres croyaient et faisaient croire récemment que « Ensemble, tout devient possible » : une illusion, rapidement démentie par la réalité quotidienne et moultes reculades !
 
Je me borne donc à souligner que les arguments avancés pour dénoncer la prétention scientiste de l’époque se fondent sur l’idée éternelle de la « relativité » du pensé - du contenu pensé humain -, y compris et surtout en matière de connaissance scientifique. On mesurera d’autant mieux, aujourd’hui, la relativité de la science, en ce jour de cinquantième anniversaire du lancement de Spoutnik I, que, seulement douze ans plus tard, l’homme faisait le premier pas sur la Lune, amenant la remarque suivante de Pierre Baland, ingénieur astronautique, auteur de l’ouvrage, De Spoutnik à la Lune, au cours des Matins de France Culture de ce jour :
 
« Nous avons complètement renouvelé notre connaissance du système solaire grâce à des sondes interplanétaires qui, depuis une vingtaine d’années, ont révélé des mondes, des planètes, d’une complexité et d’une diversité qu’on ne soupçonnait pas, dont plusieurs auraient pu réunir des conditions proches de celles qui nt vu la vie éclore sur Terre. » [Fin de citation]
 
La connaissance du système solaire « complètement renouvelée » - en à peine vingt ans ! - devrait inciter les « croyants au miracle » du scientisme contemporain, qui fait et laisse croire que le penser scientifique humain serait en mesure de connaître et de comprendre « absolument » notre monde – DEMAIN, toujours DEMAIN, seulement DEMAIN, hélas ! -, à méditer ce que la vérité « relative » scientifique d’aujourd’hui sera devenue dans plusieurs décennies, dans plusieurs siècles, a fortiori dans plusieurs millénaires ! Comme le dit Claude Allègre, à sa manière qui ne distingue pourtant pas absolu et relatif : « La vérité officielle scientifique, ça n’existe pas. » !
 
Evidemment, dans la suite de ce post, je ne manquerai pas de souligner la futilité des mesures envisagées par le Grenelle français, représentant 1% de l’humanité, dans sa prétention à instaurer un climat idéal sur la planète pour l’éternité – comme si le soi-disant « intérêt général » de l’humanité pouvait s’accorder sur la pluie et le beau temps ! ! !
 
Mais, d’ores et déjà, il me suffit de relever, dans les propos de Corinne Lepage, l’expression « sanctions à l’appui » pour faire observer que des sanctions même très fortement durcies n’ont jamais réussi à réfréner notre égoïsme humain dans ses déviances, comme vient de l’illustrer le présumé « délit d’initiés », et que, comme déjà dit par ailleurs, l’addition de lois à des lois, de textes internationaux à d’autres, ne suffira jamais à leur application « idéale » : la Culture sous toutes ses formes est à jamais impuissante contre notre nature, et ne fera jamais de l’homme, tel qu’il est, l’homme qu’il devrait être pour parvenir à transformer ses rêves, ses « croyances au miracle », en réalité ! Et si, de surcroît, vous attendez la cohérence entre ses paroles et ses actes, vous n'avez pas fini de  « croire au miracle » ! ! !

 
            A SUIVRE…  
 
 

 

Publié dans TEXTES

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