Islam et esclavage

Publié le par Sylvain Saint-Martory

 

Suite à la publication de son livre, L’esclavage en terre d’islam, Malek Chebel dénonce la survivance de cette pratique dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Le Point (n° 1826 du 13 septembre 2007) et rapporté pudiquement sous l’intitulé « L’islam est victime de sa culture esclavagiste ».
 
Au préalable, avant de citer des extraits non équivoques de ses propos, je tiens à faire remarquer que Malek Chebel a de la chance d’être arabo-musulman, puisque chacun sait qu’aujourd’hui, en France, seuls des musulmans ont - ou plutôt s’auto-attribuent ! - le « droit exclusif » de critiquer l’islam, comme des juifs sont seuls légitimés à condamner les juifs, des Noirs à juger les Noirs, ainsi que, en d’autres temps pas si éloignés, seuls des marxistes étaient habilités à analyser la théorie marxiste, l’Idéal transposé sur Terre, et sa pratique communiste, la réalité quotidienne de centaines de millions, voire plus d’un milliard, d’êtres humains.
 
Si vous doutez que Malek Chebel a eu de la chance de pouvoir tenir de tels propos sans encourir les foudres de tous nos « censeurs autoproclamés », professionnels des médias, de la politique, de l’intelligentsia et des associations « droits-de-l’hommiste », vous imaginerez, après lecture, ce qu’il en serait advenu de Jean-Marie Le Pen, voire Nicolas Sarkozy, en pareille circonstance.
 
Chacun sait, en effet, que LA Morale est aujourd’hui « forcément » à gauche, comme l’a rappelé récemment Jacques Vergès dans une émission évoquée – la Morale, peut-être, mais pas le courage intellectuel de débattre, en tout cas ! Une chose est sûre, même si personne n’ose le dire aussi ouvertement et nommément, les tenants de la superstition moraliste mentent et trompent l’opinion, tout en bafouant la liberté d’expression, dont ils se présentent pourtant comme les hérauts – n’ont-ils pas traîné dans la boue l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau !
 
Et tout cela, sur fondement de superstition moraliste avec ses bons, nous, et ses méchants, eux. Toutefois, je crois avoir suffisamment dénoncé les travers du moralisme, dont les « menteurs » ne veulent pas entendre parler – pour la seule bonne cause de leurs intérêts de toutes sortes ! Cela les autorise notamment à donner des « leçons de morale » à la planète entière, puisqu’ils sont « parfaits » bien entendu – en tout cas, ces hypocrites ne semblent pas en douter, sinon ils se dispenseraient de leurs leçons de morale ou commenceraient par se les appliquer ! ! !
 
Par ailleurs, sur un autre plan, je tiens à rappeler ici l’abondant courrier toujours sans réponse, adressé à Malek Chebel (cf. lettres des 6 juillet et 6 octobre 2005, ainsi que des 15 mai, 6 août et 10 octobre 2006) pour dénoncer la superstition religieuse, toutes religions confondues, alors que ce soi-disant intellectuel en appelle, non seulement à la RAISON, mais aussi à Luther pour voler au secours de l’islam – d’autres « croyants au miracle » de la réforme de l’islam n’ont-ils pas eu l’audace insensée, sur un plateau télévisé, d’y convier également Spinoza : vous avez dit « débilité intellectuelle »..? ! Malek Chebel, est, en effet, présenté comme défenseur de l’esprit des Lumières : Voltaire, au secours de l’islam !
 
Sur ce terrain particulier, je ne crains pas d’affronter n'importe lequel de ces prétendus intellectuels et autres pseudo-philosophes, dénoncés nommément dans le texte, Mensonges et lâcheté des élites, pour leur démontrer que la religion est « totalement incompatible » avec la « vraie » philosophie, au sens utilisé par Spinoza dans sa Correspondance – lui, au moins, ne les confond pas !
 
En revanche, la religion est « totalement compatible » avec la pseudo-philosophie de Descartes et de Kant : leur « Dieu-Créateur », doté prétendument d’un « libre arbitre », se révèle face à la « nécessité » spinoziste en tout point identique au Dieu de la superstition religieuse avec ses mystères et ses innombrables contradictions.
 
J’en viens aux propos de Malek Chebel sur l’esclavagisme en terre d’islam. En préambule de l’entretien, Catherine Golliau écrit au vu de la lecture de l’ouvrage :
 
« L’esclavage existe toujours en terre d’islam. Au pire, on le nie, au mieux, on le tait. Le dernier opus de Malek Chebel est encore plus dérangeant que d’habitude : plus qu’une étude scientifique, c’est un brûlot. L’Islam qu’il décrit est celui des négriers et des trafiquants, des enfants exploités et des femmes violées. Il ose, contrairement à d’autres amoureux de l’islam, clamer haut et fort son indignation face à la culture de l’esclavage en Islam. »  [Fin de citation]
 
Résumé de l’entretien
 
Le Point : L’esclavage dans les pays musulmans est un fait connu. De nombreux auteurs comme Bernard Lewis, Robert C. et Olivier Pétré-Grenouilleau Davis ont travaillé sur ce thème. Qu’apportez-vous de neuf sur le sujet ?
 
Malek Chebel : Le fait  que ces auteurs, tout à fait estimables, ne soient pas musulmans pèse sur la lecture que l’on fait de leurs travaux en terre d’islam. Mais en islam, le sujet est tabou. L’esclavage y est tellement intériorisé que les esclavagistes eux-mêmes refusent d’admettre qu’ils le sont. [Cf. le prétendu déni de grossesse !] Même des islamologues occidentaux réputés, qui disposaient des informations pour faire taire ce scandale ont préféré se concentrer sur la hauteur mystique des grands théosophes que de faire la lumière sur les réalités scandaleuses des marchands de chair humaine. Moi, je suis musulman. Ma parole a un poids différent. [SIC, il confirme !] J’ai visité tous les pays dont je présente la culture esclavagiste. Je suis allé sur place, à Zanzibar, en Mauritanie, au Maroc, en Egypte… J’ai rencontré les victimes de l’esclavage.
 
Le Point : Mais en touchant aussi violemment à l’islam et à ses pratiques, vous ne craignez pas d’être victime d’une fatwa ?
 
Malek Chebel : Je pourrais craindre une fatwa si j’insultais l’islam. Mais justement, je le défends. L’esclavage est en contradiction avec les fondements de la religion musulmane. L’islam est victime de la culture esclavagiste. Il est temps de dénoncer l’hypocrisie de tous ceux qui se revendiquent de l’islam le plus pur et qui dans le même temps violent son esprit en réduisant les autres en servitude. Mon livre est un manifeste et un cri de guerre contre ces pratiques.
 
Le Point : Le Coran et pourtant très ambigu sur l’esclavage.
 
Malek Chebel : Si certains versets du Coran peuvent paraître ambigus, la tonalité de l’ensemble penche en faveur de l’esclave.
 
[Affirmer tout et son contraire, confirmant ainsi la « relativité » des opinions du monde humain, c’est une chose, mais le Coran est-il, ou non, réellement l’expression de la Parole de Dieu ? Si oui, LA Vérité divine absolue ne saurait être sujette à des contradictions – sauf que le Livre musulman n’apporterait pas précisément LA Vérité absolue, comme Spinoza l’a démontré du Dieu religieux superstitieux en général, qu’il soit appelé Yahvé, Bon Dieu, Allah ou autrement !
 
Le Point : Tous les hommes ne sont pourtant pas égaux dans l’islam ?
 
Malek Chebel : C’est vrai, et le Livre précise que Dieu « a élevé les uns au-dessus des autres, en degrés, afin que les premiers prennent les autres à leur service, tels des serviteurs ». C’est sur un verset comme celui-ci que se fondent aussi les musulmans wahhabites d’Arabie saoudite et ceux du Golfe pour réduire leurs domestiques en servitude, en leur enlevant leur passeport et en les traitant comme des esclaves.
 
[Le Coran est-il donc réellement compatible avec le catéchisme universel contemporain en matière d’égalité ?]
 
Le Point : Celui qui est converti ne peut être réduit en esclavage, c’est un principe fondamental de l’islam. Pourtant, dès le VIIe siècle, la traite s’organise vers l’Asie, les Balkans et surtout l’Afrique…
 
Malek Chebel : L’empire avait besoin de bras [SIC !], et comme l’esclave ne pouvait être musulman, on est parti le chercher ailleurs, en Asie, en Turquie, en Afrique. [De l’art consommé de légitimer l’esclavage !] Il est vrai que nombre de Slaves de confession orthodoxe ont été réduits en esclavage, notamment sous le califat turc, pour remplir les harems et peupler l’armée.
 
[Etonnez-vous que les Slaves aient, si longtemps après, une rancune tenace contre les musulmans, à l’image la mule du Pape, sans parler du Kosovo devenu musulman à 90%, suite à des siècles d’occupation ottomane depuis 1389 !]
 
Le Point : Si la traite atlantique organisée par les Européens du XVIIe au XIXe siècle est inexcusable, les musulmans n’ont pas vraiment de leçons à donner. [Ils ne s’en privent pourtant pas !] Ils ont organisé la traite des Noirs pendant près de dix siècles en toute bonne conscience.
 
Malek Chebel : C’est vrai, et j’ai même découvert des documents qui correspondent au Code noir en vigueur dans les Antilles françaises à l’époque de la traite : des préceptes et des règles qui expliquent comment acheter, vendre et traiter l’esclave. Toutefois, le statut de l’esclave en Islam était très différent de celui qui a été imposé par les Européens dans les plantations d’Amérique.
 
[En somme : mon esclavage est meilleur que le tien !]
 
Le Point : Les témoignages montrent quand même qu’un eunuque ou un serviteur ne valait pas grand chose…
 
Malek Chebel : Il est difficile de résumer dix siècles d’esclavage.
 
[Malek Chebel donne entre autres exemples de « bon esclavage » le cas des femmes enlevées pour peupler les harems. Par chance, si elles avaient un enfant du maître, elles étaient affranchies et leur enfant était reconnu - sinon..? !]
 
Le Point : Vous assurez que l’esclavage existe dans de nombreux pays, particulièrement en Mauritanie, en Arabie saoudite, dans les pays du golfe, mais aussi au Maroc et en Inde, où vous citez les intouchables. De quel esclavage parlez-vous ? Peut-on mettre sur le même niveau la petite fille placée ad vitam aeternam comme bonne dans une famille marocaine, l’enfant indien asservi sur un chantier parce que ses parents sont endettés et le descendant d’esclave devenu métayer sur le domaine d’un grand propriétaire mauritanien ?
 
Malek Chebel : Il y a plusieurs niveaux d’esclavage, certes. Et je ne parle pas des femmes qui, en Iran, sont utilisées comme des objets, par le biais notamment des mariages de convenance : on se marie le matin, on consomme et on divorce le soir, le bénéficiaire étant bien sûr l’homme. Le lien entre toutes ces situations, c’est la servitude, physique, économique et psychologique. Nombre des esclaves que je donne relèvent de l’esclavage de traîne : l’homme reste asservi parce qu’il n’a pas les moyens de quitter ses liens, même s’il est en théorie affranchi. Il faut une grande volonté pour lutter contre la servitude. Depuis trop longtemps, les musulmans sont imprégnés d’une culture de l’asservissement. Ils doivent s’en affranchir.
 
[Ce ne serait pas mal non plus s’ils cessaient de nous faire culpabiliser au nom d’un passé révolu de plusieurs siècles, dont ils semblent incapables de se défaire – jusqu’à preuve du contraire !
 
Moralité : Gardons-nous, tant que nous vivrons, de juger et de condamner « moralement » les Autres, puisque nous ne sommes pas meilleurs qu’eux ! ! !]
 
 
 
 
                                      

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